Supprimons le SÚnat !

par Michel DROUET
mardi 5 mars 2019

Cette proposition fait partie du grand débat à un moment où cette institution, qui assure en principe la représentation des collectivités territoriales, cherche surtout à se valoriser au travers de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla. Qu’en est-il exactement ?

Une hirondelle ne fait pas le printemps.

Certes, on peut noter avec intérêt que la commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla soit allée au bout de ses investigations, là où la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale a été brillamment torpillée par la Présidente de la commission des lois LREM, vraisemblablement sur ordre du « Château ».

Ainsi donc, le Sénat aurait fait preuve de son indépendance, de son sérieux et de son impartialité en menant des débats irréprochables et en mettant en lumière les zones d’ombres du dossier des nervis de l’Elysée.

C’est vrai que sans ce travail nous n’aurions sans doute pas été informés de toutes les dérives d’un conseiller sécurité à l’Elysée, adepte forcené du « en même temps », ce qui l’a conduit outre ses dérives d’auxiliaire de police Place de la Contrescarpe début mai à négocier des contrats avec des oligarques russes douteux, faisant de l’Elysée une véritable « start-up Nation ».

Il est probable que toutes ces dérives en grande partie révélées par la presse seraient restées au stade de l’entrefilet en page 4 si l’écho donné par la commission d’enquête sénatoriale ne lui avait pas donné le caractère d’une affaire d’Etat. Dont acte !

Quelles suites ?

Passé ce coup d’éclat, on est en droit de s’interroger sur les suites judiciaires qui seront données à cette affaire. Pas sûr que Larcher, le Président du Sénat, toujours soucieux de ne pas heurter le pouvoir exécutif, et son Bureau qui se réunira prochainement donnent suite aux conclusions de la commission d’enquête qui demande que la justice soit saisie contre A. Kohler, P. Strzoda et le Général L. Lavergne qui, à l’Elysée auraient couvert les agissements de Benalla et de son comparse Crase.

Par ailleurs, Larcher, qui tient à conserver son fromage, voit d’un mauvais œil la dimension prise par le Président de la commission d’enquête, Philippe Bas, qu’il soupçonne de vouloir prendre sa place.

Bref, cet épisode relèverait davantage d’une querelle entre conseillers généraux en fin de banquet que d’une institution prestigieuse et indispensable censée participer aux destinées du pays.

Le Sénat, à quoi ça sert et combien ça coûte ?

La question du coût est indissociable de l’utilité de cette valeureuse institution. Pour nous amadouer on nous sort régulièrement le chiffre de 5 € par français et par an, ce qui semble donné, mais quand on calcule le coût au sénateur on arrive à 1 Million d’euros par an ce qui change un peu la perception surtout lorsqu’on constate l’absentéisme lors des votes en assemblée conséquence de la faible influence du Sénat sur la politique du pays.

Le Sénat participe en effet à l’élaboration de la loi, mais ce sont les députés qui ont le dernier mot. Autant dire que le rôle du Sénat est mineur : un petit amendement de temps en temps, une commission mixte paritaire avec les députés et hop, le tour est joué. Ce petit jeu subtil entre les deux chambres participe au rallongement des délais pour l’application des lois, par ailleurs ralentie par la publication des décrets prévus et qui se font attendre.

Parmi les autres « avantages » du Sénat on nous rebat les oreilles, son rôle modérateur face à la « fougue des députés » qui les amènerait à commettre des erreurs. L’argument ne tient pas la route une seconde surtout quand on sait que c’est le gouvernement qui à la mainmise sur l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale, ce qui évite toute surprise.

La grande blague du Sénat « représentant des territoires »

Pourquoi donc nos brillants sénateurs n’ont-ils pas vu venir la crise des gilets jaunes qui est sans conteste le révélateur d’un sentiment d’abandon des populations dans les territoires ? Trop occupés à se reposer après une bonne tête de veau au comice agricole, ou en voyage d’études dans des contrées exotiques ou bien encore mobilisés par la remise d’une décoration à un Maire méritant qui saura s’en souvenir lors du prochain renouvellement, les sénateurs, tout justes sortis d’une sieste réparatrice, n’ont rien vu venir…

S’ils sont capables de deviser avec les associations des Maires ou bien les représentants des lobbies agricoles ou de l’agro-alimentaire ou de rédiger un rapport qui finira dans une armoire, les sénateurs semblent ne pas avoir intégré la dimension populaire de leur mandat qui aurait mérité pour le moins de se soucier des habitants des territoires étranglés fiscalement par la politique du gouvernement et en butte aux questions de mobilité.

Ils avaient pourtant un boulevard devant eux avec la vague élue en 2017 de députés urbains et surtout hors sol de la République en Marche. Ils pouvaient enfin faire honneur à leur mandat de représentant des territoires. Même pas… Ils n’ont rien vu se profiler, pas vu non plus que les lois gouvernementales qu’ils ont votées allaient produire de tels effets.

Et comme ces privilégiés de la République ne manquent pas d’air, ils en sont aujourd’hui à réclamer le cumul des mandats entre Maires et parlementaires pour rétablir le lien avec les territoires.

Chacun jugera…

Non, décidément la suppression du Sénat s’impose.


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