Divine Marianne !
par Mervis Nocteau
lundi 13 juillet 2026
En 2025, je proposai une astromancie du thème inaugural du 14 juillet 1789 qui, comme tout « thème natal », vaut toute la vie... à relire sans problème, donc.
Cette année 2026, à l'occasion de la fête nationale, je m'intéresserai à la figure de Marianne, de façon moins occulte, en Histoire des idées, où nous verrons qu'elle est à triple fond : républicain, monothéiste et protohistorique – figure syncrétique totale.
Par indulgence pour le lecteur empressé, j'ai placé bien des données en notes de bas de page, mais je les conseille aux sages.
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Première strate : le fond républicain
C'est la strate manifeste. Marianne était un prénom fort répandu dans la paysannerie, à l'époque de la Révolution bourgeoise (1789-1848). Les bourgeois ayant excité les populations à se révolter, beaucoup de Marianne en participaient. On disait même, à l'époque, « une Marianne » comme on a pu dire « un Jacques » : les populations étaient paysannes dans leur écrasante majorité (il y a plus de chances que vos aïeux fussent des roturiers multiformes que des chevaliers uniformes).
Au départ, la Révolution put être considérée comme une vaste jacquerie par la noblesse d'épée, soulèvement populaire type bonnets rouges (devenus gilets jaunes face à la noblesse de robe/bourgeoisie actuelle) : vaste « mariannerie » plutôt que jacquerie, à cette occasion, c'est dire l'exceptionnalité !
Les révolutionnaires assumèrent le qualificatif de Marianne contre leurs opposants, symbole d'émancipation des roturiers multiformes – dont faisaient partie les bourgeois, notamment comme chefs d'ateliers dans les bourgs. D'où leur nom de bourgeois, CQFD[1].
Marianne fut affublée d'un bonnet phrygien, alors confondu avec le pileus romain, « bonnet d'âne » à nos yeux, mais qu'avaient porté les esclaves affranchis dans l'Antiquité : la nouvelle République aima l'illustration romaine quoi que dérivant carthaginoise. Une petite confusion bonnet phrygien/pileus bénigne, dans cette époque historiennement moins scrupuleuse que la nôtre... encore que notre époque historiennement scrupuleuse, dispute les origines de la Marianne républicaine. Pourquoi ? Parce que tout n'est pas toujours simple, le Devenir existentiel pratiquant des amalgames.
De sorte qu'on ait pu rattacher Marianne au nom d'un érudit espagnol[2] à la Renaissance. Renaissance plus vieille que la Révolution de quelques siècles, mais dont finirait par se réclamer la République, pour faire humaniste. L'Espagnol en question s'appelle Juan de Mariana, membre de l'école dite de Salamanque au XXe siècle... érudits de l'université de Salamanque alors, qui s'illustrèrent par leur anti-absolutisme monarchique et leur jusnaturalisme précoces[3], quitte à donner aux peuples un droit de mort sur les tyrans dès leur époque. Extraordinaire, non ? Enfin ça, c'est une explication elle-même très érudite mais, en tout républicanisme, elle est bien sûr très satisfaisante[4].
Finalement, c'est l'Occitanie ancienne[5] qui va rendre populaire Marianne au sein de la République, car la Marianne a beau avoir servi d'effigie dès 1792, son usage n'était toujours pas très répandu dans les institutions sous la IIIe République. Ce n'est qu'au XXe siècle qui nous précède, qu'il faut attribuer son assimilation institutionnelle entière.
Où c'est bien le village de Puylaurens dans le Tarn, Occitanie, qui se targue d'être le berceau de la Marianne républicaine, encore que la chanson populaire la Garisou de Marianno (la Guérison de Marianne) d'un cordonnier puylaurentais – Guillaume Lavabre : 1755-1845 – fût surtout connue au prisme du Tresor dóu Felibrige (Trésor du Félibrige) dictionnaire français-occitan rédigé de 1878 à 1886 par Frédéric Mistral (1830-1914).
Voilà : de l'Histoire des peuples à la petite histoire, la Marianne républicaine semble une figure résolument moderne, contemporaine et volontiers hexagonale, adéquate aux intentions révolutionnaires du bas en haut de l'échelle sociale[6].
Deuxième strate : le fond monothéiste
Au vingtième siècle seulement, Maurice Agulhon suggère que Marianne fasse bibliquement référence à Mariamne l'Hasmonéenne, princesse juive forcée d'épouser le roi Hérode avant d'être persécutée par Salomé puis exécutée par son époux : on est loin de la Guérison puylaurentaise de Marianne... Salomé avait calomnié sa noble reine épouse d'Hérode, Hérode qui se laissa séduire jusqu'à lui offrir la tête de saint Jean-Baptiste sur un plateau[7].
Ceci était pour le judaïsme, mais on voit bien – alors que la France baignerait encore dans un antisémitisme d'ambiance, deux décennies après la Seconde Guerre mondiale – que cette hypothèse reste spéculative. D'autant plus spéculative, d'ailleurs, que l'idéologie judéo-chrétienne réinterprétant les Histoires judaïques et chrétiennes dans le sens de leur congruence, n'est pas plus vieille que la fin dudit antisémitisme d'ambiance (les monothéismes sont comploteurs par excellence : lire le préambule)[8].
Parlons donc des chrétiens, religion française de Clovis toujours au siècle dernier. D'ailleurs, on salue volontiers le rationalisme des bourgeois pour un héritier des Lumières, à l'exclusion des autres roturiers moins instruits, mais le bon sens paysan ne s'en est jamais tant laissé compter[9]. À partir de là, si l'écho vétérotestamentaire de Mariamne l'Hasmonéenne reste faisable, ce sont avant tout les figures de saintes Anne et Marie qui comptent : Anne, mère de la prétendue vierge Marie, mère de Jésus[10].
D'ailleurs, les musulmans aussi, accordent une place à Anne et Marie, dans le Tafsir (commentaires du Coran) et les Qisas al-Anbiya (récits des prophètes) qui identifient presque unanimement la mère de Marie (Maryam) comme étant Hannah (même retranscription latine que l'hébreu, parfois sans H final) ; Anne est alors souvent appelée Hannah Bint Faqud (Hannah, fille de Faqud)[11].
Tout ce que je voulais signifier, c'est que, de nos jours, il serait même tout à fait possible d'inventer une idéologie « judéo-christo-islamique » dans la République au nom de Marianne, même si cette idéologie serait tard-venue dans l'Histoire française, peu après l'idéologie judéo-chrétienne... encore qu'on fabule depuis longtemps – dans l'intelligentsia et autres érudits – « l'âge d'or islamique » comme s'il concernait le monde entier[12].
Enfin, troisième strate : le fond protohistorique
Avant les monothéismes, chrétien évidemment pour ce qui concerne la France à l'époque (sachant que les cultures populaires conservèrent un fond protohistorique devant les cultures savantes de même quant aux cultures contemporaines ayant dévié certes avec créativité aussi dans le Devenir existentiel...) avant les monothéismes, les Anciennes Coutumes étaient polythéistes : la Rome et l'Hellas (la Grèce) sont historiques d'avoir écrit, mais en laissant tant de témoignages sur leurs voisins les Ibères, les Celtes, les Germains, les Scythes, etc. que nous pouvons en faire quelque Protohistoire.
Pour commencer, on se souvient que le bonnet phrygien de Marianne provient d'un amalgame a priori involontaire avec le pileus romain, chapeau des esclaves affranchis. Je dis « a priori involontaire » car on peut spéculer, à la manière de Maurice Agulhon avec Mariamne[8 bis] sur l'invocation ésotérique de la Déesse phrygienne – devenue romaine à l'époque impériale – Cybèle. Car Cybèle, en Phrygie, fut Grande Mère de tous les Dieux & Déesses – importée par sentiment de nécessité polythéologique lors des guerres puniques – dont on voit mal comment la symbolique ne serait pas passée dans la figure de la sainte vierge Marie, reine du Ciel et de la Communion des saints, dans le catholicisme – comme on règne sur un panthéon (sans parler de l'Isis à l'enfant, romanisée). Autant vous dire que la translation jusqu'à Marianne – d'autant plus évidente au prisme d'Anne – semble naturelle en Histoire des idées, jusqu'au « panthéon » où fut fameusement inhumé Marc Bloch voilà peu :
Tout se passe, donc, comme si le bonnet phrygien de la Marianne républicaine résonnait à travers les âges, avec la Déesse Cybèle. Divine Marianne ! Et ce n'était dit qu'à propos de ce bonnet, puisque dans le monde hellène, les plus célèbres porteurs de piloi (pluriel grec de pilos, pileus latin) sont les Dioscures, jumeaux divins, Castor et Pollux, prototypes des jeunes hommes en âge de combattre. Quoi de plus seyant pour une révolution, n'est-ce pas ? surtout dans ses tournures armées anti-européennes, quand toutes les monarchies ne voulurent pas de l'intempérance bourgeoise franco-française – pour rester poli.
Castor et Pollux, symboles de fraternité, associés déjà à des femmes aussi prégnantes que Clytemnestre et Hélène, respectivement meurtrière de son époux le roi Agamemnon et prétexte de la guerre de Troie. Comme disait Héraclite (littéralement « la Gloire de Héra ») d'Ephèse (ville proche de la Phrygie, sur la péninsule anatolienne) : « Toutes choses naissent d'Eris » – Déesse de la Discorde. En quoi l'on retrouve ici une maternité, qui bientôt reboucle avec la Puissante Cybèle : on appréciera la complexion, jusqu'aux querelles révolutionnaires et post-révolutionnaires agitant la France !
Continuons d'exploiter les données précédentes, en rappelant la princesse Mariamne l'Hasmonéenne, néanmoins : les Hasmonéens seraient baptisés d'après la ville judéenne de Hamonah, étymologiquement foule, tumulte. Durant cette époque bientôt christique, plusieurs décennies avant sa naissance, montait le culte d'Adon, qui sonne comme Adonaï (le Seigneur) devenu Adonis chez les Hellènes : Dieu jeune et beau renaissant au printemps et mourant avant l'automne, chez les Phéniciens. C'est à cette époque, que la résurrection devient une finalité monothéiste, sans grand hasard.
Mais les influences phéniciennes peuvent[8] ne pas s'être arrêtées là jadis, puisque dans Hamonah on entend (H)Am(m)on : à la fois le Dieu égyptien Amon (le Caché) et le Dieu phénicien Baal Hammon (Seigneur Amon) – les Phéniciens l'ayant adopté dans leurs termes.
De sorte que les Hasmonéens, entre les judaïsmes, puissent avoir incarné les adeptes d'une tradition ésotérique spécifique, accouchant bientôt ni plus ni moins que de la figure de Jésus. De la résurrection au père invisible, tout y est, d'autant plus que les anti-nazaréens – les opposants au nazaréisme, mouvement de Jésus, jusque dans les christianismes – trouvent une ennemie en Salomé.
De toutes façons, le judaïsme monothéiste ne s'est pas fait en un jour, sinon la Bible ne raconterait pas les écharnements, crises et paniques du Dieu exclusif, contre « la tête dure des Hébreux » toujours prêts à vénérer plusieurs Dieux & Déesses. On ne voit pas pourquoi, à l'époque hellénistique de la Canaan sous régime impérial romain, il en serait allé différemment.
De sorte que, au cas où la Marianne républicaine ferait aussi référence à Mariamne l'Hasmonéenne, Marianne perpétue le Dieu Caché à l'époque laïque – ou du moins sa parèdre Mout, Déesse égyptienne maternelle, dangereusement léonine mais aussi protectrice, et Tanit, Déesse phénicienne de l'amour et de la guerre.
Or Mariamne est avant tout Mariam (Marie) en grec, avec le suffixe -ne alors, écho de la sainte Marie, qu'on retrouve en armure guerrière en l'église fortifiée de Santa Maria de Ujué, en Espagne, antiquement ibère influencée par les phéniciens, criblée de sanctuaires à la Déesse Tanit. Divine Marianne !
Cette même Déesse Tanit, avec l'influence ibère sur les Celtes – dont ressortent nos vastes ancêtres génétiques Gaulois, mais pas ancêtres culturels... – cette même Déesse Tanit, disais-je, serait la raison pour laquelle, chez les Celtes, et contrairement au reste du monde indo-européen (Rome, Germanie, Grèce, Scythie, Ancien Iran, Inde, etc.) les femmes auraient eu plus de libertés ; d'ailleurs, la cérémonie d'affranchissement des esclaves romains, alors porteurs du pileus, se faisait sous l'égide... de la Déesse Libertas, par-devers Jupiter Liberator et Liber Pater.
Pour m'en tenir aux Celtes, la Déesse Morrigan serait le Devenir existentiel nord-occidental de la Déesse Tanit, ou du moins sa cousine influencée des cultures de l'arc atlantique parcourues par les Phéniciens dès l'époque archaïque. Or, les Gauloises n'hésitèrent pas à effarer les Romains, par leurs frénésies pugnaces – jusqu'à intimider ces faux pudiques, enragées et seins nus. Comment n'y pas retrouver la Marianne du fameux tableau d'Eugène Delacroix, la Liberté guidant le peuple (illustrant la deuxième révolution de 1830) ?
Mais il y a mieux encore : l'existence de la Déesse gauloise Ana, mieux connue sous le nom de l'Irlandaise Dana, est la raison pour laquelle la Bretagne contemporaine célèbre encore-toujours autant sainte Anne. Qui, certes, devint sa sainte patronne à la Renaissance, époque où la reine Anne épousa successivement deux rois de France dont l'un mourut, mettant un terme à l'indépendance bretonne... comme en compensation symbolique, et néanmoins forte, avec l'antique Ana.
C'est-à-dire que le comparatisme irlandais nous informe littéralement, que la Déesse Ana est la cheffe des teutèles divines, c'est-à-dire des bonnes engeances de cette Déesse-Mère, elle-même lointaine cousine de la Déesse Cybèle par laquelle nous commencions notre lecture protohistorique de la Marianne républicaine. Les cultures populaires, notamment celtophones, ont filtré depuis l'Antiquité ; car si la reine Anne est pour quelque chose dans l'explosion du culte de sainte Anne à la Renaissance[13], la prégnance de ce culte est attestée dès l'époque gallo-romaine. De la Déesse Ana, donc, car on s'explique mal comment les Bretons s'y seraient dédiés sinon – de même que les « Basco-Gasco-Languedoco-Catalo-Pyrénéens » – antiques Ibères apparentés jusqu'en Antique Catalogne (scroller le fil) – se dédièrent à la Déesse Mari-Tanit (lire aussi le groupe de liens idoines, placés ci-dessus à propos du coin). Divine Marianne !
La première strate du fond républicain est fascinante... Vive la République, et vive la France !
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[1] Même si Olympe de Gouges n'a pas suffi à faire valoir l'égalité hommes-femmes alors, au point que la condition féminine se soit même détériorée, comme s'il avait fallu compenser l'absence officielle de hiérarchie par diverses hiérarchies officieuses, même infimes : tout le monde adore ça.
[2] C'est Manuel Valls qui va être content !
[3] Jusnaturalisme : philosophie politique postulant « le droit naturel », par opposition au conventionnalisme, estimant le droit conventionnel.
[4] Autre satisfaction érudite avancée, quoi que plus régionaliste : Paul Barras, membre du Directoire, lors d'un voyage en Alsace chez un révolutionnaire, aurait dit à sa femme prénommée Marianne : « votre prénom sied à la République autant qu’il sied à vous-même » – mais on voit mal comment il l'aurait dit sur un coup de tête, si ce prénom n'était pas déjà popularisé. Avec le Chant de guerre pour l'armée du Rhin devenu la Marseillaise, disons que les Alsaciens bombent le torse, ce qui ne mange pas de pain.
[5] Le vaste Sud en général, de Toulouse à Marseille, bien plus que la seule nouvelle région du même nom.
[6] Encore que la bourgeoisie ait fini par laminer la paysannerie jusqu'à nos jours eurocratiques – moitié par force des choses, moitié par mépris de classe et ressaisie érudite de l'effigie... au nom de leurs intentions lors de la Révolution, consistant à devenir califes de robe à la place des califes d'épée.
[7] Fut-ce un « féminicide » ?
On peut le discuter rétrospectivement, car la légende raconte que Salomé, mariée à un certain Joseph, se sentait méprisée par la reine Mariamne, en raison des origines modestes de sa famille... de sorte qu'elle mentit sur le double adultère entre Joseph et Mariamne, qui eût fait d'Hérode et elle des cocus. Mais Hérode dut être salacement instigué par une deuxième salve de calomnies, avant d'exécuter Marimane sous la colère, après avoir déjà fait exécuter Joseph...
On devine volontiers que Salomé n'aimait pas doublement son époux ni la Mariamne, ni pas grand monde d'ailleurs... Les féministes ne seront pas rassuré(e)s d'apprendre qu'Hérode regretta amèrement sa colère meurtrière toute sa vie durant. L'instigation salace de Salomé n'est pas négligeable.
[8] Hypothèse spéculative en dehors, peut-être ? de cénacles révolutionnaires judaïsants, amateurs de littératures et d'occultismes divers, sur le mode de l'Aube Dorée (Golden Dawn) anglaise. Pourquoi pas ? mais cela reste spéculatif. On invoque les tragédies de Hardy, l'Hermite et Voltaire (respectivement Mariamne, 1610, Mariane, 1636 et Hérode et Mariamne, 1724, sur le même thème) et bien sûr le complot « judéo-maçonnique » né sous le coup des ecclésiastiques...
… alors que le maçonnisme naquit de cercles chrétiens, tirant à fond les conséquences évangéliques d'égalité devant Dieu doublé d'amour universel, avec rétrospectivement leur « frérisme » déjà – frérisme adoré par les Anglais et leurs sociétés fraternelles philanthropiques ayant même affectées le druidisme contemporain (lire aussi).
[9] Loin de la niaiserie de l'intelligentsia toujours trop prompte à caricaturer les peuples pour des imbéciles, nombres de contes populaires nous rappellent à l'astuce des « petites gens » – au hasard, le Petit Poucet : c'est bien pour ça, que la « chasse aux sorcières » ne se déclara que tardivement dans la Féodalité, après la Renaissance encore !
Comme disait René Descartes, non sans une certaine ironie à redécouvrir en contexte, mais néanmoins valable pour tout le monde : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. » : l'instruction n'est pas tout, et Descartes déploya son astuce philosophique.
[10] Anne, grand-mère de Jésus à laquelle s'applique le dogme de l'Immaculée Conception – contrairement à la vulgate qui l'attribue à Marie.
Marie naît légendairement sans péché comme Jésus, donc, ce que la tradition décréta nécessaire pour que l'archange Gabriel insufflât les entrailles de Marie par l'opération du Saint-Esprit, en toute pureté christique :
Pour les doctes, le Dieu exclusif n'aurait pas pu choisir un autre « réceptacle » pour lui-même qu'une de ses filles (« créature de Dieu ») en guise de femme intercesseuse entre le Ciel et la Terre, pour mère. C'est parfaitement docte, et les doctes sont bien doctes : seules les petites gens manquent de l'intelligence pour le comprendre, c'est bien connu... les petites gens ne maîtrisent même pas le latin, ces ignares !
[11] Historiquement, le Coran s'est d'ailleurs inspiré d'Evangiles apocryphes, en l'occurrence ici Evangile de Jacques : Jésus (Isâ) y insuffle la vie à un oiseau en argile, sur le modèle de Jéhovah (le Seigneur, Allah) façonnant et vitalisant Adam (Adam signifie littéralement glèbe). Mais la tradition coranique en question, toujours depuis le même Evangile, évoque donc Anne, mère de Marie, grand-mère de Jésus, en évoquant son époux Joachim, père de Marie, grand-père de Jésus.
[12] Par exemple sur la base d'une idéologie al-andalusienne elle-même récente et erronée, d'un havre interreligieux dans l'Espagne médiévale. Lire Darío Fernández-Morera, The Myth of the Andalusian Paradise ; Rafael Sánchez Saus, Les chrétiens dans al-Andalus : De la soumission à l'anéantissement ; Joseph Pérez, Andalousie. Vérités et légendes ; Rémi Brague, Sur l'islam ; Arnaud Imatz, Être minoritaire en terre d'islam ; Serafin Fanjul, Al-Andalus, l'invention d'un myth ; entre autres.
[13] Sainte Anne serait apparue, comme la sainte vierge Marie à Lourde, à Sainte-Anne-d'Auray. En 1625, le paysan Yvon Nicolazic aurait découvert une statue de la sainte dans un champ, suite à une série de visions débutées en 1623. L'événement transforma Auray en un haut lieu de pèlerinage et popularisa le culte dans toute la province et au-delà, non sans antique raison. Il ne restait plus à Pie X, qu'à entériner l'affaire en 1914, probablement pour contrer l'avènement du druidisme contemporain (lire aussi).