Arguments en faveur de l’historicitÚ des Úvangiles

par Emile Mourey
jeudi 19 juillet 2007

Après l’article de Jean Zin du 21 juin « L’Invention de Jésus » et suite à mon article du 30 mai « Hérode et le soi-disant massacre des Innocents », il n’est pas inutile de rappeler que pour beaucoup de nos concitoyens, la cause est entendue, que les quatre évangiles sont des fables et que ces histoires n’ont aucun fondement historique. Voici quelques extraits de textes sur lesquels je propose qu’on réfléchisse.

Le protévangile de Jacques, texte historique ?

Comme les troubles avaient éclaté à Jérusalem, à la mort d’Hérode, je me retirai dans le désert, et là, dans l’attente que les événements se calment, j’ai écrit cette histoire, rendant gloire au Seigneur Dieu qui me l’a inspirée en me donnant sa grâce et sa sagesse.

Ainsi se termine ce texte apparemment fabuleux, dit "protévangile de Jacques", que les exégètes ont relégué au rang des apocryphes - après J.-C. - bien que l’auteur dise très clairement qu’il l’a rédigé peu de temps après l’an moins 4. Dans cet écrit historique et prophétique, Jacques prophétise qu’un Jésus est né, une trentaine d’années avant que Jésus de Nazareth ne fasse son apparition publique.

Bien différent du Jésus pacifique qui viendra dans les évangiles, le Jésus annoncé par Jacques - lisez ou relisez le texte - est présenté comme une espérance guerrière en un nouveau Josué qui devait renverser la dynastie hérodienne honnie et rétablir les exilés dans leurs prérogatives antérieures.

Jean-Baptiste, personnage historique ?

Après la publication des manuscrits de la mer Morte, on n’a pas manqué de faire le rapprochement entre l’enseignement des Esséniens et celui du précurseur de Jésus. Or Qûmran où ont été découverts ces manuscrits se trouve dans le désert de Judée.

Je suis la voix de Celui qui crie dans le désert. Redressez le chemin avant qu’Il n’arrive !...(Jn 1, 23).

L’existence de Jean-Baptiste suivie de son emprisonnement par Hérode Antipas avant l’an 39 est attestée par l’historien juif Flavius Josèphe.

Comment interpréter la parabole de la Samaritaine ? Ralliement de la Samarie ?

Aussitôt, abandonnant sa cruche, la femme retourna dans la ville. Et partout où elle passait, elle répandait la nouvelle, disant qu’elle avait parlé à un Juif que les Juifs avaient chassé de leur pays (après la répression d’Hérode ?), qu’il lui avait tout dit à son sujet : ses cinq alliances (constituée de cinq tribus, la Samarie adorait cinq dieux à l’origine) et la sixième qui n’était en réalité qu’une sorte de concubinage (avec la Judée ?)... (Jn 4, 17, 18, 28, 29).

Comment interpréter la parabole des noces de Cana ? Ralliement de la Galilée ?

Après deux jours passés en Samarie, Il partit pour la Galilée (Jn 4, 43).

La marche pacifique sur Jérusalem, onction de Béthanie en Judée ?

Lorsque le Maître est annoncé, Marthe s’en va aussitôt chercher sa jeune sœur Marie et celle-ci se lève bien vite. Elle tombe à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère Lazare (les maîtres de la parole exécutés par Hérode avec leurs séminaristes ?) serait toujours là. Et tous les Juifs pleuraient avec elle...( Jn 11, 28, 32, 33).

Le non-jugement de Pilate et la mise à mort.

Pour moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation (Jn 18, 38)... Les prêtres de Jérusalem et les soldats vociférèrent : « Crucifie-le ! » (Jn 19, 6).

Après la condamnation par Jérusalem et la mort de Jésus, comment comprendre le cri de Marie de Magdala ?

Il lui dit « Marie ! » Se retournant, elle lui répond en hébreu « Rabbouni », c’est-à-dire "Maître" (Jn 20, 16)... Ralliement de la cité de Magdala (et de Tibériade, sa colonie) ?

Que signifie le mot "christ" ?... le "désigné" par Dieu ?

« Au dire des gens, qui suis-je ? » Les disciples répondirent : « Pour certains, Jean le Baptiste, pour d’autres Elie, pour d’autres un prophète »... « Mais pour vous, qui suis-je ? » Pierre lui répondit : « C’est toi, Christ ! »... (Mc 8, 27-30).

Une espérance qui ne s’est pas réalisée ?

Á la neuvième heure, Il s’écria :« Eloï, Eloï, lama Sabaschthani ? » ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »(Mc 15, 34).

Comment comprendre la parabole des mines ? Hérode Antipas contre Archélaos ? (en italiques, extraits de Luc 19, 11 à 27). Voir également Flavius Josèphe.

Après la répression de l’an - 4 et la mort d’Hérode le Grand, les deux fils du roi défunt et de son épouse samaritaine briguèrent tous deux la succession : Hérode Antipas (celui qui devint tétrarque de Galilée, meurtrier de Jean-Baptiste) et Archélaos ; le premier en vertu d’une disposition testamentaire, le deuxième, en vertu d’un codicille post-testamentaire.

Un homme de haute naissance (Archélaos qui, aussitôt, prit les rênes du pouvoir à la mort de son père Hérode le Grand) se rendit dans un pays lointain (Rome) pour y recevoir la royauté (en l’an -3).Avant de partir, il convoqua dix de ses esclaves (dix gouverneurs de son armée) et leur confia dix mines (dix toparchies fidèles sur les dix-neuf du royaume d’Hérode le Grand). Il leur dit : « Faites fructifier ce que je vous donne jusqu’à ce que je revienne(c’est-à-dire, reprenez en main tout le pays). »

Mais ses compatriotes le haïssaient. Ils envoyèrent derrière lui une ambassade pour dire (à l’empereur)  : « Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous. » (Antipater, fils de Salomé, sœur d’Hérode le Grand, prit contre Archélaos le parti d’Hérode Antipas. Il se rendit à Rome. Soutenu, d’une part, par l’importante colonie juive de la ville et, d’autre part, par des membres même de la maison de son adversaire, il dressa devant l’empereur Auguste, un véritable réquisitoire contre Archélaos et son père. Les Juifs opposés à Archélaos proposèrent que l’on mette le pays sous l’autorité d’Hérode Antipas ou à défaut sous l’administration de gouverneurs juifs placés sous l’autorité directe du légat romain de Syrie.)

Lorsque l’homme de haute naissance (Archélaos) revint dans son pays (après avoir reçu d’Auguste la moitié du royaume d’Hérode le Grand, son père, et la promesse de l’autre moitié sous réserve qu’il fasse ses preuves), il appela les dix esclaves auxquels il avait confié les dix mines (les dix cités fidèles),et il leur demanda de lui rendre compte (quant aux résultats qu’ils avaient obtenus dans la mission de reprise en mains qu’il leur avait confiée). A l’un (qui s’était particulièrement bien débrouillé), il rattacha dix villes (dans le texte) à l’autre cinq, mais à celui qui n’avait pas fait fructifier sa mine, il la lui retira et la donna à d’autres. Puis il ajouta : « Quant à mes adversaires qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, qu’on me les amène et qu’on les égorge devant moi ! »

Flavius Josèphe nous confirme qu’à son retour de Rome, Archélaos se montra particulièrement cruel, non seulement envers les Juifs mais aussi à l’égard des Samaritains.

A la suite de nouvelles plaintes que ses adversaires portèrent contre lui, l’empereur Auguste le déposa et l’envoya en exil en Gaule, à Vienne, en l’an 6 après J.-C. Il avait régné neuf ans.

La parabole du juge inique. Agrippa contre Hérode Antipas ? (en italiques, extraits de Luc 18, 1 à 8). Voir également Flavius Josèphe.

Il y avait dans une ville (Rome) un juge (Caligula, empereur de l’an 37 à l’an 41), qui ne craignait ni Dieu ni les hommes.

Une veuve (la dynastie hérodienne après la mort du fondateur représentée par Agrippa, petit-fils d’Hérode le Grand et de Marianne l’asmonéenne, emprisonné à Rome par Tibère et libéré par Caligula) vint auprès de ce juge et lui dit : « Venge-moi de mon ennemi ! » (Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, ancien rival d’Archélaos, soutenu par Tibère, fondateur de Tibériade ; nous venons d’en parler).

Longtemps, le juge hésita (Caligula commença par nommer Agrippa roi de la tétrarchie de Philippe qui meurt, semble-t-il, à ce moment-là (en l’an 33 ou 34), tout en laissant Hérode Antipas, tétrarque de Galilée).

Mais ce dernier, s’étant rendu à Rome pour demander une couronne royale, Agrippa l’y suivit et formula contre lui de graves accusations. Cédant à son insistance, Caligula exila Hérode Antipas en Gaule à Saint-Bertrand-de-Comminges, en l’an 39, et il donna la Galilée au roi Agrippa.

Voici ce que fut le jugement du juge (l’empereur Caligula)  : « Je ne crains ni Dieu ni les hommes. Mais cette veuve (la maison d’Hérode) commence sérieusement à m’emm... Et à cause d’elle, je n’arrive pas à rétablir la paix (en Galilée). Qu’on en finisse une bonne fois pour toutes ! Qu’on lui donne satisfaction ! (Qu’on dépossède et qu’on envoie en exil Hérode Antipas et qu’on ne vienne plus me casser les pieds !) »

Voici ce qu’est le jugement de Jésus : « Vous tous qui m’écoutez, vous avez compris maintenant comment un juge inique venge une veuve. Vous qui clamez jour et nuit vers le ciel (pour réclamer la Jérusalem céleste dont vous êtes veufs), est-ce que, par hasard, vous douteriez du jugement de Dieu ? En vérité, je vous le dis ; Dieu, qui est autrement plus juste, vous vengera lorsque le jour sera venu, en envoyant le Fils de l’Homme. Mais lorsque celui-ci descendra sur la terre, y trouvera-t-il encore la foi ? »

Vers l’an 38, Luc attendait toujours la venue du Fils de l’Homme.

Des crucifixions politiques dûment attestées.

Souvenez-vous de vos chefs, eux qui vous ont annoncé la parole de Dieu, et considérant l’issue de leur carrière, imitez leur foi (He 13, 7). Flavius Josèphe, dans ses Antiquités judaïques, confirme comment ces chefs ont terminé leur carrière. Il écrit ceci : « Tibère Alexandre fit crucifier Jacques et Simon, fils de Juda de Galilée, qui du temps que Cyrénius faisait le dénombrement des Juifs, avait sollicité le peuple à se révolter contre les Romains ». Tibère Alexandre termina son mandat en l’an 48.

Et l’évangile de Mathieu conclut : « Soyez vigilants, car c’est au moment que vous n’y penserez plus que le Fils de l’homme viendra. Veillez ! »... (Mt 24, 44 et 25, 13).


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