UMP, naufrage annoncÚ

par olivier cabanel
jeudi 10 juillet 2014

De la défaite présidentielle, à l’affaire Bygmalion, en passant par les dépassements de frais de campagne, et par les questions posées à Jean-François Copé, ou à Nicolas Sarközi, le navire UMP n’est pas en bonne posture.

Chaque jour amène son lot de mauvaises nouvelles, et le triumvirat qui tient provisoirement les rênes du parti vient de découvrir que des salaires généreux étaient versés aux cadres de l’UMP, malgré une ardoise de 74,5 millions. lien

L’audit sur les finances du parti remis le 7 juillet à Luc Chatel, secrétaire général, a permis de découvrir par exemple qu’Eric Césari, le trésorier récemment remercié, était rémunéré a hauteur de 10 000 € net…le cofondateur de « la droite forte  », Geoffroy Didier percevait pour sa part 6200 € net, ce qui a fait grincer quelques dents, car G.Didier est de fait le collaborateur de Brice Hortefeux, ce qui fait s’interroger Hervé Mariton : « si c’est son collaborateur, pourquoi Brice Hortefeux ne le rémunère-t-il pas avec son enveloppe de parlementaire européen ?  ». lien

De plus on apprend que Copé rémunérait son épouse via l’assemblée nationale (lien) et que Rachida Dati se serait fait payer ses factures téléphoniques à hauteur de 10 000 € par an. lien

Du coup, Hervé Mariton demande qu’on lui communique la liste intégrale des collaborateurs rémunérés par l’UMP…ce qui risque d’amener quelques surprises. lien

Une autre mauvaise nouvelle concerne le candidat malheureux à la présidentielle de 2012 : le dépassement non autorisé des frais de campagne avait provoqué un sarkothon permettant de récolter 10,6 millions d’euros destinés à combler l’abime financier de 11 millions d’euros devant lequel le parti se trouvait à l’été 2013. lien

Cette faute a été sanctionnée par une amende de 363 615 € infligée par la CNCCFP (commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques).

Or il appartient au candidat de la rembourser et non aux membres de son parti, ce qui a provoqué l’ouverture d’une enquête le 2 juillet dernier sur le motif « d’abus de confiance  ».

Pour la petite histoire, il faut savoir que le candidat présidentiel avait refusé obstinément de la payer malgré les demandes insistantes d’Alain Juppé.

De plus, selon le « Canard Enchainé », Sarközi avait aussi refusé de rembourser à l’UMP les 34 000 € sur les 153 000 euros d’avance réclamés par l’Etat après l’invalidation de ses comptes de campagne. lien

A l’époque le député Bernard Debré s’était étonné de la modestie de la somme que Sarközi avait versé lors du sarkothon alors qu’il était caution solidaire. lien

Une nouvelle affaire vient de sortir : la juge Christine Saunier-Ruellan cherche à savoir qui a payé un déplacement privé de l’ancien chef de l’Etat lors d’une conférence au Moyen-Orient en décembre 2012 : l’avion était un Falcon 50 appartenant à Alain Afflelou…ce même appareil ayant été intercepté 3 mois après avec 700 kilos de cocaïnelien

En tout cas, les dérives du parti ont bien commencé en 2012. lien

Le triumvirat va-t-il réussir sa mission consistant à faire enfin ce «  droit à l’inventaire  » réclamé depuis longtemps par de nombreux membres du parti, comme Valérie Pécresse qui considère que « de nombreux états proches de nous ont traversé des crises économiques et identitaires aussi graves que la nôtre. Certains étaient au bord de la faillite. La Suède, le Canada, l’Allemagne. Ils s’en sont sortis plus forts… ».

Mais le bilan du mandat présidentiel risque d’être délicat à exposer au vu de la situation actuelle.

Il y a bien eu une demi-journée de débats, menée tambour battant par Jean-François Copé, en automne 2013, mais elle était si peu ambitieuse que ceux qui la réclamaient n’y sont pas allés, le mot d’ordre de cette journée étant : « refus de l’autoflagellation, sans tomber dans l’autosatisfaction  ». lien

Il y aurait pourtant du grain à moudre…

Aujourd’hui l’état ne possède plus que 3% du capital des entreprises françaises, contre 40% du temps des nationalisations et il ne détient plus que 4% des 43 180 monuments historiques protégés.

Il lui reste tout de même quelques richesses, et au début 2012, on comptait encore 25 000 propriétés faisant partie du patrimoine immobilier de l’Etat, pour un montant de 107,5 milliards. lien

La part des étrangers dans le capital des entreprises du CAC 40 est passée de 35% en 1998 à 42,3% à la fin 2009, ce qui représente un montant de plus de 400 milliards d’euros…et depuis, le pourcentage à continué d’augmenter.

Ajoutons pour la bonne bouche, s’il faut en croire la Cour des Comptes que Sarközi avait liquidé le 1/5ème du stock d’or de la France, faisant faire une très mauvaise affaire au pays. lien

Sur le fond, « Politis » propose un bilan accablant du mandat sarkoziste : 612 milliards d’euros d’augmentation de la dette publique…75 milliards de cadeaux fiscaux offerts aux plus riches…27 taxes supplémentaires depuis 2007…1 million de chômeurs en plus en 5 ans…21,2% d’augmentation de violences contre les personnes…337 000 personnes passées à la case pauvreté…80 000 postes supprimés dans l’éducation…4 millions de personnes sans complémentaire santé ou renonçant aux soins…zéro point de croissance sur l’ensemble du quinquennat…etc. lien

Et quid de l’attentat raté contre Hugo Chavez qui aurait été commandité par l’ex président ? lien

On comprend alors les raisons pour lesquelles, certains hésitent à faire ce « droit à l’inventaire  », surtout au moment ou le parti est dans les difficultés.

Cette déliquescence du parti fait apparaitre aujourd’hui 7 familles différentes : celle de Copé, de Sarközi, de Le Maire, de Juppé, de Wauquiez, de Bertrand, Fillon fermant la marche. lien

Entre ceux qui s’apparentent au gaullisme, ceux qui lorgnent vers l’extrême droite, et les autres, on voit bien la diversité des tendances.

La famille politique de Copé a du plomb dans l’aile depuis l’affaire Bygmalion, et celle de Sarközi ne va guère mieux avec les casseroles que l’on sait.

Toujours sous le signe du chiffre 7, c’est le nombre des mensonges de Sarközi et de ses amis que Laurent Neumann, du journal «  Marianne  » à décompté au chapitre des comptes de campagne. lien

Le 1er, c’est le dépassement annoncé de 466 000 petits euros, soit un ridicule 2%, qui d’après les amis du candidat a été puni à 100%...mais voila, ce sont des comptes d’apothicaire car sur une totalité de 21,3 millions d’euros, l’ensemble de la facture s’élevait à 23 millions d’euros et le dépassement est en réalité de 1,7 millions d’euros. lien

De plus, ce n’est pas la seule infraction constatée : il y avait aussi l’absence de sincérité (dépenses non déclarées), et le financement irrégulier (sur le budget de l’Elysée).

Le 2ème mensonge porte sur la « théorie du complot  » dont les membres du conseil constitutionnel se seraient rendus coupables, afin d’empêcher Sarközi de se présenter en 2017. Faux : cette docte assemblée est composée majoritairement de membres désignés par l’ancienne majorité de droite. lien

Le supposé « acharnement judiciaire » appliqué au malheureux candidat de 2012 est lui aussi une fable, et le 3ème mensonge, car si elles reviennent aujourd’hui au devant de la scène, c’est tout simplement parce celui qui est aujourd’hui visé par la justice avait réussi jusque là à les bloquer.

Quant au 4ème mensonge, il consiste à l’affirmation non fondée de Brice Hortefeux déplorant l’extrême sévérité, voire l’injustice, dont aurait fait preuve le conseil constitutionnel, oubliant au passage que le même Hortefeux déplorait il y a peu « le laxisme des juges  »…forcément de gauche et que le soi-disant martyre que vivrait Sarközi n’est que le résultat d’une justice à géométrie invariable. lien

Le 5ème mensonge porte sur une critique émanant des dirigeants UMP qui comparent la bienveillance accordée à Edouard Balladur en 1995, le conseil constitutionnel dirigé alors par Roland Dumas, se refusant à invalider ses comptes de campagne pourtant critiquables, et la sévérité appliquée à Nicolas Sarközi. lien

La décision du conseil constitutionnel mettrait l’UMP en danger…6ème mensonge : les finances du parti étaient déjà largement plombées depuis 2007, le parti ayant perdu toutes les élections depuis la présidentielle, et affichant déjà des dettes à la hauteur de 55 millions d’euros. lien

Quant au dernier mensonge, il est relatif à la déclaration sincère et définitive que le président Sarközi avait largement répandu dans les médias affirmant : « je changerais complètement de vie, vous n’entendrez plus parler de moi si je suis battu…  ». lien

L’occasion de rappeler la jolie phrase de Georges Orwell  : « le discours politique est destiné à donner aux mensonges l’accent de la vérité, à rendre le meurtre respectable et à donner l’apparence de la solidarité à un simple courant d’air ». lien

Patrick Balkany répondait en écho : « si on n’investit que ceux qui n’ont pas été condamnés par la justice, on n’a plus de candidats dans les Hauts de Seine  ». lien

Ce qui a le mérite de la clarté.

Comme dit mon vieil ami africain : « celui qui veut voir l’arc en ciel doit apprendre à aimer la pluie  ».

Le dessin illustrant l'article est de Victor obscur

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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