JÚsus ?

par Emile Mourey
mercredi 26 mars 2008

Autant le dire tout net. Cet article déplaira. Et cela d’autant plus que j’ai choisi d’expliquer un des textes les plus difficiles du Nouveau Testament : l’épître aux Hébreux. Nous allons en étudier les phrases les plus significatives. Ne soyez pas surpris ! Ce que vous demandent les auteurs inconnus de ce texte d’un autre temps est un effort d’intelligence.

1,1-2. Après avoir parlé jadis à nos pères par les Prophètes, Dieu, en cette fin des jours, nous a parlé par le Fils qu’il a établi héritier...
Cet héritier, quel est-il ? Comme l’affirment les évangiles, ce ne peut être qu’un descendant d’Abraham dans la longue lignée des chefs d’Israël d’avant, pendant et après l’exil de Babylone. S’agit-il d’une filiation biologique ? Soyons sérieux, certainement pas ! Il ne peut s’agir que d’une filiation spirituelle où les "chefs" qui se succèdent ne sont pas des individus mais des conseils. Comme l’écrit le professeur Claude Tresmontant dans son Christ hébreu : « Le fils, en hébreu, c’est aussi celui qui reçoit l’information intellectuelle et spirituelle ». Relisez les articles que j’ai publiés dans lesquels j’explique que Moïse, de même qu’Adam, de même qu’Abraham qui vécut 175 ans, n’était pas un individu mais un conseil, un conseil qui agissait comme un seul homme. L’héritier dont parle l’épître aux Hébreux ne peut donc être qu’un conseil et non un individu. Or l’histoire n’a retenu en mémoire qu’un conseil qui puisse prétendre au titre de conseil de Dieu. Il s’agit du conseil suprême de la communauté essénienne. Au temps des documents de Qumrân, il était composé de douze membres représentant les douze tribus d’Israël dispersées dans le monde et de trois prêtres. Ce conseil de Dieu, conseil de l’alliance éternelle, s’inscrit dans l’histoire de l’ancien Israël dont "un reste" est revenu de la déportation de Babylone. Opposé aux Juifs du Sanhédrin de Jérusalem dont la filiation davidique n’était pas prouvée, il se considérait comme chargé d’une mission historique et divine : celle de continuer à frayer la voie. Déjà visitée deux fois par l’esprit de Dieu, la communauté essénienne était dans l’attente du messie qui devait venir.

1,3. Resplendissement de sa gloire et empreinte de la substance de Dieu, ce (Fils)... après avoir fait la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs...
Traduction : resplendissant de la sagesse divine dont le symbole trône au centre du ciel, ce conseil se trouve tout naturellement chargé d’une lourde responsabilité, celle de s’opposer au pouvoir en place quand celui-ci s’écarte de la voie qu’il considère comme juste. Voilà pourquoi le pouvoir juif de Jérusalem, allié à l’occupant romain, a fait crucifier les membres de ce "conseil de Dieu" qui s’opposait à lui.
Mais le fait nouveau, c’est que non seulement ce conseil ne se dérobe pas mais qu’il se livre de lui-même, d’une part pour éviter que la répression s’abatte sur l’ensemble de la communauté, mais aussi et surtout, en s’offrant comme un agneau sans tache pour le rachat de tous les péchés passés et présents d’Israël. C’est ainsi qu’en montant collectivement sur la croix, ces représentants des douze tribus ont purifié les communautés qui en sont issues, y compris dans la diaspora. Le péché d’Israël, qui irritait Yahwé, a été effacé.
Le monde judaïque de la diaspora, purifié et de nouveau rassemblé avec ceux qui, en Palestine, se considèrent comme des Juifs/Hébreux authentiques, devra dorénavant reconnaître comme seul pouvoir légitime le nouveau conseil de Dieu qui succèdera au conseil disparu, et comme seule assemblée représentative, l’assemblée essénienne des Nombreux.

2,9. Celui qui a été pour peu abaissé au-dessous des anges, Jésus...
Il s’agit là d’une évocation du tétramorphe antique, tel que je l’ai expliqué dans mes ouvrages. Les anges sont l’aigle, le lion et le bœuf qui ont été honorés par la rédaction de trois évangiles, celui de Jean, premier, celui de Marc, deuxième, et celui de Luc, troisième. Il s’agit donc de relever la quatrième figure du tétramorphe, symbole de l’homme, Matheus, par un quatrième évangile. Ce sera l’évangile de Mathieu.
Remarquons tout d’abord que la quatrième figure du tétramorphe est, dans le ciel, à la droite de Dieu. Il ne peut s’agir que du Fils de l’homme qu’Enoch voyait dans le ciel, ce que confirme l’évangile de Mathieu. Première interrogation : le Fils de l’homme d’Enoch est-il devenu, au Ier siècle de notre ère, un Jésus du ciel ? Celui qui vient dans l’Apocalypse ? Celui qui est venu dans les évangiles ? Deuxième interrogation : Jésus (Yeschoua, Celui ou Ce qui sauve) n’est-il pas aussi l’esprit ou la parole que Dieu envoie sur terre ? Quand il remonte au ciel après avoir goûté la mort (dans le texte) dans les membres crucifiés du conseil essénien, en principe c’est dans le sein de Dieu qu’il devait retourner, autrement dit dans la mandorle de gloire du tétramorphe. Mais il faut bien comprendre que l’asseoir également à la droite du père dans le symbole du Fils de l’homme est une image potentiellement très riche sur le plan symbolique.
Par son passage dans l’humanité souffrante, ce Fils de l’homme est revenu (dans le tétramorphe) couronné de gloire.
... nous le voyons - le conseil crucifié - couronné de gloire et d’honneur à cause de la mort qu’il a soufferte.

2,10. Il convenait en effet que, devant conduire à la gloire (au martyre) un grand nombre de fils (de saints), celui pour qui sont toutes choses et par qui sont toutes choses rendit parfait par des souffrances l’initiateur de leur salut.
Bref, l’évangile de Mathieu est donc bien, comme je l’ai expliqué dans mes ouvrages, l’histoire de la vie et de la mort d’un Jésus du ciel qui est venu s’incarner dans le conseil de Dieu des Esséniens. A noter que dans la hiérarchie essénienne, il y a les saints et, au-dessus, les parfaits. Dans cette épître, ce sont les souffrances qui ont rendu totalement "parfaits" les membres du conseil crucifiés.

5,9. Rendu parfait, il devint pour tous ceux qui lui obéirent cause de salut éternel, proclamé par Dieu grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech.
Ressuscité dans le ciel, le conseil martyr peut dès lors intercéder auprès de Dieu en faveur de tous ceux qui, dans une foi renouvelée, ont fait preuve d’obéissance, et cela bien mieux que n’importe quel grand prêtre passé, présent ou à venir. Exit donc le grand prêtre - concurrent - de Jérusalem dont les sacrifices animaux se révèlent inefficaces. Par ailleurs, si Melchisédech a béni Abraham, cela signifie que c’est lui le premier grand prêtre, bien avant Aaron. Exit - théologiquement - le grand prêtre de Jérusalem qui s’inscrit dans la lignée d’Aaron. Cette prédilection pour Melchisédech est typiquement essénienne.

6,1. C’est pourquoi, laissant l’enseignement du début sur le Christ, portons-nous vers ce qui est parfait, sans jeter de nouveau le fondement ?
En effet, dès lors que l’Oint du Seigneur - autrement dit Christ - s’est révélé d’une façon parfaite dans le saint conseil crucifié, il devient dès lors inutile de discourir sur le fondement des évangiles (ce que je fais dans mes ouvrages et mes articles). Pensons plutôt à appliquer le nouveau programme qui nous conduira à la résurrection.

6,10. Car Dieu n’est pas injuste au point d’oublier... l’amour que vous avez montré... en servant les Saints et en les servant encore...
Ces saints sont les Esséniens. Vivant au sein de communautés de type monastique, ils "fécondent" le peuple dont ils sont issus en lui donnant à boire de la parole, mais aussi en lui montrant l’exemple du travail manuel bien fait. En reconnaissance, les populations leur apportent leur soutien.

6,19. Dans l’espérance qui nous est proposée, nous avons comme une ancre de l’âme, sûre et ferme, et qui pénètre par-delà le rideau, là où Jésus est entré pour nous en avant-coureur, devenu grand prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech.
Il s’agit là de l’image de l’oppidum/sanctuaire du ciel. Traverser le rideau, c’est entrer dans le sanctuaire céleste de Dieu.

7,14. Il est notoire, en effet, que notre Seigneur a surgi de Juda, tribu dont Moïse n’a rien dit au sujet des prêtres.
Exit de nouveau le grand prêtre de Jérusalem choisi dans la tribu de Lévi. Deviennent dès lors illégales les dîmes que les Pharisiens du temple nous demandent.

9,12. Il a pénétré une fois pour toutes dans le sanctuaire, non par le sang de boucs et de veaux, mais par son propre sang, après avoir acquis un éternel rachat.
Dès lors qu’un sang bien supérieur à celui des animaux a été versé pour le rachat de nos péchés et pour nous ouvrir la porte du ciel, que valent les sacrifices qui se poursuivent dans le temple de Jérusalem ? Faisons la grève des impôts et ne fournissons plus au temple des animaux de sacrifice, pigeons ou autres, car cela nous coûte cher et ne sert à rien.

9,22. Et, selon la Loi, presque tout est purifié par le sang, et sans effusion de sang il n’y a pas de rémission. Si donc les copies (terrestres) des choses qui sont dans les cieux doivent être purifiées, les choses célestes doivent l’être par des sacrifices meilleurs.
Cette croyance que les choses de la terre sont des copies de choses qui sont dans le ciel est typiquement essénienne. On peut la rapprocher de la théorie de Platon sur les idées mais le ciel astrologique que j’ai reconstitué nous fait remonter plutôt aux croyances égyptiennes : "Ignores tu, ô Asclépios, que l’Egypte est l’image du ciel et qu’elle est la projection ici-bas de toute l’ordonnance des choses célestes ?"

A noter également que les auteurs de cette épître croient toujours que le pardon des péchés ne peut avoir lieu que par un versement de sang, ce qui est étonnant. Toutefois, ils affirment qu’il ne peut y avoir de sacrifice de sang plus parfait que celui du haut conseil qui vient d’avoir lieu, que dans l’avenir, il ne pourra jamais y en avoir de plus parfait, et que par conséquent, les sacrifices de sang, quelqu’ils soient , doivent s’arrêter.

9,24. Ce n’est pas dans un sanctuaire fait à la main, réplique du véritable, que Christ est entré, mais dans le ciel même pour paraître maintenant devant la face de Dieu en notre faveur.
A la différence du grand prêtre qui entre dans un sanctuaire terrestre - le temple de Jérusalem - réplique de celui qui est dans le ciel, Christ est entré dans le véritable, celui qui est au ciel.

10,19. Ayant donc, frères, l’assurance d’une voie d’accès au sanctuaire par le sang de Jésus, cette voie qu’il a inaugurée pour nous, récente et vivante à travers le rideau - c’est-à-dire sa chair - ainsi qu’un prêtre éminent à la tête de la maison de Dieu, avançons avec un cœur sincère...
De même que le grand prêtre traverse un rideau pour entrer dans le Saint des Saints du temple, Jésus franchit le rideau, mais le véritable, celui qui sépare le monde des hommes de celui de Dieu. Ce rideau, c’est sa chair. Cette dernière phrase est importante. Elle signifie que le ciel des Esséniens, avec son tétramorphe antique, est, à cette époque, une allégorie, mais aussi un support et une aide pour élever la pensée au niveau de la métaphysique. Dès lors qu’on a compris cela, tout ce qui suit sur la patrie céleste, la cité de Dieu, le repos de Dieu, est susceptible d’interprétations théologiques.
Philon d’Alexandrie confirme cette tournure de pensée typiquement essénienne ; c’est au moyen de symboles, écrit-il, que l’enseignement est donné chez eux, suivant une antique méthode de recherche.

10,37. Car vous avez besoin de constance, afin qu’ayant fait la volonté de Dieu, vous bénéficiez de la promesse. Car encore un peu, bien peu de temps ; celui qui doit venir arrivera et il ne tardera pas.
La fin des temps étant proche, ce sera le jugement. Après s’être offert une seule fois pour porter les péchés d’un grand nombre, le Christ apparaîtra une seconde fois, sans péché, à ceux qui l’attendent pour leur salut (9,28).
Nous sommes à un tournant de l’Histoire. Entre un monde romain nourri de culture grecque et une pensée juive revenue de l’exil de Babylone qui s’est répandue dans tout le monde de la diaspora, le conflit était prévisible. Il éclatera en l’an 70. Ce sera la terrible guerre de Jérusalem qui verra la victoire de Rome. Mais contrairement à ce que l’épître annonce, Jésus ne se remanifestera pas et Jérusalem sera détruite.
Relatant cette guerre où le sang coula à flot, avec des crucifixions innombrables, Flavius Josèphe écrit : Comme la pierre (lancée par les catapultes) était blanche, les guetteurs des tours les voyaient venir, et ils donnaient l’alerte en criant : "Le Fils arrive !"

13,7. Souvenez-vous de vos chefs, eux qui vous ont annoncé la parole de Dieu, et considérant l’issue de leur carrière, imitez leur foi.
Les chefs dont il s’agit sont les prophètes et les conseils de communautés diverses, voire dissidentes qui, en annonçant la parole de Dieu, sont morts sous le glaive - comme Jean-Baptiste à Macheronte - ou sur la croix - comme le Jésus de Marc à Tibériade. L’épître aux Hébreux leur rend hommage comme à des précurseurs mais considère seulement comme parfait, le sacrifice du conseil suprême essénien dont l’évangile de Mathieu relate l’histoire.
Ce conseil suprême siège toujours à Gamala. Mes recherches m’ont permis de retrouver le nom de cette communauté essénienne : Simon. Mais à Jérusalem, une colonie essénienne - préchrétienne - a prospéré. A cette colonie, il faut un conseil. Le nom de ce conseil ne peut être que Jacques (cf. les Actes des Apôtres). Or que dit l’historien Flavius Josèphe ? Que Tibère Alexandre fit crucifier Jacques et Simon, fils de Judas de Galilée, qui du temps que Cyrénius faisait le dénombrement des Juifs, avait sollicité le peuple à se révolter contre les Romains.

Cela s’est passé vers l’an 48.

La question maintenant est de savoir pourquoi Flavius Josèphe présente Jacques et Simon comme des individus et non comme des noms de conseil. Aurait-il été tenu par des serments qu’il aurait faits au temps de sa jeunesse, à l’occasion d’un stage d’initiation chez les Esséniens, c’est possible ? Si dans ses ouvrages, il avait dit ce que, forcément il savait, je n’aurais pas besoin, aujourd’hui de décrypter ce texte.

13,8. Jésus Christ est le même, hier, aujourd’hui et à tout jamais.
Alors que le Jésus de l’évangile de Jean diffère quelque peu de celui de Marc - d’où de probables polémiques - les auteurs de cette épître ont compris que seuls la conciliation, le rapprochement et le dépassement allaient permettre à la Nouvelle Alliance de prospérer. Cela donnera l’évangile de Mathieu. Il fera la synthèse et affirmera le dogme.

13,14. Nous n’avons pas ici de cité permanente, mais nous recherchons celle de l’avenir.
Il s’agit là d’une profession de foi : l’homme ne fait qu’un passage sur terre. En attendant de jouir du repos de Dieu dans la cité céleste, louons le Seigneur. Par lui donc (Jésus), offrons à Dieu en tout temps un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui professent son Nom. Et voilà que nous revenons aux Esséniens des rouleaux de la mer Morte. Pour eux, l’offrande des lèvres était bien supérieure aux sacrifices d’expiation.

Ainsi se termine cette fabuleuse épître aux Hébreux. Le paragraphe qui termine le texte ne fait manifestement pas partie de l’original. Il a été rajouté par Paul. C’est une sorte de "transmis" dans lequel l’apôtre des Gentils ajoute quelques exhortations à l’intention de ses ouailles.

Au moment où j’écris ce texte, je ne sais pas comment il sera reçu. Peut-être faudra-t-il plus de vingt ans pour qu’on le prenne en considération. Mais il faudra bien, un jour, que l’homme se regarde tel qu’il est, sans pour cela renier, ni son histoire, ni sa spiritualité, sans renoncer non plus à ses possibilités d’évolution.

PS. Le texte en italiques est une traduction que j’ai prise dans la Bible d’Osty. Cette traduction prête parfois à confusion. Exemple : si M. le chanoine Osty a raison de traduire "ange" à partir du texte grec, c’est toutefois une erreur car, dans le texte hébreu original, le mot avait très certainement le sens de "messager entre le ciel et la terre" (cf. le Christ hébreu du professeur Tresmontant).

Enfin, en ce qui concerne mon "décodage", je dirais seulement que je vais un peu plus loin que d’habitude en appliquant aux patriarches et à leur descendance ce que nombre d’exégètes appliquent déjà en découvrant la communauté dans la Vierge d’Israël des grands chants hébreux. C’est ainsi que le Cantique des cantiques est bien un chant d’amour. Entre Israël et Yahvé ? Je ne pense pas. A mon avis, plutôt entre une population et... le conseil de gouvernement... Salomon ; ce qui me semble plus politiquement correct.


Documents joints Ó cet article


Lire l'article complet, et les commentaires