Démission de Benoît XVI, pape ultra-conservateur…

par Giuseppe di Bella
mardi 12 février 2013

Le pape Benoît XVI a annoncé sa démission à partir du 28 février. Il a expliqué ne plus avoir les « forces » de diriger l’Eglise catholique en raison de son âge. Son bref pontificat aura été marqué par de nombreux scandales et par un combat très virulent de la hiérarchie catholique contre les droits des personnes homosexuelles dans le monde, en particulier le mariage pour les couples de même sexe et la théorie du genre.

« Après avoir examiné en ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer de façon adéquate le ministère pétrinien », a indiqué le souverain pontife lors d’un consistoire au Vatican, lundi 11 février. Il a également souligné que « dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changement et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de Saint Pierre et annoncer l’Evangile, la vigueur du corps est de l’esprit est aussi nécessaire ».

Benoît XVI, âgé de 85 ans, laissera le souvenir d’un pape conservateur, fidèle aux dogmes figés de l’Eglise catholique, un théologien qui a engagé l’Eglise catholique dans une véritable lutte très virulente contre les nouveaux droits des personnes homosexuelles dans le monde – notamment le mariage entre personnes de même sexe – et un combat acharné contre la théorie du genre.

Après avoir dirigé pendant presque 25 ans la Congrégation pour la doctrine de la foi, anciennement appelée Saint-Office, l’ancien professeur de théologie n’aura pas réussi à susciter la ferveur dont a bénéficié Jean-Paul II durant toute la durée de son pontificat. Benoît XVI n’aura été qu’un pape de transition, particulièrement conservateur.

Benoît XVI aura été confronté à la plus grave crise de l’histoire contemporaine de l’Eglise catholique. Tout d’abord, il a été contraint à faire face, parfois de façon maladroite, aux scandales des nombreux abus sexuels commis sur des enfants par des membres de son clergé, bien souvent protégés par leur hiérarchie, dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique du Nord. Il ira même jusqu’à condamner ces « péchés » et demander « pardon » aux victimes en juin 2010. Les nombreux scandales financiers ont continué à ternir le blason de l’Eglise catholique. Le coup de grâce fut donné par l’affaire « Vatileaks », en mai 2012, suite à la diffusion de documents confidentiels révélant l'existence d'un large réseau de corruption, de népotisme et de favoritisme lié à des contrats signés à des prix gonflés avec des partenaires italiens. D'autres documents évoquaient les conflits internes concernant l'Institut pour les œuvres de religion (IOR, la banque du Vatican), la situation fiscale de l’Église, les finances des instituts catholiques ou les négociations avec les intégristes. Le majordome du pape, Paolo Gabriele, avait même été arrêté et condamné, avant d’être gracié en décembre 2012.

Durant son pontificat, le souverain pontife a toujours été réfractaire à toute évolution de l’Eglise catholique sur les questions sociétales ou de mœurs. Resté fidèle à tradition, il a refusé d’adopter des positions plus en phase avec la société sur l’avortement, l’euthanasie, la famille ou l’homosexualité. Il n’est jamais revenu sur la question délicate du célibat des prêtres ou celle de la place des femmes au sein de l’Eglise. Les femmes sont toujours exclues de la prêtrise.

Son rapprochement avec les intégristes lui a souvent été reproché. Il a toujours cherché à réintégrer les intégristes, qui rejettent Vatican II, dans le giron de l’Eglise. Il ira même jusqu’à lever l’excommunication de quatre évêques schismatiques dont le Britannique Richard Williamson qui est un négationniste notoire.

Benoît XVI a également souvent été critiqué pour ses prises de position sur l’usage du préservatif. En 2009, il avait même déclaré que la distribution de préservatifs « aggravait » le problème du sida ! Il admettra plus tard que l’utilisation du préservatif, dans des cas limités, était autorisée pour éviter la propagation du sida, en particulier sur le continent africain où la propagation du virus est la plus préoccupante.

Mgr Jacques Gaillot, ancien évêque d’Evreux et évêque in partibus de Partenia, un siège épiscopal situé en Algérie qui a disparu sous les sables à la fin du Ve siècle, avait fait part de son désarroi lors de l’élection de Benoît XVI. Il avait déclaré, en avril 2005 : « Ratzinger, c’est une déception ». Il avait également ajouté penser « à tous ceux qui se sentent exclus dans l’Eglise : les divorcés, les remariés, les théologiens écartés et interdits d’enseignement », en concluant : « Je pense aux homosexuels, aux femmes qui veulent prendre des responsabilités, qui veulent être accueillies comme prêtres ». Il estimait que « Ratzinger avait fermé la porte à Vatican II ».

A vrai dire, l’élection d’un nouveau pape ne marquera pas un grand changement dans la ligne de conduite de l’Eglise catholique, trop préoccupée à mener des combats d’arrière-garde. Le Vatican est loin d’être un modèle de démocratie et d’ouverture sur le monde. Le défunt cardinal Carlo Maria Martini, considéré comme un progressiste, avait même déclaré que « l’Eglise est en retard de 200 ans. Aurions-nous peur ? »…


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