L’Apocalypse selon Arte (suite 2)

par Emile Mourey
samedi 20 décembre 2008

« Comme les troubles avaient éclaté à Jérusalem, à la mort d’Hérode, je me retirai dans le désert, et là, dans l’attente que les événements se calment, j’ai écrit cette histoire, rendant gloire au Seigneur Dieu qui me l’a inspirée en me donnant sa grâce et sa sagesse. »

Ainsi se termine ce texte fabuleux que les exégètes ont relégué au rang des apocryphes ; grave erreur ! Car il n’y a pas de document plus important sur le plan de l’Histoire que ce texte auquel on a donné le nom de Protévangile de Jacques. Clément d’Alexandrie et Origène y font allusion. Gélase le condamne. Plusieurs copies nous en sont parvenues. L’une d’elle figure dans la bibliothèque de Nag Hammadi. Dans cet écrit historique et prophétique, Jacques nous prophétise qu’un Jésus est né, plus d’une trentaine d’années avant que Jésus de Nazareth ne fasse son apparition publique, un peu moins d’un siècle avant le Jésus de l’Apocalypse.

Nul besoin de chercher de midi à quatorze heures pour dater le document, Hérode le Grand étant mort en l’an - 4. Quant au Jésus annoncé, Jacques le fait naître lors du recensement ordonné par l’empereur Auguste. Ce recensement a eu lieu en l’an - 7.

Ce protévangile, j’en ai donné l’interprétation dans mon Histoire du Christ, tome I publiée en 1996, dépôt légal n°60945. En voici un très bref résumé du début.

Joachim et Anne

Jacques nous raconte qu’il existait un certain Joachim fort riche que la nature avait comblé de tous ses bienfaits. Il ne lui manquait qu’une chose. Il était en effet le seul juste à ne pas avoir engendré de postérité à Israël, car sa femme, Anne, était stérile.

Qui était Joachim ? C’est le nom du dernier roi de Juda avant l’exil à Babylone. Qui était Anne ? Une population probablement galiléenne qui lui était restée fidèle. Privée de son élite qui avait été déportée, cette population n’était pas spirituellement fécondée et n’engendrait donc pas.

Alors, Joachim partit dans le désert et durant 40 jours et 40 nuits, il jeûna (I, 4).


C’est spirituellement qu’il faut comprendre cette phrase. Car une terre étrangère - Babylone - ne peut être qu’un désert spirituel. Car la vraie nourriture ne peut être que celle que Dieu transmet à son peuple depuis le sanctuaire de son temple par l’intermédiaire des prêtres.

Et voici que deux messagers frappèrent à la porte de la maison, disant : « Anne, Anne, ton mari Joachim descend de la montagne avec ses troupeaux. Un ange lui est apparu et lui a dit que tu concevras dans ton sein. » Et Anne courut à la porte, et elle accueillit Joachim. Neuf mois après, Marie naquit (4, 2).


Marie, la nouvelle Jérusalem, et ainsi de suite.

Le drame de l’an - 4.

La grande erreur de la série télévisée d’Arte est de s’être appuyée au départ sur des hypothèses erronées alors que les défenseurs de la thèse d’une écriture tardive des textes évangéliques reconnaissent eux-mêmes qu’ils ne sont pas en mesure de la prouver. Mon avis est qu’il y a une logique en histoire et que c’est faire injure aux hommes de cette époque de penser qu’ils n’étaient pas capables d’écrire leur histoire et de la transmettre en bonne et due forme.

L’an - 4 est une date capitale. C’est la date de la mort d’Hérode le Grand mais une mort qui a été précédée d’une répression sanglante où ont été tués des "maîtres de la parole", où ont été brûlés vifs des jeunes gens en révolte, où ont été jetés au cachot nombre de notables. Car Hérode avait commis la faute gravissime d’installer un aigle d’or au fronton du temple, ce qui était interdit par la loi de Moïse.

Aux funérailles d’Hérode, le peuple grondait. Les gens gémissaient et se frappaient la poitrine en cadence, non pour pleurer la mort du roi, mais pour pleurer ceux qui, disaient-ils, étaient morts pour défendre la Loi lors de l’affaire de l’aigle d’or du temple. Ils lancèrent des pierres contre la cohorte chargée du maintien de l’ordre, puis ils la massacrèrent. C’était la fête de la Pâque. Des campagnes, une multitude de provinciaux étaient montés à Jérusalem. Voyant que la foule ne pouvait être reprise en mains par la persuasion, Archélaos fit donner la troupe. On dénombra 3 000 morts (Flavius Josèphe, guerre des Juifs).

Et Jacques explique dans son style si caractéristique,

que les jeunes gens rescapés (Jean) formés par les maîtres de la parole exécutés dans le temple (Zacharie) se sont réfugiés dans la montagne (de Judée) et qu’un ange (les Esséniens de Qûmran) les protègent.

Élisabeth n’apercevait point de cachette. Et elle gémissait disant : " Montagne de Dieu, accueille une mère et son enfant !" Aussitôt la montagne se fendit et la reçut en son sein, tout en laissant filtrer une clarté pour elle. Un ange du Seigneur était avec eux et il les protégeait (22,3).

Hérode cherchait Jean. Et ses serviteurs avaient interrogé Zacharie : « Où as-tu caché ton fils ? lui avaient-ils demandé (23,1). »

Et ils tuèrent Zacharie qui était le père (spirituel) de Jean.

Et Jacques conclut : « Zacharie a été tué, et son sang restera figé dans la pierre tant que son vengeur ne sera pas venu. » (24, 2)

Et s’adressant à Simon, il ajoute : « Tu ne connaîtras pas la mort avant d’avoir vu le Christ dans la chair. »

Un peu plus de trente ans après ces événements, un Jean-Baptiste se met à baptiser non loin de Qûmran, annonçant la venue imminente de Jésus.


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