Islam et islamisme : attention l’amalgame !

par Capreolus
lundi 30 octobre 2006

Islam, oui, islamisme, non ! Angélisme ?
"-isme" s’ajoute à un mot pour désigner une idéologie ou une attitude intellectuelle ou pratique, dont le principe est révélé par le radical : ainsi le christianisme est l’enseignement tiré des paroles du Christ, le pragmatisme est l’attitude de celui qui estime que l’action (pragma) doit être la mesure de toute chose.
La réalité nommée par le radical est la mesure de ce que désigne le mot : si j’adhère au marxisme, la pensée de Marx mesure ce qui peut être considéré comme appartenant au marxisme, et je suis ainsi dit marxiste.
La suffixe "-iste" désigne celui qui adhère au "-isme", et affirme son adhésion au radical. Il peut aussi en désigner le spécialiste, comme dans le mot "chim-iste".

Tout ceci pour permettre d’interroger la nuance, posée souvent en principe salvateur de la bonne conscience journalistique, entre islam et islamisme.

Si l’islam désigne une religion, l’islam est à l’islamisme ce que Marx est au marxisme, ou ce que l’action est au pragmatisme.

Or on a coutume d’opposer islam et islamisme, comme on opposerait alcool et alcoolisme : l’islamisme serait un "trop d’islam", un attachement excessif à l’islam.

C’est là entretenir une certaine confusion de langage. Car si l’islam est en soi une bonne chose, c’est bien son excès qu’il faudrait définir, et il faudrait surtout se demander si dans l’excès d’islam celui-ci est encore de l’islam. L’alcoolisme ne change pas la nature de l’alcool !

Certains pensent s’en tirer en parlant d’islam modéré. Abdelwahab Meddeb récuse, avec bon sens je crois, cette expression. Car parler d’islam modéré, c’est lui reconnaître une nature violente et nocive. C’est dire qu’il faudrait le couper avec ce qui n’est pas lui, comme on coupe le vin avec de l’eau. Modérer, c’est, comme le mot l’indique, soumettre à une mesure extérieure, et cette mesure est celle de la raison.
Ce serait donc reconnaître que la rationalité, grâce à laquelle on voudrait modérer l’islam, lui est extérieure ?

On n’a donc rien dit lorsqu’on a invité à ne pas tomber dans l’amalgame, tant qu’on n’a pas montré que l’islam contredit avec évidence ce que nous appelons islamisme.

On dira que l’islamisme est à l’islam ce que, dans la religion chrétienne, l’intégrisme est au christianisme.
Mais qu’appelle-t-on intégrisme ? La question est de savoir à quoi conduit l’excès de christianisme !
J’aurais envie de dire : à la sainteté, pas à ce que nous appelons intégrisme. Est saint en effet celui qui imite le Christ dans dans ses paroles et dans ses actes...
Or il me semble que le fondateur du christianisme a apporté quatre choses fondamentales avec lesquelles l’islam est en rupture.

D’abord, la laïcité : "Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu". La distinction du spirituel et du temporel, la distinction du clerc et du laïque sont inscrites dans cet enseignement. Que les chrétiens n’y aient pas toujours été fidèles n’y enlève rien. C’est une laïcité respectueuse à laquelle nous devrions peut-être revenir, et non pas une laïcité de repli telle que nous la connaissons. Il ne s’agit pas de barricader la République contre les assauts du religieux, mais de vivre en harmonie. Or, nous avons appris cela du Christ. Que dit le Coran sur la distinction entre le spirituel et le temporel ?

Ensuite l’égalité : "Il n’y a plus ni homme ni femme, ni esclave ni maître," écrit saint Paul, pour dire que devant le Christ, tous les hommes sont égaux. Cette affirmation de l’égalité, Tocqueville la reconnaît comme traversant toute notre histoire, jusqu’à l’égalité proclamée comme principe de la République. Mais qui nous a appris que nous étions égaux ? Ce ne sont pas Diderot ni Voltaire, c’est encore le christianisme. Que les chrétiens n’y aient pas toujours été fidèles n’y enlève rien. Que dit le Coran de l’égalité des hommes, notamment de la position de la femme ?

En outre, la liberté : comme le souligne Hannah Arendt, dans La Crise de la culture, notre liberté moderne est inconnue des Grecs, pour qui la liberté est seulement une notion politique. Le christianisme va imposer une conception personnelle de la liberté : l’homme libre est celui qui adhère au bien à partir du jugement éclairé de son intelligence. L’acte de foi n’est pas pour le chrétien un acte de soumission servile, mais un acte d’obéissance, c’est-à-dire un acte dans lequel j’entre de plein gré dans le projet d’un autre, parce que mon intelligence m’a montré que là est mon bien. C’est là le principe de la liberté religieuse dans la tradition de l’Eglise catholique. Que les chrétiens n’y aient pas toujours été fidèles n’y enlève rien. Que dit le Coran de la liberté religieuse ?

Enfin, la fraternité : le Credo le proclame : Je crois en Dieu, le Père... Inutile de développer pour montrer d’où vient ce concept républicain de fraternité. Que les chrétiens n’y aient pas toujours été fidèles n’y enlève toujours rien. Que dit le Coran de la fraternité humaine ?

Tout ceci me semble permettre de souligner quelques fausses pistes.

D’abord la piste de l’intégrisme laïque, qui voudrait exclure absolument le religieux de l’espace public. Ce serait scier la branche sur laquelle nous sommes assis, car notre culture républicaine, même dans ce qu’elle prétend opposer au fait religieux, est encore d’origine chrétienne.

Ensuite, la piste de l’égalité des cultes devant la loi : car islam et christianisme n’entretiennent pas le même rapport avec la République. Elle n’a donc pas à les traiter pareillement. Etre juste serait reconnaître la dette de la République, et même de l’Europe, à la culture chrétienne. Et j’entends ici par culture chrétienne le soin avec lequel le christianisme a façonné la France et l’Europe d’aujourd’hui.

Enfin, la piste de l’angélisme. Nous ne sommes pas devant une guerre de religions, mais dans un choc de cultures et de civilisations. Qu’on se rassure, les musulmans ne vont pas venir nous trancher la gorge. Ils ont mieux à faire. Par exemple, comparer nos courbes démographiques...


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