Abattage rituel : le gouvernement méprise la liberté de ne pas croire

par Catherine Segurane
mardi 19 juillet 2011

Un député UMP avait demandé par lettre qu'une mention sur l'emballage avertisse le consommateur en cas d'abattage rituel. Réponse du secrétaire d'Etat au commerce Frédéric Lefèbvre : c'est niet, car un tel étiquetage serait "susceptible de stigmatiser, aux yeux du consommateur, des pratiques d'abattage ayant des fondements relatifs à la liberté religieuse."

L'affaire est révélée par Valeurs actuelles (14 juillet 2011 page 6) : le député Jacques Kossowski (UMP, Hauts de Seine), avait écrit le 26 avril à Lefèbvre une lettre demandant, en cas d'abattage rituel, de "rendre obligatoire une mention spécifique sur l'emballage" par respect pour ceux des consommateurs qui "ne souhaitent pas consommer ce type de produits pour des raisons philosophiques (laïcité, défense de la condition animale, etc ...).

Réponse du sous-ministre : "Le gouvernement français n'est pas favorable" à la résolution du Parlement européen de 2010 qui "introduit, en première lecture, un amendement visant à la mise en place d'une mention obligatoire de l'abattage sans étourdissement sur la viande issue d'animaux abattus selon les rites musulman ou israélite" ; un tel étiquetage serait "susceptiblede stigmatiser, aux yeux des consommateurs, des pratiques d'abattage ayant des fondements relatifs à la liberté religieuse."

On renverra à deux documents de la Fondation Brigitte Bardot, qui a enquêté sur le terrain en long et en large : dans sa brochure "De la souffrance animale à la tromperie des consommateurs", elle explique que l'abattage rituel, en théorie l'exception, est en passe de devenir la règle. Elle signale déjà les risques sanitaires liés à ce mode d'abattage. Dans un document plus récent intitulé : "Steacks hachés contaminés, les autorités avaient déjà été alertées", elle relaie à nouveau des mises en garde de vétérinaires signalant le risque de déversement du contenu stomacal et de ses bactéries sur la viande en cas d'abattage rituel.

De tels arguments devraient suffire, en théorie, à valider la revendication d'information du consommateur.

Mais j'en ai marre d'argumenter. J'en ai marre de me jusitifer.

Maintenant, je veux aller au fond des choses, à l'essentiel, et dire simplement au sieur Lefèvre :

Monsieur le sous-ministre, vous faites grand cas de la liberté religieuse des partisans de l'abattage rituel. 

Alors, j'aimerais savoir pourquoi ma propre liberté religieuse ne bénéficie pas des mêmes égards gouvernementaux.

La liberté religieuse, c'est la liberté de croire OU DE NE PAS CROIRE. C'est la liberté de prratique OU DE NE PAS PRATIQUER. 

Mon refus de manger de la viande sacrificielle n'est pas moins respectable que le souhait de certains religieux d'en manger.

Et je suis un peu surprise par votre souci de ne pas "stigmatiser" des "pratiques d'abattage".

Je me permets de vous faire observer que, seules, les personnes doivent être protégées de la stigmatisation.

Mais la critique des religions, de leurs dogmes et de leurs pratiques, est permise, jusqu'à nouvel ordre.

Le délit de blasphème n'a pas encore été rétabli, même si certains de votre majorité y ont travaillé et y travaillent sans doute encore sournoisement. Il est donc parfaitement permis de refuser l'abattage rituel, et même de le stigmatiser, c'est à dire de le marquer du sceau de la honte en le qualifiant de barbare, moyen-ageux, et dangereux au plan sanitaire.

Il est même permis de ne pas le stigmatiser, de ne rien lui reprocher, ou de décider de ne formaliser aucun reproche, préférant formuler une exigence qui pourrait tout simplement s'exprimer comme suit :

"Ne pas manger de viande sacrificelle fait partie de MA liberté religieuse, de MON DROIT de ne pas participer à un rite ; cette liberté et ce droit valent bien la liberté et le droit des vieux messieurs tout noirs et de leurs ouailles.

J'exige qu'il soit respecté ! "


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