Dieu : architecte, computer ou musicien ?

par Bernard Dugué
jeudi 21 juillet 2016

Au début était le Verbe et le Verbe était avec Dieu… les gens ont écouté la parole de Dieu et les savants ont pensé une nature et un cosmos créés par Dieu puis ce cosmos est devenu un costume trop petit pour l’univers découvert par Newton et c’est ainsi que la théologie naturelle fondée sur la Raison et la science est apparue à la fin du 18ème siècle, avec la croyance en un grand architecte qui dans certains cercles maçonniques, se substituait à l’ancien Dieu. Cette conception s’est avérée pratique. Dieu règle l’univers et la matière, puis il fout la paix à l’homme qui grâce à la raison peut faire progresser le monde matériel. Dans une certaine mesure, l’homme achève la création. Cette formule montre à quel point l’humanisme des Lumières fut présomptueux, pour le meilleur et pour le pire. Au début du 19ème siècle, les savants avaient le choix entre la religion révélée et la religion naturelle. Les tentatives pour concilier les deux n’ont pas manqué mais elles restent anecdotiques, pour ne pas dire pathétiques à l’image de la montre trouvée par un étranger et imaginée par le révérend William Paley.

Au début était le grand architecte… A la fin du 19ème siècle, les deux théologies, naturelle et révélée, ont été balayées par la modernité et la science. Darwin est arrivé et le cosmos s’est doté d’une histoire bien plus longue que celle prévue par les créationnistes. L’homme n’est pas créé par Dieu mais le résultat d’une longue chaîne d’événements naturels. Dieu est mort a dit Nietzsche qui nous a légué cette formule plus énigmatique qu’il n’y paraît.

Au 20ème siècle, les savants ne croient plus en un Dieu cadré par les écritures révélées ou conçu en extrapolant la physique moderne. Quelques braises de théologie naturelles furent allumées, faisant scintiller le grand architecte habillée d’une tunique nouvelle, non plus avec la formule de Newton mais avec les constantes universelles réglées pour que l’univers prenne conscience de lui-même à travers la vie puis l’homme. Le principe anthropique décliné par l’astrophysicien Carter représente une nouvelle formulation au sein de la théologie naturelle mais ne répond pas aux grandes questions existentielles. Si on peut se faire une idée d’où nous venons, l’essentiel est que nous sachions où aller. Et pour nous le dire, la théologie naturelle est impuissante alors que la théologie révélée est de nature à nous égarer car la plupart des théologiens ne savent pas interpréter correctement les Ecritures.

Le 21ème siècle a vu se dessiner quelques tendances nouvelles et une fois de plus, les progrès de la science offrent un accès pour l’élaboration d’une théologie naturelle avec des arguments nouveaux. Le grand architecte n’est plus, après avoir régné pendant l’ère mécaniste de la science. Nous sommes entrés dans l’ère de l’information. L’univers serait régi par un computer quantique peut-on lire chez quelques savants audacieux. Le grand computer, une idée séduisante pour les cercles maçonniques de notre époque ? Je ne répondrai pas à cette question, ne croyant pas à la thèse du computer et n’ayant pas assez d’affinité pour la maçonnerie.

Le dernier stade de la théologie n’est pas encore arrivé. La modernité a séparé les théologies révélées et naturelles. Actuellement, un scientifique qui se respecte ne pensera pas une seconde qu’on puisse réunir les deux théologies. Un théologien sérieux dira la même chose, laissant la science aux scientifiques tout en étant le gardien des dogmes et des écritures. Jacques Arnould pour n’en citer qu’un, a très bien vu le rôle bouche-trou assigné à Dieu pour colmater les brèches ontologiques contenues dans la science.

Le mot de la fin ne sera pas énoncé. Mon opinion est que les scientifiques ne sont pas assez audacieux tout en méconnaissant la théologie et réciproquement, les théologiens restent crispés sur les dogmes irrésolus et ne parviennent pas à élargir le Dieu révélé pour le mettre en résonance gnoséologique avec une science contemporaine qu’ils ignorent du reste et qui n’est pas encore achevée. La gravité quantique nous oriente vers une conception non plus mécaniste mais informationnelle, avec des communications, des résonances, car l’information est toujours dynamique ; elle est associée à l’énergie. Vibrations… et donc, si Dieu est, il est un musicien suprême ! Dieu ne crée pas le monde, il l’accorde !

La jonction entre théologie révélée et théologie naturelle est accessible maintenant. Mais je pense que les hommes n’en veulent pas. Trop d’orgueil et de narcissisme. Les hommes ne cherchent pas la vérité, ils veulent le confort et ils n’auront ni l’une ni l’autre.


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