Silence coupable (des élites)

par Orélien Péréol
vendredi 6 mai 2016

Silence coupable de Céline Pina. Edition Kero 254p 18.90€. Il s’agit du silence des élites. Céline Pina fait état de son expérience d’élue locale, ce qui constitue une des plus grandes originalités de ce livre clair et précis. Au niveau technique, on peut regretter l’absence de table des matières pour suivre la succession et la logique des paragraphes titrés.

Pour Céline Pina, les candidats et élus, en l’absence de projet politique précis, répondent aux demandes. Ils sont à la recherche des petits pourcentages de voix qui leur donnera la victoire électorale. Ce clientélisme électoral finit par structurer l’ensemble de la politique. Les candidats et élus aident l’expression de demandes « groupales » pour pouvoir s’assurer par la complaisance affichée envers ces groupes l’adhésion électorale desdits groupes. Ils encouragent ainsi les revendications communautaires et contribuent à la compartimentation de la société. Ils en viennent à modifier insensiblement leur discours politique pour y faire entrer le caractère particulier de ces demandes dans une apparence de figure universelle. A tel point que « Le Parisien » titrait « Aulnay-Sous-Bois : les associations musulmanes arbitres de la campagne. »

Pour Céline Pina, cette pratique électoraliste de la politique a été théorisée par une note de Terra Nova, appelant à cibler, non plus les classes populaires, mais des « minorités » : jeunes, femmes, habitants des quartiers sensibles, la victoire de François Hollande étant analysée comme la victoire de cette stratégie (p74).

Elle raconte comment lors d’une visite dans un appartement, le candidat député abonda du côté des jeunes, qui reportaient leur échec sur la société qui les rejette, tandis qu’elle mit l’accent sur le fait que même dans des conditions très défavorables, il restait bon de se secouer, de faire des efforts et ne pas argumenter des mauvaises conditions pour se laisser aller, de sortir du discours victimiste (p115).

Ce moment expose sur un cas concret la réalité de cette attitude des responsables politiques, qui répondent aux demandes, se mettent en parole toujours du côté du « peuple » (de tout le monde) et ne guident pas la Nation selon des prescriptions réalistes et progressistes.

Céline Pina nous fait savoir toutes sortes d’événements de ce type qui concernent une mainmise de l’islamisme sur la vie quotidienne (le surveillant qui demande dans la cour du collège pourquoi les parents de tel ou tel élève sont si peu à la mosquée, l’employée municipale qui travaille avec un l’éviction de Nadia Hamour de la mairie d’Aulnay-Sous-Bois p58… Rachid Zouad à l’université Paris XIII p93).

Céline Pina distingue tout le temps les islamistes des musulmans et fait porter son combat contre les seuls islamistes (p207). Le pouvoir qui déclare que nous sommes en guerre ne dit pas quel est notre ennemi. Ce silence favorise l’expression de ces radicaux de l’islam. Ce sont eux qui ont inventé le mot islamophobie pour faire taire toute critique de l’islam (ils sont juges et parties du fait que la critique serait excessive et tomberait sous le coup de cette accusation).

Il en ressort que seuls le FN et les Islamistes font de la politique, ont un projet de société, un programme qui se font face (p39). Céline Pina fait un grand tableau historique de la supposée fin de l’Histoire (chute du communisme) et de son retour par l’éveil de l’islamisme (p64).

Les valeurs de la République doivent être réaffirmées et notamment l’égalité des hommes et des femmes, qui est un marqueur de cette recherche d’égalité, au cœur de l’esprit laïque (p219). L’Etat lui-même finaude sur les rapports entre la science et la religion, demandant en même temps aux enseignants d’affirmer la primauté de la science et d’éviter la confrontation !

Le livre de Céline Pina est un livre de combat. Pour ma part, j’en regrette l’aspect pamphlétaire, les formulations qui peuvent être blessantes pour celles et ceux qui ne partagent pas son avis. Les élites ont peu de chance d’accepter de s’entendre dire qu’elles sont à genoux. La démocratie manque d’idées, la mondialisation restreint la liberté économique et écrase les pays les uns contre les autres. Le contexte national n’est plus pertinent pour décider de nos affaires communes et il faudrait faire notre politique au niveau européen… sur ce dernier point Céline Pina serait peut-être d’accord. Si le clientélisme prend toute la place, il y a peut-être aussi des causes objectives, qui ne sont pas dans une carence des personnalités politiques.

Silence coupable (des élites) est un livre utile, nécessaire, qui théorise avec générosité une pratique d’élue locale et nous apprend beaucoup sur ces événements locaux par lesquels les islamistes font un noyautage serré de notre société et de nos institutions. C’est un livre nécessaire pour trouver une alternative au dangereux et mortifère face à face du FN et de l’Islam radical qui est en train de monter et qui risque de faire l’essentiel de notre politique dans un futur proche.


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