Autour du livre « Le Messie et son prophète »

par Blaise
lundi 18 février 2008

Edouard-Marie Gallez est docteur en théologie et histoire des religions, il est également l’auteur d’une thèse sur les origines de l’islam, qui réunit les dernières recherches scientifiques sur la naissance de cette religion, dans laquelle il expose une théorie selon laquelle les judéo-nazaréens pourraient être à l’origine de l’histoire proto-islamique et, notamment, dans les textes intégrés par la suite dans le coran. Si sa thèse bien sûr ne sera pas agréée par les musulmans les plus pieux, elle va bien dans le sens de la recherche scientifique, en éclairant d’un jour nouveau des faits historiques.

C’est suite à sa rencontre avec le Père Antoine Moussali, spécialiste des questions islamo-chétienne que l’auteur de la thèse a persévéré sur ce chemin et avec lequel il travaillera sept ans à son livre. "Le Coran tel que nous le connaissons aujourd’hui n’est pas une source sérieuse pour la connaissance de l’islam, c’est-à-dire que l’islam lui est fondamentalement antérieur", disait le Père Moussali, qui était capable de psalmodier les versets du coran, comme un muezzin, et qui s’était étonné de retrouver à la fin du verset 51 de la sourate 5, à l’endroit où il est question des Nazaréens, une rupture dans le rythme du phrasé originel, ce qui le fit penser qu’il s’agit d’un ajout. Le terme de "Nazaréen" revient à plusieurs reprises dans le coran, mais pas toujours pour les mêmes dispositions. Une fois il faut s’en méfier, la suivante il faut être allié avec eux... "Le texte coranique a certainement été repris, remanié, manipulé à plusieurs reprises", ajoutait-il, doutant de la traduction habituelle du mot, retranscrit généralement par "chrétien", et y voyant plus particulièrement des judéo-nazaréens, dans bien des cas. Le Père Moussali, qui connaissait fort bien le Coran, y trouvait aussi divers indices, à travers certaines contradictions du texte.
Pour Edouard-Marie Gallez, plusieurs faits sont à revoir dans l’histoire la plus officielle de l’islam, par exemple il doute que les habitants de la Mecque de l’époque aient été païens dans un environnement baigné par l’influence des juifs et des mouvances chrétiennes, et jusqu’à son emplacement actuel en rapport avec la Mecque de l’époque, qu’il verrait plutôt en Syrie, où une ville porte bien ce nom. Pour lui, c’est bien de Syrie que commencera l’Hégire, là où la première partie de la carrière de Mahommet se jouera. Les judéo-nazaréens se seraient servis de l’influence de Mahommet pour pousser les Arabes à la guerre contre les Byzantins (autrement dit les Romains ainsi qu’on les appelait à l’époque), afin de récupérer la Terre promise, c’est-à-dire le territoire palestinien, conquête suite à laquelle selon eux le Messie devait revenir, pour soumettre aux "croyants" la terre entière. Après avoir été convaincus qu’ils étaient les descendants d’Ismaël, les Arabes furent convaincus de prendre Jérusalem, devant laquelle ils essuyèrent une défaite.
Les judéo-nazaréens ne sont ni vraiment juifs encore, ni des chrétiens. Ils font partie des anciens juifs qui croyaient que Jésus était le Messie, mais qu’il avait été élevé au ciel, évitant la crucifixion, tout comme les musulmans aujourd’hui, et ils respectaient scrupuleusement les lois juives. Ils font partie d’une de ces mouvances juives, du Ier siècle, mais qui après la crucifixion de Jésus n’avait pas accepté les païens, jugés impurs, dans leur foi, et qui en conséquence s’était réunis à part. Ce qui fait croire entre autres que les païens de la Mecque décrits dans le Coran soient des judéo-nazaréens, c’est que les personnages se disent monothéistes, ce qui détone pour des polythéistes convaincus. Les judéo-nazaréens, qui récusent le terme de "fils de Dieu", croient que Jésus est un serviteur de Dieu, simplement, et roi. Selon la thèse d’Edouard-Marie Gallez, Waraqa, qui maria Mahommet à sa première femme, Hadidja dont il était l’oncle (ou peut-être le cousin selon les traditions), était lui-même judéo-nazaréen (et non pas nestorien comme cela se dit ), et aurait eu une influence déterminante sur Mahommet. A sa mort, pendant quelques temps, les révélations se tarissent...
Pour Edouard-Marie Gallez, la séparation de ceux qui allaient devenir des musulmans d’avec les judéo-nazaréens viendra après la conquête de Jérusalem par Umar, et la reconstruction d’un temple. Au bout des quatre ans qui devaient le voir revenir, Jésus ne revient pas, les judéo-nazaréens devenus gênants sont massacrés, ou tout au moins leurs chefs. S’impose alors la nécessité pour les Arabes de justifier leur action dans l’Orient et, selon l’auteur, "C’est dans ce cadre qu’apparut la nécessité d’avoir un livre propre à eux, opposable à la Bible des juifs et des chrétiens, et qui consacrerait la domination arabe sur le monde... et qui contribuerait à occulter le passé judéo-nazaréen."
Par la suite, toujours selon l’auteur de la thèse, que je laisse libre de son propos, le Coran subira des modifications, des ajouts, dans une véritable collecte de textes plus anciens. "Quand il devint trop tard pour le modifier encore, toujours selon l’auteur, en ses consonnes, sa voyellisation puis son interprétation furent à leur tour l’objet d’élaborations (parfois assez savantes). Ainsi, à force d’être manipulé, le texte coranique devint de plus en plus obscur, ce qu’il est aujourd’hui." Toute la thèse est réunie dans le livre Le Messie et son prophète, qui est en vente dans diverses librairies, mais plus à la Fnac, qui aurait déclaré que le livre n’est plus disponible. Le lecteur qui souhaite plus de détail que je n’ai pu, ni su tant le sujet est complexe, relever ici, aura tout à gagner à se rendre sur le site, avec aussi un intérêt pour la question du verset sur Marie et Dieu.
Nul besoin d’adhérer ou pas à ces théories, il s’agit de recherches scientifiques, qui comme dans toute recherche doit s’exprimer hors des passions, et en outre une théorie scientifique n’est pas définitive tant qu’elle n’a pas apporté de certitudes. Les musulmans pieux n’adhéreront pas à cette thèse, naturellement. Et pourtant, dans un forum, un musulman se demande si finalement il n’y a pas une part de réalité, puisque les judéo-nazaréens marquent une continuité entre les anciennes traditions, et celle qui pour l’islam contient la dernière révélation. C’est la position de celui qui croit, et qui pense que la vérité en laquelle il adhère, finit toujours par rejaillir...
Un entretien avec l’auteur de la thèse

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