Sentosa, l’île aux deux diables

par Ghassan Hélou
jeudi 14 juin 2018

Sentosa, l’île aux deux diables !

De petites villes, jadis inconnues, deviennent soudain incontournables dans l’Histoire de l’humanité. À la faveur d’une conférence, d’un traité de paix, d’une bataille. Impressionnant ! À titre d’exemple, Nicée. Elle doit sa réputation à la tenue sur son territoire du premier concile œcuménique convoqué en 325 de notre ère par l’empereur Constantin 1er. Ou encore, Utrecht au Pays-Bas, siège du traité portant son nom, conclu en 1713 entre la France et la Grande-Bretagne et qui mit fin à la guerre de succession d’Espagne qui a ensanglanté l’Europe pendant plus de douze ans. Plus proche de nous, au XXème siècle, comment oublier les tristement célèbres : Verdun, Stalingrad (devenue aujourd'hui Volgograd) ou Hiroshima ? Bretton Woods, cette petite ville perdue dans les Appalaches de l’État du New Hampshire, quelqu’un en avait-il entendu parler avant qu’elle ne reçoive une conférence réunissant quarante-quatre États (dont l’URSS) devant imposer au monde un nouvel ordre économique ? Même constat pour Bandung, en Indonésie, qui doit accueillir en 1955 la conférence qui portera son nom et qui assistera à la naissance du groupe des pays non-alignés. Et que dire de Schengen ou de Maastricht, deux villes étroitement liées à la construction européenne ? Depuis hier, 12 juin 2018, il faut ajouter à cette liste qui est loin d’être exhaustive, l’île de Sentosa à Singapour. Le sommet de Sentosa ! À introduire bientôt dans nos livres d’Histoire. Quel meilleur endroit que ce parc d’attraction, pour que deux diablotins puissent venir passer la journée et s’amuser un peu. Question de dépenser leur argent de poche, une bagatelle de 16 millions de dollars. Surtout que le grand blond à la cravate rouge, un gamin de 72 ans, venait de vivre une frustration au Canada. Ses copains, réunis pour la fête du G7, n’étaient pas gentils avec lui. Ils ont refusé de se soumettre à sa règle du jeu. Il a préféré aller jouer seul, à l’autre bout du monde, avec son ‘’rocket man’’. À l’hôtel Capella de l’île de Sentosa, son vieil ennemi devenu son meilleur copain, l’attendait. Pour un jeu de dupes ! Il doit se dérouler sur l’échiquier de la péninsule coréenne. Chacun tient à avancer ses pions. Ici, dans la partie nord, c’est le domaine de l’enfant terrible, ‘’le petit gros’’. Il y a planté ses missiles balistiques intercontinentaux. Ils font peur au blond ‘’gâteux’’ qui, plus bas, au Sud, se prépare à ouvrir son parapluie nucléaire. Chacun a le doigt sur un bouton rouge. Mais celui du grand blond gâteux est, semble-t-il, plus gros et plus fonctionnel pour déclencher le système apocalyptique. Tous les deux, pour une fois, se mettent à réfléchir. Du coup, nos deux enfants terribles et turbulents s’assagissent. Un effet ‘’fantastique’’ de l’île de Sentosa (paix et tranquillité en malais). Les esprits se sont calmés et chacun est rentré chez soi. Avec l’intention de se revoir et en se promettant, bien que vaguement, de ne plus toucher à ce jeu débile. Mais l’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions et le diable n’est-il pas dans les détails ?! Quoi qu’il arrive, l’Histoire retiendra de ce sommet de l’île de Sentosa, cette photo ‘’historique’’ d’une poignée de main entre deux personnages imprévisibles.

Ghassan Hélou

Montréal, 13 juin 2018

 


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