Régions, départements : non au charcutage territorial de la France !

par Laurent Herblay
vendredi 11 avril 2014

Mardi, le premier ministre a annoncé dans son discours de politique générale à l’Assemblée Nationale la division par deux du nombre de régions et la suppression des départements à l’horizon 2020. Derrière ce nouveau coup de communication, on trouve une idée datée et mauvaise.

Manuel Valls, premier communiquant
 
Tous les jours il devient plus clair que le président a ajusté son casting gouvernemental uniquement à des fins de communication. Et cela ne marche pas si mal en un sens, dans la mesure où l’étalement des nominations et le discours du Premier Ministre ont réussi à remplir l’actualité depuis près de deux semaines, avec pourtant une quantité très limitée de fond puisque la direction reste celle annoncée par le président il y a trois mois. Mais cela occupe le terrain médiatique au point d’empêcher le démarrage de la campagne pour les élections européennes, qui reste dans les limbes, malgré une durée extrêmement courte. La majorité bouge et cela lui donne au moins l’apparence de la vie.
 
Mais cette résurrection médiatique ne signifie pas qu’il faille espérer quoique ce soit du gouvernement, pas si nouveau dans sa composition. En effet, la direction reste à peu près la même que celle d’avant, proche de celle de la majorité précédente, chose somme toute assez logique de la part de bébés Jospin, le chef de gouvernement qui a le plus privatisé et sacrifié nos services publics au nom de sa foi européenne. Bref, la seule chose qui change est une reprise en main de la communication. Un hyperactivisme factice, des évenèments, des annonces, et des déplacements sont donc organisés tous les jours pour occuper le terrain, sans vraiment avoir réfléchi à ce qu’il convenait de faire…
 
Le serpent de mer de la réorganisation territoriale

Il n’est donc pas vraiment étonnant que Manuel Valls ait ressorti l’idée d’une restructuration des instances locales du pays. Il n’avait pas besoin d’inventer cette idée, au cœur des propositions de la commission Balladur de 2009 (encore un point commun avec le mandat Sarkozy…), juste de la transformer un peu pour la faire sienne. La nouvelle variante se veut plus radicale, avec une division par deux du nombre de régions et la suppression des départements à terme. Une idée qui, outre l’intérêt d’occuper les médias, repose sur des idées préconçues du néolibéralisme : plus c’est gros, mieux c’est, il faut réduire les dépenses de l’Etat et il faut rationaliser notre organisation pour être plus compétitif.

Passons sur le mode de raisonnement, celui d’un patron peu inspiré qui s’occupe en restructurant son entreprise. Cette proposition est doublement ubuesque. D’abord, elle ne devrait que dégager de faibles économies (on parle d’un milliard). Et encore, il n’est pas évident qu’il y ait des économies d’échelle dans ces domaines. En outre, une telle organisation reviendrait à considérablement éloigner les centres de décision entre la commune et l’Etat pour les citoyens, facteur majeur de disfonctionnement et d’inconfort pour la population. Une suppression pure et simple des régions et le transfert de leurs compétences vers les départements n’aurait-il pas été une réforme plus pertinente  ?
 
Car cette réforme, dans la plus pure inspiration eurolibérale orwellienne, revient à effacer les repères et l’identité des citoyens, sans se soucier le moins du monde des perturbations que cela peut provoquer. Pourtant, les départements ont un rôle majeur dans la structure de notre pays depuis plus de deux siècles et il est bien évident que la division par deux du nombre de régions reviendrait à créer des monstres sans le moindre rapport avec l’histoire ou la culture de notre peuple. Ce déracinement serait source de nombreux maux, totalement négligés à date. En revanche, ce serait un nouveau coup de pouce au féodalisme des partis qui auraient alors la main sur les listes de candidats…
 
Et par-delà les coûts colossaux d’une telle réforme, l’élognement des centres de décision serait source de disfonctionnements et revient à mutiler l’identité des citoyens. Quitte à supprimer quelque chose, autant que ce soit les régions, et miser sur les départements, le bon point d’équilibre entre l’Etat et les communes.

Lire l'article complet, et les commentaires