Sanofi : « nous ne voulons pas devenir PSA »

par Grégoire Sedlak
jeudi 4 octobre 2012

Non sans un certain cynisme, lors d'une interview donnée à l'Usine Nouvelle, Christian Lajoux, le patron de Sanofi France a comparé sa stratégie industrielle à celle de PSA.

"Le problème de ce groupe [PSA], c’est qu’il avait une grande partie de sa fabrication sur le territoire français, et il a manqué le virage de la compétitivité au niveau international."

Quelle stratégie miracle a donc adopté Sanofi pour ne pas manquer "le virage de la compétitivité au niveau international" ? Se plaignant qu'aucune des 47 molécules autorisées l'année dernière en Europe n'est venue de Sanofi, Christian Lajoux justifie la réorganisation du groupe.

"Et finalement, 900 suppressions de postes d’ici 2015, c’est moins de 3% de nos salariés, ce qui veut dire moins de 1% par an !" C'est oublier que ces 900 salariés qui vont de faire licencier représentent autant de drames humains. Autant de personnes brisées. Par cette démonstration mathématique, la Direction de Sanofi nous illustre le côté le plus noir du capitalisme. Celui qui transforme l'être humain en variable d'ajustement. Un simple centre coût.

Comment ne pas penser à ces hommes et ces femmes qui se sont investis pour leur entreprise ? Ces personnes qui ont une famille à nourrir ? Qui ont un emprunt à rembourser ?

Et que penser de la stratégie industrielle elle-même ?

Christian Lajoux nous explique dans un premier temps que Sanofi la joue "grand prince" en conservant les sites de production de vaccins en France. Rappelons que c'était l'enjeu il y a quelques années lors du rachat d'Aventis. La France, par la voix de Jean-Pierre Raffarin avait montré les dents vis à vis de tout laboratoire pharmaceutique qui aurait été tenté de racheter Aventis, se faisant taxer de protectionnisme mal placé. La France aurait perdu là son avantage stratégique vis à vis des vaccins. Il était alors primordial que Sanofi rachète Aventis pour conserver cette expertise et cette indépendance sur le sol français. Le rachat a eu lieu. Merci Jean-Pierre.

Et le discours aujourd'hui ? Ne nous emm... pas ! Nous acceptons de conserver les centres de production de vaccins en France alors que Singapour est prêt à nous les racheter pour 350 millions d'euros ?



"Je vous assure que le gouvernement de Singapour nous aurait donné les 350 millions pour que nous allions nous installer là-bas !"

"C’est cela, une entreprise qui a le sens de la responsabilité nationale. Il faut aussi que nous devenions un grand pays du générique, car aujourd’hui c’est une faiblesse de notre système. On dit qu’un générique sur deux est fabriqué sur le territoire français… je pense plutôt qu’un générique sur deux y est conditionné."

Au moins le ton est donné ! La recherche, tout au moins en France, se limitera à contourner des brevets pour produire des médicaments génériques... Bel avenir pour Sanofi ! Le low-cost. La copie.

"Je ne suis pas sûr que demain, l’industrie du médicament soit grandement productrice de nouveaux emplois dans les pays matures. En revanche, dans les pays émergents, et précisément dans les Bric, elle va créer des emplois."

Christian Lajoux et son patron Chris Viehbacher concrétisent largement ces propos en multipliant les partenariats bon-marché avec les pays en voie de développement comme en témoigne son rachat cette fois-ci du génériqueur Genfar en Amérique Latine. Chaque jour apporte à Sanofi son lot d'investissement dans des pays "à fort potentiel" au détriment de ceux qui ont contribué à faire de cette entreprise ce qu'elle est aujourd'hui.

"Car ce sont les autorités de ces pays qui demanderont, sous prétexte de transfert technologique ou autre habillage, que l’on crée de l’emploi en Inde, en Chine..." Dommage que les autorités françaises ne sachent pas se faire respecter davantage. Il faut reconnaître que les politiciens chinois ou indiens ont le mérite de savoir gérer avec fermeté l'emploi dans leur pays.

"Ce qui fait l’attractivité d’un pays, c’est la réglementation, les taxes, les contraintes environnementales : il faut les respecter, mais le principe de précaution, tel qu’il est développé en France, coûte cher. Il y a aussi la mauvaise image que l’on donne ici de cette industrie."

Le respect de l'environnement, et du principe de précaution vous pose-t-il problème Monsieur Lajoux ? Combien de scandales sanitaires faudra-t-il pour moraliser cette industrie ? En France, la vie humaine n'est pas négociable. Cela vous pose-t-il problème ? Oui, travailler proprement coûte plus cher.

La conclusion de l'interview laisse sans voix. "Ce que je dis à Jérôme Cahuzac et Marisol Touraine actuellement, c’est : relancez la machine ! Nous demandons simplement d’avoir un lieu de débat sur les conditions d’attractivité, pour faire en sorte qu’on dispose d’un environnement qui invite les industriels internationaux à investir en France plutôt que dans d’autres pays."

Ce sacrifice de 900 personnes ne ressemblerait-il pas à un simple chantage ?

Décidément, Sanofi n'est pas comme PSA. PSA s'est contenté de délocaliser sa production à l'étranger tout en continuant de profiter des largesses de la France. Sanofi a poucé le cynisme jusqu'à délocaliser également sa R&D.

Il y a quelques jours, le Dr Paul Chew a été promu Directeur des Affaires Médicales de Sanofi, incontestablement l'un des postes les plus influents du laboratoire. Il exercera principalement depuis Bridgewater dans le New-Jersey. Cela valait vraiment le coup que la France se batte pour ramener Sanofi-Avenis dans son giron il y a quelques années.

Le capitalisme sauvage dans toute sa splendeur.

Source

"Nous ne voulons pas devenir PSA" affirme le patron de Sanofi


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