« J’ai compris que nous avions besoin de guides srs sur la Voie du Nord » : des Occidentaux de traditions germano-scandinaves, parlent

par Jrmy Cigognier
vendredi 2 septembre 2022

De 2020 à 2022, parurent sous AgoraVox des entretiens-fleuves, nommés Des Païens d'inspiration viking et danisante [comprendre : germano-scandinavisante] contemporains parlent. Ces entretiens se sont perdus. En voici les interventions essentielles, ce qui reste toujours conséquent : à lire en prenant le temps, ou à retenir dans vos liens favoris/marques-pages pour une prochaine fois.

A lire aussi : « Je souhaite que chacun, dans son identité propre, renoue avec ses racines spirituelles » : des Occidentaux de traditions celtes, parlent

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Bonjour ! Quel est votre nom ou surnom ?
* Dan Derieux/Thorgis  : Dan (de Dan Mikilati, premier roi des Danes) et Thorgis, un des tous premiers guerriers organisant un raid contre l'empire chrétien en expansion sous Charlemagne, criminel et totalitaire contre nos traditions.
* Freya Holgersson : Bonjour, je suis Freya Holgersson.
* Gottfried Karlssohn : Salutations ! Ce n'est pas un pseudonyme, mais tout simplement mon nom selon les traditions germaniques : Gottfried Karlssohn. J'ai répondu à l'entretien sur les celtisants, sous le nom breton de Yann Mab Beltan.
* Sébastien Günther/Gundahar : Quand j’ai commencé à faire partie d’une troupe de reconstitution viking (Norvège 10ème siècle) j’avais, pour les besoins de la troupe, utilisé la forme norroise de mon nom de famille : Günther est donc devenu Gunnar. Mais au fil des années, j’ai pris progressivement de la distance avec le contexte scandinave et viking, fantasmé et galvaudé, surtout depuis la série Vikings, pour me rapprocher de mes racines réelles : germaniques continentales. Pour être cohérent, le nom utilisé est donc Gundahar. Je privilégie effectivement la lignée, la continuité ethnique. En tant qu’alsacien, aux ancêtres germaniques ayant vécu en Alsace, Suisse, Palatinat, Vorarlberg, Silésie, et autres régions de l’ensemble allemand, ça me semble logique de renouer avec la pratique de mes ancêtres réels, plutôt que de m’identifier aux Norrois médiévaux, qui sont les derniers avatars païens du tronc germanique.
* Halfdan Rekkirsson : Ø
* Harjamann Marshalk : Heel ! Harjamann Marhskalk. Harjamann car c'est l'origine même de mon véritable prénom, Armand en proto-germanique, et Marhskalk car c'est l'origine vieux bas-francique du nom de famille de ma mère Marchal soit : celui/celle qui s'occupe des juments, ayant donné maréchal, une vieille lignée des terres alsaciennes, alémaniques et flamandes. Du côté père mon nom c'est De Vos, qui signifie le renard en néerlandais.
* Joël Supéry/Osgor : Dès la publication de mon premier ouvrage en 2005, j'ai été accusé de faire l'apologie de la race aryenne parce que je m'intéressais aux vikings et avais qualifié les Gascons d'indigènes, un terme, selon l'universitaire qui m'a accusé, qui était révélateur de toute ma démarche. Le simple fait d'évoquer les vikings me valait d'être traité d'extrémiste. Je n'ai pas cherché à cultiver ma dimension germano-scandinave. Je n'ai pas de surnom, mais il m'arrive de signer Osgor (Asgeir/Hossegor). Asgeir était le bras-droit de Ragnar, le logisticien qui a œuvré dans l'ombre. Dans la série Vikings, c'est Floki qui occupe cette position de génie créatif.
* Thierry Van den Eynde : Je n’ai pas de surnom, je n’ai jamais vu d’intérêt à cette pratique. J’ai hérité du nom de mes ancêtres flamands et reçu un prénom d’origine germanique, cela me suffit.
* Mervis Nocteau : Mon surnom est Mervis Nocteau, d'inspiration celte mais à consonance germanique (le celte étant à la croisée du latin et du germanique). J'ai au civil un patronyme germanique, comme au reste bon nombre de Français tout ce qu'il y a de plus classique (encore que mon patronyme soit singulier) : mes racines paternelles plongent à la lisière des mondes celte et germano-scandinave, parmi les Suèves (actuelle Souabe, en Allemagne du Sud et Suisse germanique). Un peuple descendu en Galice (Espagne du Nord-Ouest), région dont je suis voisin depuis la France, proche de mes racines maternelles.

Pouvez-vous vous présenter dans la vie courante ?
* Dan Derieux/Thorgis : Très soucieux de la liberté, ne supportant pas la hiérarchie, aristo-libertaire et souverainiste, ce que je pense je le mets en pratique à la façon d'un philosophe romain, très engagé pour la cause animale. Deux décennies aventurier à la façon des vikings, jusqu’à naviguer dans les mers scandinaves avec un voilier viking d’une vingtaine de mètres. Je suis romancier.
* Freya Holgersson : Mon grand père paternel était suédois, mais mon père est né en France et moi aussi. Je suis d’origine italienne du côté de ma mère. Il n’empêche que ces racines, si diverses soient-elles, me provoquent depuis toujours. Dans la vie courante, je suis essentiellement runologue : je pratique la voyance par les runes, à domicile et en distanciel, c’est-à-dire en visio. Je guide, j’ouvre des portes, j’équilibre, j’explore des vies antérieures, et j’aide des personnes qui font appel à moi. Je pratique le dialogue avec les runes depuis que j’ai 17 ans, et j’en ai 46. Les anciens Germano-Scandinaves étaient très friands de voyance, mais rien n’affirme qu’il la pratiquait à l’aide de runes. Pourtant, rien ne l’infirme non plus. La tradition germano-scandinave m’a toujours attirée, particulièrement parce que l’Homme et la Femme y sont libres et égaux. Ils prennent leur destin en main et ne sont pas passifs. Ils entretiennent un lien étroit avec la Nature qui est au cœur du processus magique. Je suis aussi agricultrice à mes heures perdues et mère de trois enfants. Les animaux sont au centre de ma vie : chevaux, chiens, chats, moutons et la forêt, les arbres, les plantes. Je précise que je n’élève pas d’animaux en vue de les vendre : ils sont simplement mes compagnons de vie ! Les meilleurs compagnons.
* Gottfried Karlssohn : Je suis père de famille, j'ai entre 25 et 30 ans, je travaille dans le domaine agricole, je vis en milieu rural.
* Sébastien Günther/Gundahar : Je suis fonctionnaire territorial, dans le domaine de la culture et du patrimoine. Plutôt solitaire (je suis sociable, mais à dose homéopathique) j’aime la lecture, l’histoire, l’archéologie, l’art, la musique, cuisiner, dessiner, jardiner. J’ai besoin d’être dans mon jardin, les mains dans la terre. J’ai la chance d’avoir un coin de verdure et de biodiversité, à l’écart des villes. J’ai pendant plusieurs années été assez actif au sein d’une troupe de reconstitution norroise, ce qui m’a amené à m’interroger sur l’aspect anthropologique et spirituel, puis à me rapprocher d’une association de pratiquants. Plus précisément : reconstructionnisme de la pratique germanique en contexte alaman.
* Halfdan Rekkirsson : En général, je sidère beaucoup de gens en disant que je suis un ouvrier en bâtiment. Je suis le fier détenteur d'un CAP de peintre, vitrier et applicateur de revêtements ! Et même si par la suite j'ai passé un diplôme d'accès aux études universitaires (pour une courte carrière en fac d'histoire), je reste fondamentalement un membre de la classe ouvrière. Ceci implique que j'ai aussi pas mal côtoyé les rangs des demandeurs d'emploi, ce qui a eu l'avantage de me donner du temps pour étudier mon sujet, organiser des cérémonies (notamment des mariages), et surtout ces dernières années, écrire et tourner des vidéos. Bref, je n'ai pas de curriculum vitae prestigieux à présenter. Au contraire, j'ai jusqu'à présent fréquenté les chantiers, les bars et les concerts plus que les bibliothèques, même si celles-ci ont joué un rôle immense dans ma vie. Je collectionne autant les livres que les vinyles. Et je milite pour qu'on érige un Vé (un temple à ciel ouvert) à Lemmy Kilmister !
* Harjamann Marshalk : En ce moment je me suis découvert une passion pour le lancer de haches, une discipline qui n'est pas sans rappeler l'attrait des Francs pour l'usage de la francisque à des fins de lancer sur les ennemis. Sinon je fais aussi du bushcraft et des bains glacés (entre autres). Je peins, je sculpte, j'écris, je compose.
* Joël Supéry/Osgor : J'ai eu plusieurs vies. J'ai été étudiant, voyageur, commerçant, chef d'entreprise. Dans mon dernier emploi, je vivais à Brest et m'occupais de la protection des bâtiments industriels, commerciaux et résidentiels contre les inondations, notamment les centrales nucléaires dans le cadre post-Fukhushima. Quand j'ai écrit la Saga des Vikings en 2018, j'ai décidé de revenir à Bordeaux et de me consacrer à la création, non pas d'un musée, mais d'un centre d'interprétation viking en Aquitaine. Le covid a mis ce projet en attente, et du coup, cela me laisse du temps pour chercher et écrire. Je divise mon temps en quatre. Un temps de recherche, un temps d'écriture, un temps d'entreprise et un temps de communication. Il est vrai que recherche et écriture représentent depuis les confinements 95% de mon temps. J'ai écrit 13 articles en 2021 et me prépare à écrire un nouveau livre. Avec notre association Tuskaland, dont l'objet est de promouvoir l'héritage scandinave dans la moitié sud de la France, nous recherchons également des vestiges archéologiques. En Bretagne, je faisais de l'aviron de mer « à la viking », mais je me suis empâté à Bordeaux.
* Thierry Van den Eynde : J’ai une formation d’artiste plasticien et je travaille dans les milieux culturel et artistique. En parallèle, j’étudie les runes, les croyances et symboliques germano-scandinaves ainsi que le chamanisme traditionnel depuis une trentaine d’années, avec comme objectif une tentative de retrouver l’aspect chamanique germano-scandinave plus particulièrement.
* Mervis Nocteau : Homme d'action, formé académiquement et autoformé en Histoire des idées.

Mais dîtes-nous donc, qu'est-ce qu'est pour vous le forn siðr ou l'ancienne tradition ? Et quelle est ta voie dans cette ancienne tradition ?
* Dan Derieux/Thorgis : L'ancienne coutume germano-scandinave, beaucoup veulent la voir comme une religion, mais c'est loin d'être le cas (pas de dogmes, pas de prêtres, pas de temples ni clergé, pas de prières ou méditations…). Elle a été trop dévoyée, parasitée, réécrite par les clercs des siècles après les derniers païens, alors qu'à la base leur coutume se limitait à quelques pratiques anodines en l'honneur des Ancêtres et de la Grande Déesse Mère.
* Freya Holgersson : J’essaie, autant que faire se peut, de coller au plus près des anciennes traditions, en tentant de m’éloigner le plus possible du néopaganisme. La nature est au cœur de ma pratique : l’écoute des présages, l’observation des mouvements d’oiseaux, de poissons, de troupeaux, le vent, la pluie, la neige, l’arbre, le bruissement des feuilles. Je pratique les cérémonies de l’année, au plus près de la tradition germano-scandinave, mais aussi locale.
* Gottfried Karlssohn : La Elsässiche Firne Sitte (Elsässicha Firnsitta en allemand d'Alsace) est la version contemporaine et alsacienne-alémanique du *fernaz *siduz (« antique tradition » germanique du début de l'Âge du Fer), tout comme le forn siðr était la version scandinave à l'ère viking. Elle consiste en un ensemble de mythes, de rites, et de normes éthiques. Les mythes expriment de manière symbolique notre place dans l'Univers. Les rites (quotidiens, mensuels, saisonniers, initiatiques) relient nos communautés entre elles et avec les génies locaux, les ancêtres et les divinités. Les normes éthiques sont les règles qui permettent de préserver le Fried (Freeda), l'harmonie dans notre communauté et avec les autres communautés, y compris celles des génies et des divinités.
* Sébastien Günther/Gundahar : Les Alamans peuplant l’Alsace (et la Suisse germanophone, et le Baden-Württemberg) sont descendus vers le Sud depuis la plaine de l’Elbe et la côte de la Baltique (actuels Brandenburg, Mecklenburg, Sachsen-Anhalt), s’installant d’abord dans les Champs Décumates abandonnés par Rome, puis en Alsace et Suisse. Logiquement, c’est donc dans cette direction et suivant cette lignée que vont mes aspirations.La fidélité à mes ancêtres, dont le sang coule dans mes veines, est primordial à mes yeux. Partant de là, je m’intéresse à tous les aspects permettant une compréhension profonde de ce qu’a pu être leur pratique et foi. Mythes indo-européens, sources germano-scandinaves, religion comparée, traditions populaires allemandes, survivances dans le christianisme.
* Halfdan Rekkirsson : Il est difficile de répondre à la question de savoir ce que représente le forn siðr, car en général, les gens qui adoptent cette foi le font par choix personnel, ils y sont attirés pour une foule de raisons toutes différentes. Par exemple, j'utilise le terme d'Ásatrú pour désigner ma religion, mais on trouve effectivement depuis quelques années le terme de forn siðr (l'ancienne foi), tiré des textes islandais. Si l'odinisme n'est plus à la mode (sinon pour désigner une relation plus personnelle et spécifique à Oðinn) on trouve aussi le nom d'Ansatruwa, qui est le variant germanique de l'Ásatrú, lui même terme scandinave. Car en effet, le scandinavo-centrisme est un problème pour une religion dont l'histoire est trop souvent résumée à sa période viking. Bref, ces problèmes de désignations illustrent le fait qu'il n'existe pas d'unité dans ce milieu. Ce n'est pas un problème en soi, mais ça illustre souvent un manque global de connaissances historiques et géographiques de la Germanie en tant que vecteur de civilisation, culture et religion polythéiste autochtone. Mais aussi, ce soudain retour à la vieille religion germano-scandinave est un signe des temps, que j'analyse depuis longtemps comme une réaction, consciente ou (généralement) pas, au vide du monde moderne, à son manque de transcendance, de projet collectif. Les hommes sont attirés par la lueur des écrans, comme des insectes autour d'un lampadaire, alors que c'est du Soleil dont nous avons besoin ! Je constate depuis des décennies un mouvement qui s'accélère aujourd'hui : le retour aux valeurs anciennes, aux religions anciennes. Dans la banlieue où j'ai passé une partie de mon enfance, les Maghrébins de ma génération étaient plutôt athées, l'islam était un truc de chibanis, de leurs parents nés au pays. Puis la troisième génération est née, et parmi elle beaucoup ont renoué avec l'islam… de leurs grands-parents. Parallèlement, j'ai vu beaucoup de jeunes Européens se tourner vers l’Église, alors que d'autres comme moi découvraient, via Tolkien par exemple, quelque chose de plus ancien encore. Le retour aux paganismes européens est en fait une réaction au chaos du modernisme, au déracinement généralisé, à la perte de repères identitaires. Ce fut mon cas alors que rien ne me destinait à la spiritualité. J'ai conscience que tout cela comblait un vide en moi, vide également ressenti par beaucoup d'autres, de toutes générations, que j'ai pu interroger là-dessus. Avec le temps, j'ai vu apparaître et grandir des communautés de polythéistes celtes, hellènes ou romains, en même temps que germano-scandinaves. C'est dans ce contexte que se trace mon parcours. J'ai compris que nous avions besoin de guides sûrs sur la Voie du Nord. Un jour, je me suis aperçu que j'en savais un peu plus que les autres sur notre religion et sur les runes, et j'ai compris que je devais transmettre. Je m'y atèle depuis quelques années, et aujourd'hui j'enseigne même en ligne jusqu'au Québec !
* Harjamann Marshalk : Je suis de tradition germanique, et plus précisément franque, car les Francs ont façonné notre pays même avant et malgré le baptême de Clovis. J'attache de l'importance aux traditions gauloises sans trop les connaître car c'est imprégné dans la terre, les rochers, les arbres, et autres éléments qui forment la Gaule antique mais aussi les Gréco-Romains. Je pense que ces trois traditions païennes ont forgé la France, même dans sa christianité. L'ancien godhi du clan a fait une traduction séduisante du terme Ásatrú en français moderne, le tout en se basant sur la racine du vieux bas-francique : *Ansentreuwa, donnant un moderne Ansetrêve. Du coup avec l'influence philosophique gréco-romaine, je me rapproche d'un certain stoïcisme (Wuodan étant lui même plutôt stoïcien si on lit le Hávamál).
* Joël Supéry/Osgor : Je ne suis pas versé dans ces anciennes traditions. Je n'ai pas approché le monde viking par sa dimension spirituelle ou civilisationnelle. Je me suis focalisé sur ce qu'ils ont fait et cherché à faire en Aquitaine et en France. Mais à force de lire les textes, on finit par se forger une image de ce que furent ces hommes, par ressentir leur sensibilité. J'ai découvert un monde communautaire, respectueux de l'intérêt général, solidaire et bienveillant. Des hommes pragmatiques préférant les paroles données aux paroles divines. Des hommes qui détestaient duplicité et hypocrisie et qui pensaient que la prospérité et le bien-être des peuples devaient être atteints de leur vivant et non dans l'Au-delà.
* Thierry Van den Eynde : À mon sens, le forn siðr est l’expression d’une structure psychique humaine qui est liée à l’aire culturelle germano-scandinave, une manière d’être au monde. Un ensemble de croyances et de concepts qui cadrent avec une mentalité, une culture, un passé, un point de vue et un rapport au monde particulier. Pour ma part, ce fut la découverte d’un système de croyances qui correspondait à ma vision de la vie, à mes ressentis intérieurs, ainsi qu’à mon besoin de libre-arbitre par une absence de dogme. Après une jeunesse chaotique et rebelle, j’ai trouvé une appartenance de cœur qui correspondait à mon vécu dans la culture flamande et à mes idéaux de vie. Ma voie me semble être de ramener cet état d’esprit dans ce monde qui a perdu le lien avec son propre passé, son essence, avec la nature, avec l’Invisible à cause de la propagande chrétienne importée du Moyen-Orient. De permettre à toute personne qui s’en sent proche de pouvoir l’aborder, le comprendre, le vivre de diverses manières, sans prosélytisme ou publicité. De retrouver des valeurs de cœur, une sagesse millénaire ancestrale et sortir de la dichotomie monothéiste pour vivre la pluralité d’esprit du polythéisme. La valeur du partage est primordiale à mes yeux. J’ai reçu un enseignement sur les runes et le chamanisme sibérien par des personnes ne demandant aucun paiement en échange et, je me dois donc d’être un maillon de cette chaîne en ne commercialisant pas non plus le partage de ces connaissances que j’ai reçues. Ces croyances sont aussi un vecteur d’évolution personnelle, car en suivant le sentier d’Oðinn/Woden j’espère me rapprocher des connaissances et de la sagesse dont cet archétype divin est détenteur.
* Mervis Nocteau : Le forn siðr est un ancrage traditionnel européen, lacunaire mais fascinant. Nous sommes hémiplégiques en termes d'héritages historique et culturel, tant qu'on reste méditerranéo-centrique (gréco-romain... d'autant plus que la Méditerranée, ce sont aussi les Ibères, sans parler des Phéniciens, des Egyptiens et des Puniques qui contribuèrent à faire le monde méditerranéen, et même atlantique, ainsi que continental et nordique, à moindre degré... peuples desquels les Greco-Romains sont d'ailleurs redevables, comme des Celtes et des Germano-Scandinaves - au reste).

Comment exprimez-vous le forn siðr, dans la vie ?
* Dan Derieux/Thorgis : La bienveillance et la liberté pour toutes formes de vies, et farouche guerrier contre ceux qui les menacent.


* Freya Holgersson : J'exprime le forn siðr en étant à l’écoute du Wyrd et de la Terre, comme indiqué dans la question précédente.
* Gottfried Karlssohn : Je m'applique à suivre les normes éthiques, à pratiquer les rites, à étudier et transmettre les mythes.
* Sébastien Günther/Gundahar : Ayant les mains dans la terre de mon jardin, et la passion des cultures et traditions populaires, l’aspect tout à fait pratique du calendrier, des célébrations, des symboles est primordial. Tout est interconnecté et logique, du moment qu’on relie les points : semis, récoltes, saisons, cycles immuables. M’inscrire dans cette roue éternelle, dans les moindres aspects du quotidien. Le côté ritualisé, les offrandes, la conscience de la présence des Landwichten, la conservation du savoir populaire, des traditions, et leur transmission. Le sens du beau, du bien fait, du durable. La famille et les liens du sang sont également primordiaux à mes yeux. La famille est le premier cercle du clan, du groupe. Je restaure une maison ancienne. J’ai également besoin que s’y inscrivent la symbolique des directions, le rôle des espaces de vie, du mobilier, des végétaux, des inscriptions protectrices. C’est donc une pratique à la fois pragmatique, que je veux enracinée, et mystique. Une période de ma vie passée en Asie du Sud-Est m’a ouvert les yeux sur la place omniprésente du monde spirituel dans le moindre aspect du quotidien. Je me sens donc logiquement très concerné par l’environnement, la nature. Qu’il s’agisse de la vie animale, végétale, des roches, des paysages, il s’agit de dons des Dieux, transmis par nos ancêtres. Nous devons en prendre soin, être conscients de notre responsabilité, leur être reconnaissant pour ce qui nous permet de vivre, sans en abuser dans une recherche d’enrichissement et de profit. Le poids destructeur d’une humanité à la démographie galopante me cause du souci. Je ne vois pas d’un œil favorable les idéologies imbibées d’humanisme béat, voulant que les mélanges à large échelle soient bénéfiques, souhaitables, et « enrichissants ».
* Halfdan Rekkirsson : Le plus gros de mon expression du forn siðr est dans l'écriture. Je prépare chaque année une nouvelle édition du calendrier runique, je prépare et donne mes cours, il m'arrive de présider des cérémonies… en ce moment je travaille beaucoup au lancement d'une revue, en fédérant des femmes et des hommes actifs de leur côté, autour d'un outil destiné à donner une tribune commune, et de voir où peut nous mener le fait de parler et débattre publiquement. Tout cela est œuvre religieuse pour moi : je ne fais pas ça pour la gloire, et encore moins pour l'argent (on gagne plus sur les chantiers, croyez-moi !). Sinon, je pratique mes rites familiaux à la maison, et j'essaie de mon mieux de faire correspondre mes actes et leurs conséquences aux principes fixés par les Dieux. Sur ce dernier point, il est vrai que le fait de vivre à cette époque de déracinement et de perte de repères naturels ne facilite pas les choses, mais ce n'est pas facile de toutes façons.
* Harjamann Marshalk : Je lève ma corne, mais pas comme un fan de metal en concert (bien que j'en écoute), j'honore les déités, je ressens l'extase devant un coucher de soleil, j'apporte de l'importance aux odeurs de la nature, je sculpte des ex-votos et les sanctifie, j'organise des bluot avec mon clan… Je tente aussi de connaître la langue de mes ancêtres francs en guise de langue liturgique.
* Joël Supéry/Osgor : Le respect de la parole donnée, c'est le fondement de la moralité. Je n'ai jamais crié après mes enfants. J'ai toujours fait ce que je leur ai promis et leur ai demandé de faire de même. Lorsque je leur demande de faire un travail ou de fournir un effort, je termine toujours ma demande par un simple « s'il te plaît ». Si la tâche traîne, j'explique que j'ai été correct avec eux et que j'attends en retour qu'ils le soient avec moi. Cette idée de respect et d'équilibre dans la relation, c'est, à mon avis, un des aspects fondamentaux de cette culture qui est encore très forte en Scandinavie. Dans ce monde-là, les chefs étaient élus et pouvaient à tout moment, si on les considérait inaptes, être démis. Le chef était une émanation de la communauté et devait lui rendre des comptes. Ce n'est pas un monde hiérarchique (imposition), mais contractuel (adhésion). C'est peut-être pour cela que je n'hésite pas à contredire des universitaires. Ce doit être mon côté viking : la hiérarchie ne m'impressionne pas plus que cela.
* Thierry Van den Eynde : La base me semble être la sacralisation du quotidien, retrouver ou insuffler le sacré dans chaque acte posé, et chercher la beauté, l’éthique dans les actes et les pensées. Retrouver une simplicité de pensée que la complexité du monde actuel a fait disparaître presqu’entièrement. Ma pratique artistique est un vecteur majeur de l’expression de mes croyances, ainsi qu’une vie intérieure mystique riche qui est la source de mon imaginaire. La sculpture, la création d’entrelacs symboliques, la confection d’objets sacrés par exemple. En fonction des personnes rencontrées qui me le demandent, j’enseigne les runes, j’initie au voyage chamanique, pratique des soins ou des tirages runiques. Je laisse au destin le soin de me mettre en contact avec les personnes à qui je pourrais être utile. Je fais également des recherches sur les pratiques anciennes dans l’objectif de relier au mieux mes pratiques actuelles sur des sujets comme le seiðr, les appellations et particularités des divinités germaniques en Belgique ancienne, l’ethnologie et le systèmes de pensées des peuples païens européens…
* Mervis Nocteau : J'exprime le forn siðr dans ma vie, à travers courage et sagesse, autant que possible, mais aussi la réalisation de ces entretiens. Je profite des occasions quotidiennes pour placer deux-trois références dans les conversations, m'affirmant polythéiste sans vergogne quoi que cela demande des explications : c'est très bien que l'échange puisse avoir lieu. Ma religiosité, elle, est éminemment intellectuelle.

Faîtes-vous partie d'un groupe d'adeptes ? Lequel ? Pouvez-vous nous le présenter ? Sinon, en connaissez-vous, en avez-vous fréquenté, et comment était-ce ?
* Dan Derieux/Thorgis : Non aucun groupe. Comme je l'ai souligné, je trouve dommage que de nombreux groupes s'inventent des costumes, des rites, des dogmes, des prêtres, des temples (comme en Islande). Ils s'inspirent de la religion catholique et en reproduisent les structures et la gestuelle. Alors que l'harmonie avec les animaux, la nature et les éléments, est centrale, puisque nous sommes dans ces domaines directement en relation avec les Puissances, par l'intermédiaire de leurs créations qu'il suffit de respecter, d'observer et de ressentir, pour connaître un peu mieux les Dieux. Nul besoin de tous ces artifices religieux ou mystiques. Le dessein des Dieux est dans la nature et ses hôtes et non dans les livres ni les temples et leurs sectateurs.
* Freya Holgersson : Non, désolée, je ne fais partie d'aucun groupe et je n'en connais pas. Je suis assez asociale.
* Gottfried Karlssohn : Je suis responsable régional de l'association Les Enfants d'Yggdrasill, pour les membres isolés en attente de constitution d'un groupe régional chez eux. Il s'agit de la plus importante association francophone de religion germano-scandinave (généralement nommée Ásatrú).
* Sébastien Günther/Gundahar : Je suis membre du clan Alamannia, basé en Alsace, faisant partie de LEY (Les Enfants d’Yggdrasil). Nous nous efforçons de reconstruire une pratique germanique, que nous espérons la plus proche de ce qu’ont pu pratiquer nos ancêtres alamans, tout en l’inscrivant dans le mode de vie actuelle. Il ne s’agit pas de reconstitution archéologique, bien que ma sensibilité personnelle me porte dans cette direction.
* Halfdan Rekkirsson : Je connais plusieurs petites communautés, des clans parfois familiaux, mais je ne fais partie d'aucun. Je suis parfois invité pour des solstices ou autres événements, ce qui m'honore. Je suis dans une position intéressante en l’occurrence, car je peux rencontrer des gens et clans qui ne se connaissent généralement pas. Ça me permet de me rendre compte de notre force, du potentiel de cette communauté encore divisée, qui n'a encore qu'une très vague idée de ce qu'elle représente. Nous sommes passés de quelques centaines dans les années 90 à quelques dizaines de milliers d'individus aujourd'hui, dont la plupart sont encore isolés et seulement reliés par Internet et des lectures communes. C'est d'ailleurs aussi pourquoi l'idée d'une revue, lancée par mon éditeur, est devenue un projet important pour moi : elle devrait permettre d'apporter plus d'échanges, de connexions, et de créer d'autres clans, qui sont autant de foyers vivants. Car je sais d'expérience qu'un clan a une vie spirituelle bien plus riche qu'un individu isolé. Et c'est important aussi de redécouvrir ça, le sentiment d'appartenance, la solidarité, à l'ère de l'individu-consommateur égoïste. Partout où je suis allé, j'ai retrouvé cette chaleur humaine, cette communion, dont les animaux sociaux que nous sommes ont un besoin vital ! Hors du clan, pas de salut ! Mais je ne fais partie d'aucun groupe et je n'ai pas d'adeptes. Je sais que beaucoup de gens m'écoutent aujourd'hui, attentifs à mes écrits, et certains se sont déjà tournés vers moi pour demander de l'aide, parfois sur des sujets personnels et douloureux. Je fais de mon mieux, mais c'est une responsabilité qui a tendance à me stresser. Je ne me définis pas comme un guide, sinon dans les études et les recherches.
* Harjamann Marshalk : J'ai été nommé godhi du clan Liddle Franke, un clan faisant jadis partie de l'association des Enfants d'Yggdrasill mais s'en étant détaché il y a quelques années. Nous sommes un clan multi-traditions (nordisants, germanisants, anglo-saxons). En ce moment nous avons une gythia qui fait également son travail puisque avec certains détails de ma vie je n'assure pas pleinement mon rôle ces temps-ci là où elle, elle organise quelques événements en ce moment.
* Joël Supéry/Osgor : Je me suis toujours méfié des groupes. C'est mon tort. Je suis férocement indépendant, mais je sais que c'est l'appartenance à un groupe qui fait notre force. Donc, je suis très faible. J'ai créé l'association Tuskaland pour l'être moins, mais je n'ai pas la culture associative et il me faudrait un coup de main.
* Thierry Van den Eynde : Non je ne fais partie d’aucun groupe d’adeptes. J’ai créé le Cercle Alruna, c’est comme un point de rencontre, une structure très libre où peuvent se croiser des personnes aux intérêts communs qui concernent les croyances germano-scandinaves et le chamanisme pour échanger, ou pratiquer diverses cérémonies. Cela me permet aussi par le biais d’une page Facebook de diffuser des infos, connaissances, sagesses, ou encore présenter un certain état d’esprit, un regard différent basé sur les sociétés païennes anciennes. En dehors de ça, j’ai une pratique plutôt solitaire.
* Mervis Nocteau : J'ai essayé de fonder un groupe d'adeptes, et je réessaie. Avant tout, mon initiative se voulait intellectuelle, culturelle et historique. Ce fut difficile de se retrouver avec quelques fantaisistes et escrocs. La plupart est dans l'autosatisfaction et ne considère ni la critique, ni l'information, comme tous mes contemporains d'ailleurs, sans avoir à les chercher parmi de supposés païens. J'ai même rencontré des fanatiques et des prophètes. Cela me décourage-t-il ? Pourquoi devrais-je me décourager, d'avoir manqué de sagesse ? Encore un effort !

Comment commenteriez-vous ce que vous percevez des néopaïens – ou païens contemporains si vous préférez – au-delà de votre groupe, et notamment sur Internet, eut égard au forn siðr ?
* Dan Derieux/Thorgis : Je réitère qu'ils sont pour moi trop calqués sur l’Église, trop mystiques, dévots, quelques uns se prennent pour des devins, ils reproduisent à leur insu les caricatures et diabolisations inventées et orchestrées par l’Église contre nos Ancêtres païens. D'autre part ces groupes sont trop ethnocentrés, beaucoup dans les paroles et peu dans l'action, ils n'agissent pas pour les créations des Dieux que sont les animaux, la nature. La plupart des humains prélèvent dans la nature et les animaux mais très peu donnent en retour en s'investissant par exemple contre la souffrance animale, en se comportant en guerrier pour agir sur le terrain. C'est cela, honorer les Dieux, en prenant soin des êtres innocents qu'ils ont créés.
* Freya Holgersson : D’après moi, les portes d’entrée à une reconnexion aux anciennes traditions sont toutes valeureuses. Il n’y a rien à dénigrer aujourd'hui. Chacun a un objectif de vie : parader ou approfondir. Je ne juge personne, mais je murmure aux autres cette idée d’apprendre et de s’améliorer, de connaître et de pratiquer. Nous sommes tous perfectibles et rien ne se fait en un jour. Il faut du temps et de la maturité pour se perfectionner. J’apprends également tous les jours.
* Gottfried Karlssohn : Depuis le début, mais tout particulièrement depuis la série du même nom, l'imaginaire « viking » prédomine en France concernant la religion germano-scandinave. Le plus souvent, cette référence aux Scandinaves de l'ère viking se fait par le biais de sa ré-interprétation anglophone (britannique et surtout nord-américaine) née dans les années 1970, et lourdement influencée par des mouvements étrangers aux traditions germano-scandinaves. En particulier, il y a une forte influence de la wicca (religion néo-païenne inventée en Angleterre au XXème siècle, et qui avait réussi à se faire passer jusque dans les années 90 environ pour une continuation de traditions païennes) et de la théosophie (mouvement spirituel né en 1875, qui prône un syncrétisme universaliste sur la base du protestantisme et de certains courants modernistes de l'hindouïsme). Le peu de ressources en langue française n'aide pas à revenir aux sources ancestrales, ni les adapter localement de manière contemporaine, puisqu'une part importante de ce contenu en français, déjà limité, vient de traductions plus ou moins exactes de contenus nord-américains.
* Sébastien Günther/Gundahar : Je suis assez réservé sur ce que je perçois chez les autres païens. J’ai été refroidi par différentes choses, en fréquentant le milieu. Tout d’abord, le côté syncrétique (new age, chamanisme, wicca, etc.) d’une partie importante des néo-païens : célébration de « sabbats » non basés sur des sources historiques ou archéologiques. Un côté parfois un peu « jeu de rôle » ou « fête médiévale », teinté d’ésotérisme, voire de franc-maçonnerie. Un second aspect qui m’interroge, c’est l’anti-christianisme parfois primaire et sans nuance. J’ai du mal à comprendre qu’on construise sa pratique en opposition systématique à une autre. C’est une forme de « crise d’adolescence ». Le paganisme n’est pas anti-. Il n’est pas Un. Il est, ou plutôt ils sont. Ils se suffisent à eux-mêmes. Ils savent reconnaître les survivances, les emprunts aux polythéismes antérieurs, y compris dans la tradition chrétienne. Cela permet même de retrouver des « chaînons manquants ».
* Halfdan Rekkirsson : Vaste question que les néopaïens, et tellement de problèmes ! Un phénomène de mode lié aux vikings a apporté soudain une foule de gens, désireux de découvrir un monde passionnant et parmi eux, certains ont une soif spirituelle sincère. Mais dans ce bon grain, beaucoup d'ivraie, et les anciens constatent partout la même chose : un niveau de médiocrité phénoménal. On ne peut en vouloir à des gens qui découvrent l'univers des Dieux, bien sûr. J'ai moi même été un parfait ignorant en la matière, mais hélas, de nombreux pièges attendent le néophyte aujourd'hui. Entre le new age qui fait « comme je le sens », les vendeurs de « runes celtes » et autres illuminés ayant trouvé un créneau juteux, beaucoup se perdent. Mais le plus gros problème est, il me semble, générationnel. Une part importante de cette génération se détourne vite de gens comme moi quand ils nous demandent de leur apprendre les runes, par exemple, parce que nous commençons par leur dire d'étudier à fond la mythologie et par leur donner une bonne et grosse bibliographie. Nous leur disons qu'ils ont devant eux plusieurs années d'études. Le nombre de gens qui se détournent alors en nous traitant de snobs (voire pire) est hallucinant ! Le goût de l'effort est devenu rare chez les jeunes, qui croient que, comme leurs héros de jeunesse, le pouvoir leur est dû et qu'il est facile de l'obtenir. J'en ai même fait un débat mis en ligne il y a deux ans, qui traitait de l'enseignement des runes, et où l'on constatait ce manque de volonté et de vitalité chez beaucoup de jeunes. Ceci dit, il y a heureusement le bon grain, et il commence à montrer sa qualité. Le phénomène aura eu du positif, et nous fournissons un gros travail pour les guider vers des chemins sûrs. Il est curieux de constater que cela est arrivé juste au moment où une nouvelle génération d'auteurs francophones de qualité se faisait connaître, grâce aux éditions Sesheta notamment. Le timing a été parfait, en l’occurrence, les Dieux ont bien calculé leur coup, il me semble. Mais pour résumer, il existe beaucoup de « païens » qui ne cherchent pas une voie vers les Dieux, qui sont juste des consommateurs. Ils viennent pour rêver, ils recherchent une ambiance, un moyen de ré-enchanter leur monde (et seulement le leur) à moindre frais et surtout, sans effort. Ils vont être déçus à terme, mais peu importe. Hélas, leur simple présence est elle aussi un piège pour le jeune homme ou la jeune femme en quête : parmi les pages Facebook dédiées au sujet, il est facile de ne pas trouver les bonnes, celles qui proposent de travailler et d'avancer, et non seulement de baigner parmi des images soporifiques et des confortables visions du monde ancien mises en conformité avec les idées woke actuelles.
* Harjamann Marshalk : Je pense qu'il y a des païens sincères qui vivent dans une certaine piété spirituelle et pratiquent quotidiennement seuls ou en groupe, là où d'autres se concentrent surtout sur le décorum entourant le paganisme germano-scandinave (tatouages, pendentifs marteau de Donar au cou, écrire skøll au lieu de skål (d'ailleurs en vieux francique on dit skallija).
* Joël Supéry/Osgor : Mon ami Michel Onfray parle de l'effondrement de la civilisation judéo-chrétienne, et c'est vrai que l’Église et les religions, celles qui enferment les esprits, ont été la cause de beaucoup de troubles et de déceptions et le sont encore aujourd'hui. Cependant, je pense que le matérialisme consumériste est une religion vaine, lobotomisante et destructrice de l'environnement et des hommes. Une nouvelle spiritualité bienfaisante pour les hommes et la nature doit s'imposer. Je pense que la spiritualité originelle, la païenne, peut représenter une perspective, respectueuse, communautaire et pragmatique attrayante. Dans les milieux « connectés », les bruits courent d'une fin des religions et de l'apparition d'une religion universelle. Souvenons-nous qu'un des compromis du concile de Nicée en 325 a été l'abandon (à contrecœur) de la réincarnation par la religion chrétienne. La réincarnation fait partie de ces croyances qui nous obligent au respect de la vie quelle qu'elle soit.
* Thierry Van den Eynde : Je suis assez partagé. D’une part il y a des personnes sérieuses qui partagent des connaissances vérifiées, mais d’autres le vivent plutôt comme une manière de se démarquer d’une certaine norme et de façon un peu caricaturale. Somme toute, un reflet assez cohérent de toute société humaine… Je n’ai qu’un vrai regret, c’est de voir beaucoup de polémiques autour de détails qui me semblent personnels de prime abord. Le meilleur exemple ce sont ces débats enflammés, où chacun tente d’imposer sa « vérité », sur les différentes appellations de ses croyances, ceux sur les noms des runes ou de certains termes liés aux différents dialectes germano-scandinaves. L’essence même du polythéisme est de ne pas avoir de dogme qui oblige les adeptes à voir les choses de la même façon. Cette pensée unique née des dogmes monothéistes influence encore beaucoup les esprits malgré la vigueur nouvelle des paganismes actuellement. Je pense que la croyance est affaire personnelle, un rapport entre soi et les divinités sans intervention d’une tierce personne. Historiquement, la différence existait entre le culte privé où chacun vivait sa relation aux divinités à sa manière (quitte à se détourner d’une divinité vers une autre par intérêt ou dépit), et le culte public qui était très structuré rituellement et symboliquement pour les cérémonies de groupe. Le simple fait de traduire en runes les divers noms du dieu borgne dans les époques et lieux où il fut présent, et d’analyser leurs significations, permet de se rendre compte des différences de mentalités et de perception du monde.
* Mervis Nocteau : Eût égard au forn siðr, la plupart des supposés païens ne sont rien. Ils ne sont même rien par rapport aux écrits dont nous avons hérité, alors ne parlons pas de la connaissance historique. Mais combien de monothéistes ont-ils lu Tanakh (Bible juive), Nouveau Testament (Bible chrétienne) et Coran (Bible musulmane) ?... Alors récapitulons pour instruire : vers -1000, émergent ceux qu'on nomme proprement Germano-Scandinaves, voisins des Celtes, des Daces et des Slaves notamment. Leur fameux alphabet runique (littéralement alphabet des signes secrets et initiatiques) est inspiré par l'alphabet étrusque dans le Nord de la péninsule italique : Etrusques, dont les Romains dameraient le pion avant d'acquérir la renommée que l'on sait. Or les Etruques et les Romains, comme les Grecs, doivent leurs alphabets aux Phéniciens, en Canaan polythéiste d'avant les juifs. L'empire romain n'a jamais vraiment mis les pieds dans le monde germano-scandinave en devenir parallèle (vers -10 à 10), quoique ce monde adopterait le mode de vie romain en s'en emparant (vers 400 à 600) et s'en inspirerait dans la féodalité (vers 800 à 1800, quasiment nos jours). Féodalité, au sein de laquelle subsisteraient un temps les Scandinaves païens, parmi lesquels les si fameux vikings (vers 800 à 1100). Bref, le monde germano-scandinave a 3000 ans : il ne se résume pas aux vikings scandinaves, qui d'ailleurs ne représentent qu'une frange de la population scandinave d'époque.

Notamment, comment te situes-tu par rapport aux Germano-Scandinaves les plus fameux dans la culture populaire, j'ai nommé les vikings ? Qui sont-ils ? Sont-ils bien représentés ? Et où en est ton forn siðr et/ou celui de ton groupe, par rapport à ça ?
* Dan Derieux/Thorgis : Là encore parmi les groupes vikings, beaucoup font l’effort d’apprendre les sagas et eddas en pensant pouvoir cerner l’esprit de nos Pères païens, mais hélas ils se fourvoient puisque tous les textes dont nous disposons ont été rédigés, inventés, censurés… par des hommes d’Église, des siècles après le dernier viking. Ils ne s’en cachent pas d’ailleurs dans leurs propos et prologues. Ces néo-païens d’aujourd’hui, malgré leur volonté de bien faire, prennent pour vérités ces écrits comme étant des pensées païennes, alors que beaucoup de ces textes n’ont pour but que de détruire l’esprit originel des païens et leurs croyances, de salir les Dieux, les insulter, les diaboliser, les anéantir, il suffit de les lire.
* Freya Holgersson : Les anciens Germano-Scandinaves et la période viking sont pour moi une porte d’entrée, tout comme les séries télévisées. Grâce à cette « mode », certaines personnes ont enfin accès à cette culture oubliée. Libre à eux ensuite de se documenter sur la réalité des faits et des pratiques. Les Dieux choisiront les leurs !
* Gottfried Karlssohn : Les Scandinaves de l'ère viking ont été les derniers à pratiquer une version du *fernaz *siduz. C'est grâce à la mise par écrit d'une partie de leurs traditions que nous pouvons reconstituer les traditions des autres branches de la civilisation germanique, dont la mienne (celle des Alamans). Les traditions scandinaves ont naturellement leur place dans le cadre de l'association Les Enfants d'Yggdrasill, bien que nous encouragions chacun à se tourner vers des pratiques en phase avec celles de ses ancêtres et avec son terroir.
* Sébastien Günther/Gundahar : Je me situe (ainsi que mon groupe) dans un contexte germanique alaman, connu sous le nom de germanique (issu des Elbgermanen), qui n’est pas celui de la Scandinavie médiévale. Les dits vikings (ou plutôt Norrois, les vikings n’étant qu’une infime partie de la population, partis en raids) m’intéressent, étant des « cousins » tardifs, et comme les derniers Germains païens. Cela permet de bénéficier de textes, même s’ils sont médiévaux, et même s’ils ont été rédigés par des chrétiens, qui fournissent des indices concernant la période, l’aire géographique et la pratique qui me concerne, et pour laquelle les sources sont extrêmement fragmentaires (Tacite, par exemple). Les vikings ont la cote. C’est lié à la série, bien sûr, mais à mon sens également à un besoin actuel de renouer avec un fonds européen enraciné. Ce besoin est à prendre en compte et à encourager. Malheureusement, l’image des « vikings » pâtit de représentations souvent éloignées de la réalité, que ce soit au cinéma, dans la bande dessinée ou sur Netflix : barbares virils, portant peaux de bêtes et lanières cuir, tatoués, le crâne rasé de côté à la « Jean-Ragnar », futhark ancien (donc non viking) ou encore vegvisir islandais magico-chrétien du 18ème en pendentif ou tatoué sur la cheville, voilà l’image que beaucoup ont des vikings. La démarche de recherche personnelle, la plus objective et scientifique possible, permet de débunker cette image.
* Halfdan Rekkirsson : L'épopée viking est la porte d'entrée de la majorité des ásatrúarmenn moi y compris. Je suis Normand, passionné d'histoire, et fatalement les Northmenn sont fondateurs en France, et pas seulement de la Normandie. Mon parcours implique vingt ans de reconstitution historique viking, de 1994 à 2014. L'influence de ce bout d'histoire scandinave est énorme sur le réveil du paganisme germanique en France. Ce n'est pas le cas en Angleterre par exemple, où la colonisation anglo-saxonne sert de référence, ou en Allemagne, qui est directement, ethniquement et géographiquement, héritière de la Germanie ancienne. Sans compter la Scandinavie elle-même. Selon les régions, le rapport au retour de l'Ásatrú est différent et spécifique. En France donc, c'est le fait viking qui s'impose, Normandie oblige. Une partie de mon travail (et je ne suis pas le seul) est de faire prendre conscience que l'héritage scandinave en France (et plus largement en Europe) ne se résume pas à cette période historique, glorieuse certes, mais courte. Les Francs, pour commencer, mais aussi les Burgondes (Bourgogne), les Saxons, les Suèves, les Alamans, les Wisigoths et autres peuples germaniques ont fait souche en France. Sans compter la Lombardie ou l'Andalousie en Italie et en Espagne, qui sont les preuves d'implantations considérables des Germano-Scandinaves hors de leurs pays d'origine. Cet héritage est tout simplement énorme, bien plus important que le seul fait viking. J'ai été passionné par l'histoire viking, mais ma quête m'a obligé à comprendre que le plus gros était ailleurs : dans les textes issus de la période passionnante des Grandes Migrations et des Grandes Invasions, dans les récits des Grecs et des Romains qui nous ont donné nos plus anciennes sources historiques. L'étude de l'archéologie, de la philologie, de la paléolinguistique et autres disciplines issues de l'étude de ces périodes et régions, sont essentielles pour comprendre notre religion. Bref, il existe un courant parmi les chercheurs, écrivains et rédacteurs de sites Internet, qui lutte contre ce qu'on appelle le scandinavo-centrisme. Cela consiste à signaler aux nouveaux venus que la découverte de notre religion, résumée au monde viking, est une impasse si on ignore tout le reste de l'histoire en Germanie. Mais encore une fois, cela n'implique pas qu'il faille négliger les vikings, leur culture et leur religion, mais il faut l'inscrire dans l'histoire, les cultures et les pratiques religieuses du reste du monde germanique ancien, qui s'étend sur plus de 3000 ans, et sur plus de la moitié de l'Europe.
* Harjamann Marshalk : J'ai fait mon test ADN, j'ai 8% de mes ancêtres venant de finnoscandie, en fait comme la majorité des autochtones ouest-européens… donc pas de quoi faire un cake. Par contre, ce test a confirmé que je suis originaire en très grande partie des Pays-Bas, des Flandres belges et du nord-est de la France, donc un descendant de Mérovée. Du coup au même titre que les nordiques et les anglo-saxons, je suis entre autres un descendant de Yngvi-Freyr. En tant que français, nous devrions célébrer les dieux selon la tradition germanique, plutôt que d'aller chercher en Scandinavie.
* Joël Supéry/Osgor : Les vikings étaient les membres d'une flotte commandée par un roi des mers. Ces hommes et ces femmes, qu'ils fussent bretons, aquitains, frisons, saxons ou irlandais étaient tous des vikings. Ils appartenaient à une sorte de « légion étrangère » et étaient liés par une fraternité guerrière fondée sur l'honneur, le courage et le sacrifice. Sont-ils bien représentés ? Ils ont une « bonne image » aujourd'hui. Cette image est-elle fidèle ? Je pense que la série Vikings est plus proche de ce que fut la réalité viking que le récit de nombreux historiens. Ragnar appartenait à un clan qui mena les invasions de bout en bout et Rollon était bien membre de ce clan. Ce clan dirigea les opérations de la Scandinavie à Alexandrie, j'en suis convaincu. Aujourd'hui, j'essaie d'identifier et de comprendre ce clan. Les chefs étaient-ils crasseux, tatoués, crâne rasé et barbus ? Je ne le pense pas : les vikings étaient des commerçants. Les chefs adoraient explorer les cités incognito pour en évaluer le potentiel défensif, les richesses et l'état d'esprit de la population. Tout ce qui aurait pu révéler leur identité était à bannir. D'après ce que je sais, ils n'étaient pas tatoués – sauf certains « prêtres », – comme sur la tapisserie de Bayeux. Ils portaient de grosses moustaches, mais pas de barbe, et ils auraient eu des cheveux longs qu'ils se coupaient lorsqu'ils voulaient se faire passer pour des Francs.
* Thierry Van den Eynde : La société scandinave médiévale est la source principale de qui veut retrouver le paganisme germanique, j’ai donc en toute logique commencé par l’étudier pendant presque 20 ans. Par après, j’ai ressenti le besoin de cibler mes recherches sur une localisation plus personnelle et j’ai cherché les traces du paganisme germanique, en Flandres plus particulièrement. Quant aux vikings, ils ont clairement une aura particulière, légendaire ce qui implique qu’on les met à toute les sauces… L’image que l’on s’en fait évolue heureusement vers quelque chose de plus cohérent historiquement même s'il y a encore du boulot. Personnellement, mon intérêt s’est toujours porté sur la période précédente, car je considère la période viking comme une certaine décadence de la civilisation païenne. Il suffit de comparer les runes de l’alphabet viking avec l’ancien futhark pour voir que les runes d’émotion, de sensibilité ont disparu pour laisser toute la place aux runes dures et guerrières.
* Mervis Nocteau : Les vikings ont la classe, mais est-ce suffisant ? On ne passe pas sa vie en expédition commerciale et combative en drageskip (improprement nommé drakkar depuis seulement deux siècles). D'ailleurs, la plupart des navigateurs nordiques tractaient avec les vici sur le littoral atlantique, singulier vicus, villes marchandes en latin. Ils naviguaient sur des langskips élaborés pour le transport de marchandises, et non pas le transport de guerriers comme c'est le cas des drageskips. La plupart du temps il s'agissait d'un clan, pour ainsi dire une famille élargie, éduquée pour la survie, donc avec un fonctionnement en équipe. Bref, en termes de spiritualité païenne, viking, c'est le degré zéro de l'éveil.

Quel rapport le druidicat celte a-t-il, avec le forn siðr ?
* Dan Derieux/Thorgis : Je pense que le second a été inventé, fabriqué par les clercs qui se sont un peu inspirés du premier, mais surtout des textes classiques, et bibliques. Il suffit de lire et de comparer pour que cela saute aux yeux. Si le lecteur veut plus de précisions sur mes réponses, je le renvoie à mon étude sur les vikings, où j’ai recueilli les conclusions d’une centaine de spécialistes et de quelques-unes de leurs citations : Vikings – le Crépuscule des Dieux n’a pas eu lieu.
* Freya Holgersson : Druidicat et forn siðrfont partie intégrante des traditions germano-scandinaves. Les grands principes sont les mêmes, les variations locales et linguistiques apparaissent bien sûr. C’est un point qui mériterait d’être développé, mais que d’autres ont développé avant moi.
* Gottfried Karlssohn : La religion celte et la religion germanique, en tant que religions indoeuropéennes, sont des religions cousines, tout comme elles sont cousines de la religion romaine et de la religion grecque… et un peu plus lointainement de la religion balte, slave, iranienne (zoroastrisme) et indienne (hindouisme). En-dehors de cela, elles ne sont pas particulièrement proches, malgré l'existence de contacts et donc de syncrétismes locaux dans les zones frontalières (comme c'est toujours le cas entre deux traditions indo-européennes voisines l'une de l'autre et que l'Histoire amène à se chevaucher par endroits).
* Sébastien Günther/Gundahar : Le druidicat est éloigné du forn siðr. Les deux partagent incontestablement un terreau indo-européen commun, mais le panthéon, l’organisation de la pratique cultuelle, de la société, de la « prêtrise » en contexte celte et germanique, ne sont de loin pas identiques à mon sens. Les druides font partie d’une classe sociale avant tout, s’étant progressivement imposés dans l’espace appelé Gaule (mais pas dans l’ensemble du monde celte). Scientifiques, astronomes, prêtres, philosophes, voire politiciens, ils sont à la société gauloise ce que les brahmanes sont à la société indienne. La pratique germanique diffère. Les godi ne sont pas issus de la classe supérieure, ne forment pas de caste, et ne sont pas organisés en réel clergé. Ils dirigent, souvent à côté d’autres occupations, les cérémonies rythmant l’année. Les völur ne sont pas prêtres non plus, occupant le rôle du « sorcier de village ». Personnellement, je vois difficilement comment rapprocher (en admettant que ce soit souhaitable et souhaité) les deux.
* Halfdan Rekkirsson : Mon constat est simple : pratiquement aucun rapport entre druidicat et forn siðr. Je connais bien un clan qui partage un bois avec une communauté druidique (que je n'ai pas eu l'honneur de rencontrer) dans lequel ils ont chacun leur espace rituel, mais c'est à peu prés tout. D'autres passerelles existent, je le sais, mais je n'ai que très peu de rapports avec le monde druidique, d'ailleurs peu représenté en Normandie. Le fait est que l'Ásatrú souffre d'une confusion récurrente : dans l'imaginaire collectif, Celtes et vikings, c'est tout un. La Germanie n'existe quasiment pas, et le monde celte est le seul qui soit. C'est une autre preuve de la faillite de l'éducation nationale, qui semble cultiver une ignorance crasse de notre Histoire. Résultat, beaucoup de fidèles du Nord ont un rejet du monde celte, qui n'y est pourtant pour rien ! Car en effet, un dialogue permanent est nécessaire, selon moi, entre toutes les religions autochtones européennes, si elles veulent un jour pouvoir proposer des alternatives aux problématiques du monde actuel. Le druidisme moderne est aussi plus ancien que l'Ásatrú, qui a longtemps souffert d'une association pavlovienne au nazisme. De plus, la république française à longtemps vanté « nos ancêtres les Gaulois », pour faire face au pangermanisme de l'Allemagne avec laquelle nous avons eu trop de conflits fratricides. Ce qui fait que l'héritage germano-scandinave de la France (qui porte pourtant un nom germanique) a longtemps été ignoré ou minimisé, voire méprisé. Nous n'avons donc pas le développement que les druides peuvent avoir en France ou en Angleterre, par exemple, qui peut dater de trois siècles parfois. Nous rattrapons le temps sur ce point, mais il est vrai qu'il n'existe pas encore de structure solide et représentative des communautés ásatrú pour pouvoir ouvrir le dialogue nécessaire. Mais moi et d'autres y travaillons, et un jour devra émerger une organisation, même si elle est informelle, qui pourra créer des liens et possiblement, organiser des cérémonies et actions concrètes ensemble.
* Harjamann Marshalk : Je ne m'y connais pas assez pour pouvoir répondre, je sais que les druides actuels sont une conception maçonnique ce qui me déplaît au plus haut point. Je sais que certains aussi tentent de remettre la lumière sur les réelles pratiques des Gaulois en se basant sur le comparatisme indo-européen
* Joël Supéry/Osgor : Aucune idée. Je ne suis pas spécialiste de celtisme.
* Thierry Van den Eynde : Ce sont des croyances cousines avec nombre de points communs, la différence majeure me paraît être la manière de la vivre. Le druidicat celtique était quelque chose de structuré, de hiérarchisé alors que le monde germano-scandinave le vivait plus librement, plus dans la relation humaine peut-être.
* Mervis Nocteau : Comme je le disais pour commencer, mes racines paternelles plongent en Souabe, antique pays suève (Allemagne du Sud, Suisse germanique) dont l'ethnie est descendue en Galice dans les premiers siècles de l'ère chrétienne (Espagne du Nord-Ouest). C'est une ethnie à la confluence des mondes celte et germano-scandinave, et il a pu y avoir des acculturations. Mais lesquelles ? Nous ne disposons d'aucune source témoignant de druides nordiques. Pour l'anecdote, avec l'absence d'un druidicat vasconien côté maternel dans les Pyrénées, cela me fait une deuxième raison de ne pas briguer le statut de druidiste ou néodruide : par cohérence intellectuelle. Ceci étant, les druidismes contemporains fonctionnent comme si les druides antiques, avaient une forme d'expansion moderne, posthume et divergente : il y a des revendications de druidismes ibères, autant que nordiques et chamaniques, de nos jours.

Une anecdote païenne à nous raconter ?
* Dan Derieux/Thorgis : La très grande majorité des personnes qui me lisent ou assistent à mes conférences me renvoient un bon écho, puisque mes interlocuteurs constatent et vérifient que je me base uniquement sur du concret. Mon moteur c'est : les faits rien que les faits, et les recherches de très nombreux spécialistes de divers domaines tant historiens, archéos, philologues… et les textes par eux-mêmes bien entendu. Quand il y a un doute sur un sujet, je le précise et écris au conditionnel pour être le plus objectif possible. Néanmoins il y en a quelques uns, qui voient bouleversées toutes les idées et croyances qu’ils se faisaient sur les vikings, et pour eux il est hors de question que la réalité anéantisse cette fiction, remette en question les personnages qu’ils se sont créés, pour certains leurs fantasmes, les fables qu’ils aiment propager… Je représente à leurs yeux le trublion à abattre mais virtuellement, car jamais ils ne m'affrontent réellement. Un petit groupe m’a pourri la sortie de mon ouvrage sur ma page FB, un véritable autodafé virtuel à l’image des fanatiques inquisiteurs, sans l’avoir lu, juste après avoir parcouru les titres des chapitres, sans jamais parler du fond, juste dans la négation sans argumenter, reléguant la centaine de spécialistes cités dans mon ouvrage à des charlatans... des suppôts de Satan, puisqu’ils brisaient leurs fantasmes érigés en religion. Ces « Torquemada du Net » faisaient preuve d’une haine incroyable contre cette simple étude car très sourcée, donc difficile pour eux de contredire tous ces spécialistes. Les vérités ne sont pas bonnes à dire.
* Freya Holgersson : De par mon activité, j’ai plein d’anecdotes à raconter. Mais les gens que j’aide, qui s’élèvent et s’envolent parfois grâce à moi, ou à l’une de mes consultations, sont ma plus belle récompense.
* Gottfried Karlssohn : Dans les anecdotes « grand public », la plus intéressante est peut-être celle qui concerne ma dernière participation à l'International Ásatrú Summer Camp (IASC) : en Allemagne à côté de Brême, en 2015. Le grand rituel a rassemblé une bonne centaine de personnes. C'était plaisant de passer une semaine avec tant de personnes et de familles venues d'une dizaine de pays européens, et pratiquant chacune la religion germanique. J'ai depuis été représentant de la France au comité de gestion du réseau Ásatrú-EU qui organise ces camps d'été, et participe au renforcement de la coopération entre les groupes européens qui le composent (dont l'association Les Enfants d'Yggdrasill).
* Sébastien Günther/Gundahar : La première anecdote concerne mon jardin potager. Y ayant dressé un Maibaum l’an dernier, j’ai constaté que les carottes étaient de plus en plus grosses à mesure qu’elles étaient proches du mât… La seconde concerne Donar. Craignant pour mon potager, alors que de fortes averses de grêle étaient annoncées, j’ai placé son effigie sur ma fenêtre, face à l’ouest d’où devaient venir les orages. Résultat : Il n’y a eu aucun impact de foudre ni grêlon dans un rayon de 5 km autour de ma maison, alors que les villages voisins étaient sous le déluge… La troisième anecdote concerne l’achat de ma maison. L’obtention du prêt immobilier n’était pas évidente. Il y a eu plusieurs contre-temps, dont le décès du vendeur après signature du compromis. Lors d’une cérémonie avec mon clan, j’en ai appelé à Frigga, dans l’espoir que la maîtresse du foyer et des clefs m’aiderait à débloquer le sac de nœuds. Moins de deux mois plus tard, je signais l’acte de vente, et introduisais la clef dans la serrure de ma maison. Je serai toujours reconnaissant à la Dame pour ça.
* Halfdan Rekkirsson : Quand j'ai découvert ma foi, tout ceux qui la partageaient étaient comme moi, des convertis en quelque sorte. Inspirés par les Dieux qui nous parlaient enfin, nous étions des reconstructeur d'une religion, à partir de sources anciennes (même si j'ai découvert depuis que le christianisme a imité beaucoup de rites et d'éléments en tentant de les supplanter, et les ont donc maintenus vivants… jusqu'à nous : merci). Aujourd'hui existent des jeunes gens qui sont nés et élevés dans des familles ásatrú. C'est un changement de fond significatif, qui prouve que notre religion, comme les autres polythéismes européens, sont bel et bien vivants et viables, en cette époque dévitalisée. L'Ásatrú et les autres polythéismes ethniques d'Europe sont des religions d'avenir, aptes à ré-enchanter positivement le monde et à apporter un regard neuf sur les problèmes immenses auxquels le modernisme nous confronte. « Dieu est mort », disait Nietzsche ; c'est peut-être pour permettre le retour des anciens Dieux, qui sont prêts à nous apporter une nouvelle vitalité.
* Harjamann Marshalk : Quand je suis entré dans un clan et avant de pratiquer avec celui-ci j'avais une image des païens comme des gens voulant s'élever, se cultiver aussi bien physiquement que mentalement. Au lieu de ça je suis tombé sur quelques non-binaires au cheveux bleus, sur des efféminés et sur des gens qui se plaignaient sans arrêt. J'avais parfois l'impression d'être à la Fête de l'Huma… Quand je suis devenu chef de clan j'ai mis un point d'honneur à bien choisir les participants : les banquets rituels à base de tofu sauce soja en chantant l'Internationale c'est pas mon dada… cela dit un bluot avec des chauves qui lèvent le bras à 45° autour du feu en écoutant du mauvais rock et en enchaînant des kro c'est pas mon truc non plus.
* Joël Supéry/Osgor : Pour l'anecdote ? Une histoire d'époque, que mes enfants adoraient écouter avant d'aller au lit : un ambassadeur de Charlemagne est en visite à Constantinople. Durant le banquet, on sert un poisson à chaque convive. L'ambassadeur franc mange un côté du poisson, et le retourne pour manger l'autre. Mais là, c'est la stupeur autour de lui. On lui explique qu'il aurait dû enlever les arêtes pour manger l'autre moitié. Retourner le poisson est un sacrilège puni de mort. L'ambassadeur proteste de sa bonne foi. L'empereur le croit et lui accorde un vœu avant sa mise à mort. L'ambassadeur réfléchit, puis formule son vœu : « Je souhaite que tous ceux qui prétendent m'avoir vu retourner le poisson aient les yeux crevés. » L'empereur accède à la demande et déclare que lui-même n'a rien vu. Il demande autour de la table qui a vu l'ambassadeur commettre ce sacrilège. Mais personne ne déclare avoir rien vu. Alors l'ambassadeur reprend la parole : « Si je comprends bien, tu veux me mettre à mort pour un crime dont on m'accuse sans témoin ? » L'empereur sourit : « Tu as raison. On ne peut pas te condamner à mort pour un crime dont on ne sait pas si tu l'as commis. »
* Thierry Van den Eynde : Le village d’origine de ma famille porte le nom d’un saint (St Liévin) qui fut exécuté par les païens locaux au VIIe siècle, car il voulait les évangéliser. En dehors de toute considération sur le meurtre d’un humain, je suis assez fier de mes origines.
* Mervis Nocteau : Ne vous impliquez jamais plus que de raison dans des relations informelles. Contractualisez et administrez vos groupes. S'il en avait été ainsi, on n'aurait pas pu m'escroquer, et j'ai connu un cas similaire au mien mais en trois fois pire. Enfin ces principes ne sont pas typiquement polythéistes... Alors juste un élément d'Histoire des idées tout de même : les mots saint, sanctifié, sanctuaire, sacré viennent d'une racine indoeuropéenne signifiant faire alliance. Les idées monothéistes d'alliance divine (de testaments) des juifs aux musulmans en passant par les chrétiens, sont typiquement païennes. Inversement, il y a sans doute une antique sainteté polythéiste... Vous m'auriez dit cela voilà quelques mois, que vous m'auriez blasé car je vous aurais jugé dans une démarche pseudo-féodale néo-templière simili-païenne. Comme quoi, même les plus farfelus dans le milieu, n'ont pas tort sur toute la ligne. Même l'escroc dont j'ai parlé, quoi qu'il faille savoir se boucher le nez.

Que veux-tu ajouter librement ? Au revoir !
* Dan Derieux/Thorgis : Chacun peut croire ce qu’il veut tant qu’il ne nuit pas, mais rendons aux vikings ce qui appartient aux vikings, et aux clercs chrétiens leurs écrits fantasques et destructeurs sur leurs ennemis les vikings. Cessez de propager les mensonges chrétiens contre nos Pères, lisez, informez-vous. Ceux qui souhaitent honorer les Dieux et les Ancêtres, devraient protéger leur principale création, que sont la nature et les animaux (et parmi les animaux, il y a l’humain, le plus complexe d’entre eux).
* Freya Holgersson : Je reste à la disposition de tous, pour transmettre mon savoir, avec bienveillance et humilité. Merci pour tout.
* Gottfried Karlssohn : Merci à toi pour ces entretiens, et au revoir !
* Sébastien Günther/Gundahar : J’aimerais simplement partager la manière dont je suis revenu aux croyances de mes pères. Je ne me sentais pas attiré spirituellement par les mythes germaniques. Il n’y avait que de la curiosité intellectuelle, liée à l’intérêt historique et archéologique pour la Scandinavie médiévale. Je dirais que ce n’est pas moi qui suis allé chercher les Dieux, ce sont eux qui m’ont appelé. Cela s’est manifesté sous la forme d’une attirance irrésistible. Le premier à se tourner vers moi a été Yngwi-Frey. Je m’y suis assez brusquement identifié. Jeunesse, beauté, fertilité, sexualité. C’est venu également par ma grand-mère défunte, qui s’appelait Inge, et en hommage à laquelle je portais à ma ceinture la rune ingwaz… Le second à se tourner vers moi a été Donar. Sa maturité, sa combativité positive, sa force m’ont accompagné… Le troisième à se tourner vers moi a été Wodan (Oðinn). Son influence a été totalement irrésistible, au point d’influencer mon caractère. Depuis que je lui ai répondu, j’ai développé un côté assez colérique, sombre, attiré par la guerre, voire une certaine violence pas toujours évidente à gérer, alors que j’étais plutôt pacifique et lent à la colère. En parallèle, une soif de connaissance et d’interprétation de ce qui m’entoure, que j’avais déjà mais qui a encore grandie. Je constate que cet « appel » s’est fait dans l’ordre des âges de la vie. Jeunesse, maturité, vieillesse et sagesse. C’est également le paysan, le guerrier, le roi prêtre.
* Halfdan Rekkirsson : Ø
* Harjamann Marshalk : Soyez fiers de vos ancêtres francs, mais aussi celtes et romains, mais aussi de vos terroirs, c'est ce qui nous a façonnés ! Essayons de retrouver la vertu dans les paroles de Wuodan et les écrits de Marc Aurèle, le christianisme n'a pas le monopole de cette vertu, à la base ça vient de nous !
* Joël Supéry/Osgor : D'après Saxo Grammaticus, le roi danois Harald Hildetand avait rendu de nombreux pays tributaires. Parmi ceux-ci, il mentionne l'Aquitaine. Or, Harald Hildetand succombe au combat dans les années 770. De leur côté, dès 795, des auteurs arabes évoquent la présence d'un pays madjous (madjous = scandinaves) sur la côte du roi de Pampelune. Il s'agit du pays basque. Ces auteurs expliquent que les Scandinaves combattent aux côtés des rois de Pampelune et des Asturies contre les Sarrasins. Basques et Scandinaves n'étaient pas ennemis. Ils étaient au contraire alliés et probablement très proches. Or, si on étudie ces sociétés, on se rend compte que Scandinaves et Basques avaient beaucoup de traditions en commun. La place de la femme, les assemblées des hommes libres, l'importance de la maison comme élément de l'identité familiale, le respect de la parole donnée, l'esprit communautaire, l'amour de la mer et bien sûr un culte païen. Il est probable que les deux peuples partageaient de vieilles racines communes. Nul doute que les deux peuples se sont trouvés mutuellement sympathiques, voire familiers, et que les vikings de Vasconie, région qui recouvrait toute la Gascogne de la Garonne jusqu'à l'Èbre sous les Pyrénées, n'ont pas hésité à épouser des Vasconnes. Or, les hommes qui envahissent la Normandie en 840 étaient les descendants des Scandinaves de 795. Ces hommes se nommaient Ragnar, Asgeir, Björn et Hastein. Certains de ces hommes devaient avoir des mères indigènes. Ils étaient à moitié Vascons.
* Thierry Van den Eynde : « L'esprit seul, sait ce qui gît près du coeur. » – Hávamál
* Mervis Nocteau : Merci aux protagonistes de cet entretien-fleuve, et navré pour tout (contretemps, desiderata, erreurs, etc.). Voici enfin la version définitive.

 

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