Humour et extrémisme

par Michel DALMAZZO
mercredi 24 septembre 2014

Comment transmettre une valeur, par exemple la laïcité, à quelqu’un qui ne veut pas l'entendre ?
 
Pour le fanatique ce qui ne passe pas par Dieu ne passe pas, il n’écoutera jamais que l’écho de sa propre voix... 
Alors, laissons-le, faisons en sorte qu’il prêche dans le désert : c’est à son public qu’il faut s’adresser !
Et surtout pas en lui tenant un discours théorique ! Le raisonnement a toujours eu du mal avec la croyance : Galilée en savait quelque chose.
De plus, il ne faut pas attaquer bille en tête sur la question de la laïcité ! 
Ce serait parler d’un de vos plats à quelqu’un qui ne connait pas vos ingrédients !
Car l’idée même de laïcité est une résultante ! Elle repose sur un ensemble de quelques valeurs fondamentales, comme (entre autres) la relation de l’individu aux autres, laquelle se raccroche à la valeur de soi, donc du corps, du cœur et de l’âme et donc à Dieu…
Et là encore, il faut éviter les démonstrations philosophiques ! 
Elles n’en finiront pas, car tout se tient dans un homme, d’une façon ou d’une autre !
 
Alors ?
Ce que je propose est modeste : en faisant un peu d’humour !
Pourquoi les rires ne devraient-ils venir que des endroits sordides ?
 
Il y a un précédent célèbre.
Rabelais, vers 1530, en plein obscurantisme, faisait rire en écrivant que si Dieu l’avait voulu, la femme aurait pu accoucher par l’oreille, que le corps est fait des matériaux (je vous laisse deviner lesquels), que Dieu a décidés, que le bon sens vaut mieux que les prêches et les faux raisonnements, etc.
Ce faisant, il ne s’attaquait pas à la croyance (il était chrétien et avait été ecclésiastique avant de devenir médecin…). Au contraire. En soulignant la puissance de Dieu, il amenait le lecteur à penser que nous sommes ce que Dieu a voulu, qu’avec nos petits bras et nos petits actes, il est présomptueux et inutile de vouloir lui apporter notre aide, que le sacro-saint principe de pureté ne vaut pas un clou, que la science éclaire mieux la parole et la création de Dieu que ne le feront jamais les sorbonnards et les calotins… 
 
C’est cette démarche, un gai-savoir véritablement démago-pédagogique, qui a fait de Rabelais un des inventeurs de l’humanisme moderne. 
L’époque était différente, évidemment. Il n’y avait pas internet ni les jeux télévisés, mais les fatwas, (catholiques) existaient déjà. Il y a beaucoup de nuances dans la lumière, mais, de siècle en siècle, l’obscurité reste l’obscurité. 
 
Je peux tenter quelque chose. 
Par exemple, en vous proposant un proverbe qui ne demande qu’à se faire connaître. 
 
Voici : « le pied du Prophète était plus petit que sa babouche ».
Je ne suis pas sûr que ça fasse sourire quelqu'un d'autre que moi.
En tout cas, ça dit une vérité incontestable... autant qu'insidieuse pour certains : celle qui ramène tout homme à sa nature d’homme. 
Ceux qui ont du mal, consciemment ou pas, à imaginer quoi que ce soit de petit chez un grand homme le sentiront. Certains souriront de l’évidence et y réfléchiront. D’autres, chez qui le sourire ressemblera plutôt à une grimace, prétendront que Mahomet n’avait pas de pieds, tout comme Valentin, grand gnostique du IIe siècle, qui affirmait que Jésus mangeait, buvait, mais ne déféquait pas. La prochaine fois, j’éviterai d’évoquer le Prophète et je parlerai des pieds de l’imam. C’est d’ailleurs ce que feront, j’espère, les humoristes musulmans qui me lisent, car il y en a, même si la pirouette ne trompe personne. 
 
Pour ceux qui douteraient encore, je rappellerai que, dans la Bible, le nom du fils d’Abraham et de Sarah, celui qui symbolisera l’Alliance entre Dieu et les hommes (pas moins !) est Isaac ce qui signifie il rira
 
Bref sourions ! De toute façon, ce sera un bon début pour se comprendre.

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