Un gouvernement entre reniements et machiavélisme

par Laurent Herblay
samedi 5 avril 2014

La composition du gouvernement de Manuel Valls a quasiment unanimement déçu. Le peu de nouveautés, le rassemblement façon synthèse des courants du PS et un certain clanisme sont les reproches les plus courants, mais deux autres aspects peuvent également être critiqués.

Reniements et communication

Pas grand monde ne s’illusionne sur la promotion de Montebourg, qui co-dirigera Bercy avec Michel Sapin. C’est le second qui tiendra les cordons de la bourse, ce qui veut tout dire. Le candidat à la primaire qui dénonçait (et dénonce toujours) l’euro cher, partisan de la démondialisation, favorable à une politique de la demande et qui dénonce les politiques de l’austérité, reste sur un bateau qui fait l’exact inverse de tout ce qu’il prônait économiquement lors des primaires socialistes. Plus avocat que ministre, il se contente du magistère de la parole, sans avoir la moindre prise sur le cours des choses. Montebourg accepte de ne rien pouvoir faire contre l’euro cher ou les vagues de délocalisations, si ce n’est faire des déclarations qui lui assurent un petit moment de gloire, à défaut de changer quoique ce soit.
 
Comme je l’avais exprimé jeudi, il y a quelque chose de tragique à ce que Michel Sapin ait été nommé ministre du budget, lui qui a développé une communication audacieuse pour défendre le bilan du gouvernement en matière d’emplois, malgré la non atteinte des objectifs présidentiels. Il restera à jamais le ministre qui a vanté la baisse de la hausse du nombre de demandeurs d’emplois à défaut de parvenir à le faire baisser. Bruxelles doit rire jaune sachant que la France ne parvient pas à réduire son déficit budgétaire à la vitesse à laquelle elle s’était engagée. Nul doute que Michel Sapin pourra trouver une manière positive de présenter la non atteinte des objectifs de son ministère…
 
Machiavélisme mitterrandien

Mais ce qu’il y a également de toxique dans cette nouvelle équipe, ce sont tous les calculs bassement politiciens qui s’en dégagent. Au premier rang desquels, l’association entre le président et son nouveau premier ministre, qui rappelle beaucoup celle de 1988. Hollande ne veut-il pas simplement utiliser les qualités de communiquant de Manuel Valls, soit pour le mouiller et ainsi lui empêcher de se placer en recours en 2017 ou alors pour l’user et en faire son paratonnerre personnel, quite à le cramer dans les trois prochaines années ? Cela serait-il seulement surprenant de la part d’une personne qui a travaillé au cabinet de François Mitterrand ? Bizarremment, les deux voudraient parler davantage.

On peut également deviner les mêmes calculs machiavéliques derrière la promotion de Benoît Hamon et Arnaud Montebourg. Ne s’agit-il pas d’un moyen commode de mouiller et de cramer en même temps l’aile gauche du PS ? Le ministère de l’éducation nationale n’est pas réputé être le plus facile et il a usé beaucoup de ministres avant. Quand à Arnaud Montebourg, ne va-t-il pas s’épuiser à faire semblant de sauver notre industrie alors qu’en réalité, il laisse faire son démantèlement par son incapacité à changer le cours d’une politique économique qui lui est fatale depuis des années. Et comment espérer porter une alternative en 2017 (ou même en 2022) après avoir été ministre de François Hollande ?

Bref, tout dans ce remaniement est assez minable. Il y a, comme le rapporte Jacques Sapir, les reniements de la pseudo aile gauche d’un PS qui soutient un gouvernement qui mène une politique parfois carrément néolibérale. Et il y a les calculs mesquins et machiavéliques qui n’augurent rien de bon sur sa solidité.


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