Fier d’Ítre catholique et heureux de l’Ítre

par Jean-Baptiste Maillard
mardi 3 février 2009

Dans une tribune publiée sur Agoravox mais aussi dans La Croix et Le Monde, Matthieu Grimpret avouait la semaine dernière avoir honte d’être catholique. Connaissant Matthieu depuis longtemps, j’ai lui ai répondu dans une tribune publiée également sur le site de La Croix et sur mon blog Anuncioblog. 

Il y a dix ans, je rencontrai Matthieu Grimpret, qui venait d’écrire la « Révolution de Dieu » et « J’ai vu une porte ouverte dans le ciel », livres révélant les folles aspirations de la génération Jean-Paul II, en quête d’un nouveau souffle né des JMJ. Ces deux livres étaient un brillant plaidoyer pour se relancer dans l’évangélisation du monde, sans complexe et sans détour. Alors que j’évangélisais sans le savoir, je rencontrais Matthieu. Il fit partie de la poignée de ceux qui me firent basculer corps et âme, tête et cœur, dans l’urgence de l’annonce du Christ, pour le salut des âmes. Un souci qui, grâce à Dieu, ne m’a jamais quitté depuis. Matthieu me fit alors participer à la fabuleuse aventure du site Christicity.com qu’il avait fondé, un portail visant précisément une nouvelle évangélisation de nos contemporains. Je n’avais jusqu’à ces jours encore jamais entendu parler de l’‘évangélisation’. C’est dire si je lui suis reconnaissant aujourd’hui de m’avoir permis d’étudier tout ce que les textes du Magistère enseignent à ce sujet, notamment depuis Vatican II. Cela m’a « boosté » dans ma foi, sans aucun doute.

Beaucoup d’eau a depuis coulé sous les ponts. Le 21 janvier dernier, Matthieu m’envoyait un message sur Facebook pour me féliciter de ma persévérance au moment même où je viens de finir un livre sur la nouvelle évangélisation de la France, à paraître aux éditions de l’Oeuvre en mai prochain. Sans vraiment le vouloir, je suivais ses traces en écrivant à mon tour un livre sur l’évangélisation. Tout allait bien. Mais quelle ne fut pas ma surprise en découvrant quelques jours plus tard sa tribune publiée simultanément, sous deux versions différentes, dans la Croix et le Monde !

« Honte d’être catholique ? Quelle mouche l’a piqué ? », me dis-je. J’arrêtai net mes occupations pour lire son article. Matthieu Grimpret, lui qui se disait fier d’être catholique et heureux de l’être, avait soudain honte ? Matthieu Grimpret, l’un de mes modèles d’alors, reniait-il soudain tous ses idéaux ? Fée Carabosse, comme dirait mon grand-père, rendez-nous notre Matthieu Grimpret !


Mais quel était donc le sujet de sa soudaine honte ? Une décision du pape ? Ou la déclaration scandaleuse et révoltante d’un évêque schismatique soit disant réintégré dans l’Eglise catholique ? Car écrivons-le clairement : non, ce Williamson ne fait pas partie de l’Eglise catholique. Non, il n’a pas été « réintégré » par le pape. Le cardinal Barbarin l’a très bien expliqué au talk-show Le Figaro/Orange : cet acte juridique permet seulement l’ouverture d’un dialogue pour lequel la levée de l’excommunication, du côté intégriste, était un préalable.

En comparaison, bien que le sujet soit très différent, la levée de l’excommunication contre les orthodoxes, en 1965, n’a pas pour autant célébré une pleine unité, les deux Eglises étant toujours séparées aujourd’hui. Mais cela a permis depuis, entre autres raisons, de très belles avancées des discussions en vue d’un retour à l’unité. L’élection, mardi dernier, du nouveau patriarche orthodoxe russe Cyrille Ier ouvre d’ailleurs une nouvelle phase pour l’Eglise orthodoxe russe et laisse apparaître de très belles promesses pour ce retour à la pleine unité, comme l’a déclaré mercredi le Cardinal Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, au micro de Radio Vatican.

Aujourd’hui, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant que les membres de la Fraternité Saint Pie X réintègrent l’Eglise catholique. Nous savons que les quatre évêques, tout comme leur prêtres, sont toujours suspens « a divinis », c’est-à-dire qu’ils n’ont pas le droit de célébrer les sacrements pour les fidèles catholiques. Ils n’ont d’ailleurs pas d’affectation, ils sont pasteurs de « nulle part », comme Mgr Gaillot à Partenia. Pourquoi alors crier avec les loups qui parlent, à tort, de « réhabilitation » ? Des loups qui sont très heureux de trouver pour l’occasion un catholique disant avoir honte de l’être. Des loups qui oublient de nous rapporter l’information selon laquelle la chaîne de télévision d’Etat suédoise SVT a diffusé l’entretien de Williamson le lendemain de la décision du pape, signifiée aux quatre évêques le 21 janvier, soit trois jours avant qu’elle soit rendue officielle. Cet entretien avait été réalisé en réalité en novembre 2008, selon les déclarations du producteur de l’émission à l’AFP. Un coup monté ?

Les propos révisionnistes de Williamson sont scandaleux. Il est juste et utile de s’en offusquer. Mais des mensonges proférés avec aplomb peuvent-ils et doivent-ils nous ébranler dans notre foi, au point d’avoir honte de notre propre appartenance à l’Eglise catholique ? Matthieu me le disait-lui même à l’époque, nous ne sommes pas catholiques par plaisir, par intérêt ou pour être né du bon côté du trottoir. La vraie question est de savoir si nous sommes fonctionnaires – occupant une place, fût-elle de « prélat » – ou missionnaires. Nous sommes d’abord catholiques parce que nous avons fait l’expérience d’une rencontre personnelle avec le Christ et que nous voulons l’annoncer au monde. Rien ne peut nous donner honte d’aimer le Christ et l’Eglise, surtout pas un pseudo « prélat », somme toute un évêque marginal sans diocèse, dont les propos pénibles et outrageants n’engagent que sa personne. Le supérieur de la Fraternité Saint Pie X, Mgr Fellay, s’en est lui-même désolidarisé dans une déclaration sans détour mardi dernier, demandant par la même occasion pardon au pape « et à tous les hommes de bonne volonté ».

De son côté, Benoît XVI a de nouveau condamné la Shoah mercredi, « meurtre féroce de millions de juifs, victimes innocentes d’une haine raciale aveugle et religieuse » et il a rappelé qu’elle reste « un avertissement contre l’oubli, la négation et le réductionnisme » ajoutant : « je renouvelle avec affection l’expression de ma pleine et indiscutable solidarité avec (les Juifs) nos frères destinataires de la Première Alliance ». L’Osservatore Romano en a fait sa « une », au détriment du message du pape à Cyrille Ier pour son élection à la tête du Patriarcat de Moscou. On ne pourrait être plus clair.

Alors, est-ce le rôle d’un catholique de faire à l’avance le procès du pape en se demandant s’il n’est pas en train de « faire reculer l’Eglise », de « fermer toute les écoutilles », de « ne plus prêter attention au monde qui l’entoure » et tous les poncifs du genre ? Il aurait sans doute été plus prudent d’attendre avant d’écrire une telle tribune. La pétition lancée par l’hebdomadaire La Vie semble une initiative plus intéressante, quoi qu’aux objectifs très flous. Matthieu Grimpret a-t-il été victime d’une vivacité trop précoce ? Ou serait-ce, plus tristement, une volonté de se désolidariser des catholiques, comme de certaines positions de l’Eglise ? Quand on avoue « être en désaccord total » avec certains de ses enseignements, en même temps qu’être catholique, n’est-ce pas imiter les intégristes qui refusent Vatican II ou du moins, émettent des réserves ?

Les propos odieux de Williamson ne méritent pas l’écho sinistre que nous leur donnons – même s’il s’est depuis excusé, sous la pression médiatique. Cette polémique ne doit pas nous faire oublier d’aborder sans complexe ce qui concerne tous les catholiques : Vatican II, s’inscrit-il, oui ou non, dans la grande tradition de l’Eglise ? Si oui, sur quels textes les intégristes émettent-ils des réserves ? Avec quelle interprétation ? A la lumière des clefs du Concile, comment ceux qui seraient réintégrés dans l’Eglise pourront-ils participer, avec leurs spécificités, à sa mission première, l’évangélisation ? Ce sont là les vraies questions, à mon avis. J’en ajoute une : et nous, catholiques de toutes les sensibilités, que faisons-nous pour annoncer le Christ à nos contemporains en quête de sens ?


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