L’islam en question : un devoir de vérité

par Emile Mourey
samedi 30 octobre 2010

Après mon précédent article intitulé « Le christianisme en question : un devoir de vérité » et les commentaires très modérés qu’il a suscités, je prends acte que n’a pas été contestée mon hypothèse de présenter la première épître dite de Pierre comme étant, en réalité, une espérance de Paul en la venue imminente d’un Jésus en gloire dans le contexte des troubles qui ont conduit à la guerre de Jérusalem de 70. Autrement dit, une lettre d’un Paul de bonne foi mais qui a cru et espéré à tort. En revanche, mon hypothèse - présentée également par d’autres que moi - d’identifier Paul au Saül de l’historien Flavius Josèphe a été contestée à juste raison, d’où le doute.

Personnage historique irréfutable à l’origine du christianisme, ma réflexion sur Paul m’amène, par analogie, à réfléchir sur l’origine de l’islam, et donc à formuler quelques hypothèses prudentes sur celui ou ceux qui en est ou qui en sont à l’origine.

Un Mahomet politique.
 
 Car c’est bien ainsi que l’historien musulman Tabari nous le présente à la naissance de l’islam. C’est l’image d’un commerçant mecquois certes mais apparenté politiquement à une famille régnante hashîm dans une société impossible à gouverner du fait de ses divisions. Dans l’allégorie de la reconstruction du temple de la Kaaba, il faut deviner et “voir” une volonté de reconstruction d’une société sur la base de valeurs traditionnelles rénovées. Il y a, en effet, entre le geste tourné vers Dieu (la reconstruction du temple) et le geste tourné vers l’homme (la reconstruction de la société) de mystérieux courants... Cette restauration ayant donné lieu à une polémique de clans, le doyen d’âge proposa, pour éviter la guerre civile, qu’on prenne pour arbitre le premier homme qui entrerait dans le temple. Ils étaient encore à parler lorsque Mohammed parut au loin. Ils s’écrièrent : « C’est Mohammed al-Amin qui vient, nous acceptons son arbitrage »(1). Mahomet, l’homme sûr, digne de confiance.
 
Constatons par ailleurs que le pouvoir hashîm semble avoir bénéficié, pour cette tentative de reprise en mains, d’une alliance extérieure... Le Nedjâschi écrivit à l’inspecteur : Je donne tout ce bois au temple de la Ka’ba. Rends-toi à la Mecque avec les charpentiers, fais construire ce temple, et emploie l’argent que tu as avec toi aux dépenses de la construction (2). Je traduis : le roi d’Abyssinie est intervenu pour soutenir Mahomet dans son entreprise de restauration nationale, en envoyant très probablement de l’argent, des troupes peut-être, ou, au minimum, des conseillers militaires.
 
Mahomet dormait sous le manteau. Je traduis : il était encore plus ou moins dans le consensus politique. L’ange Gabriel lui apparut. « Lève-toi, lui dit-il, toi qui es couvert d’un manteau. » Mahomet se leva « Me voilà levé, répondit-il, que dois-je faire ? » Gabriel ordonna : « Appelle les hommes à Dieu ! » Alors, d’une seule voix, les partisans de Mahomet (Khadîdja ?) s’écrièrent : « Je crois en toi, ô apôtre de Dieu ! » (3)
 
Hypothèse sur l’ange Gabriel : mon article du 5 décembre 2006 http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/extraits-d-ouvrages/article/les-origines-esseniennes-du-16307.
 
Hypothèse sur Khadîdja et les autres femmes de Mahomet : mon article du 29 janvier 2009 http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/les-femmes-de-mahomet-et-leurs-50418
 
Un Mahomet incompris et persécuté.
 
Au repas auquel Mahomet avait invité beaucoup de monde (suivant l’exemple des évangiles), comme la nourriture qui était sur les tables ne diminuait pas alors que tout le monde mangeait à satiété, Abou Lahab, qui était son oncle, s’écria : « Mohammed nous a invités aujourd’hui pour nous faire voir sa magie » (4). A l’exception d’Ali, tous les Beni Hâshim se levèrent et sortirent.
 
Lorsque Abou Thalib tomba malade (à l’époque des premiers troubles) Mohammed fut très affligé (car Abou Thalib le protégeait). La maladie d’Abou Thalib s’aggravant, il fut nuit et jour dans sa maison et ne s’éloigna pas de son lit (5). Je traduis : Mahomet occupait les lieux avec une troupe armée pour prévenir toute tentative de révolution. Ainsi placé sous haute surveillance, Abou Thalib recommandait à tous les Koréishites qui venaient le voir de se convertir à l’islamisme, louant l’honnêteté et la véridicité de Mahomet, mais lui-même ne se convertissait toujours pas.
 
Après la mort d’Abou Thalib, les persécutions se multiplièrent contre le Messager de Dieu. On lui lançait des pierres ; on lui recouvrait la tête de boue. Un jour, alors qu’il faisait sa prière dans la mosquée, les persécuteurs lui versèrent sur la tête une grande quantité de boue. Ses longs cheveux, sa tête, ses joues, furent entièrement recouverts (6). Mahomet, cependant, se releva. Question : Mahomet a-t-il été enterré vivant suivant la coutume barbare antique ? Si tel fut le cas, comment peut-on humainement se relever après avoir subi ce supplice horrible ?

 Lorsqu’il revint dans sa maison, sa fille l’accueillit et en le voyant, pleura. Pendant qu’elle lui lavait la tête, le Prophète lui dit : « ô ma fille, ne pleure pas, implore Dieu et aie patience ! » (6). Je traduis : Mahomet calme sa minorité de partisans - une fille qui n’est pas encore une femme. Ces partisans brûlent d’en découdre, mais Mahomet estime qu’une action en force serait, pour le moment, prématurée.

Le martyre de Mahomet dura deux ans encore.
 
Un Mahomet ressuscité mais toujours souffrant.
 
Mahomet se présenta aux portes de Tâïf pour y demander l’hospitalité, comme un pauvre. Il y a entre la Mecque et Tâïf trois journées de marche, écrit Tabari (7). Question : trois jours ? N’est-ce pas le temps qu’il faut pour une résurrection ? Ils tueront le Fils de l’Homme, mais une fois tué, trois jours après, il ressuscitera (Mc 9, 31).
 
Les trois frères qui gouvernaient la ville refusèrent de lui ouvrir les portes. « Nous ne te croyons pas, ajoutèrent-ils, à moins que tu ne nous donnes un signe tel que celui qui fut donné aux Apôtres » (Sur VI, v.124). Ils le chassèrent et dirent aux voyous de le poursuivre. Atteint à la cuisse, le Prophète saignait.
 
Près de l’endroit où le Prophète se reposait, il y avait une vigne (8). Suit une très belle parabole où lui est offert une grappe de raisin sur laquelle le Prophète ne prélève qu’un grain, ô frugalité fiscale !.. et très habile programme politique ! Un esclave vint à lui. « Qui es-tu, lui dit-il ? Es-tu cet A’hmed dont il est question dans l’Evangile ? Il y est dit que Dieu t’enverra aux habitants de la Mecque ; qu’ils te feront sortir de la ville ; que Dieu te ramènera pour les soumettre par la force, et que ta religion règnera sur le monde » (9). Mahomet répondit par l’affirmative : Mon nom est Mohammed et A’hmed... A’hmed, le Fils de l’’Homme.
 
A l’entrée de la Mecque, un homme avait été désigné pour prévenir les Arabes qui venaient en pèlerinage. Cet homme disait : « Il y a ici un fou, nommé Mohammed, qui a établi une religion nouvelle. S’il vient vers vous, ne le croyez pas et n’acceptez pas sa foi  » (10).
 
Ainsi donc, le nouveau Mahomet se trouve sous haute surveillance. Il est sous la coupe du compagnon d’Abou Djahl, l’ancien adversaire ; sa sécurité en dépend. Le temps où il proclamait ses sourates révolutionnaires en pleine mosquée, à la face des Koréishites, appartient désormais au passé. Le nouveau prophète ne provoque plus de scandales, et comme il ne provoque plus de scandales, il n’est plus persécuté. Mais il a compris que ce n’est plus à la Mecque qu’il lui faut porter son effort missionnaire, mais dans le pays. Voici pourquoi il prêche principalement aux pèlerins. Voilà pourquoi, lorsque sa renommée parvint enfin à Médine, on fit appel à lui pour y restaurer l’ordre sur la base d’une foi nouvelle, porteuse de paix et de justice.
 
Note. Cet article est en quelque sorte un sondage pour tester les réactions. Il est bien évident qu’en cas d’absence de réactions ou de réactions polémiques et stériles, je ne vois pas pourquoi je me casserai la tête pour en donner une suite. Je ne cherche à convertir personne. Mon approche de l’Histoire est essentiellement militaire. C’est le côté stratégique qui m’intéresse.
 
D’après le livre du musulman Tabari "Mohammed, sceau des prophètes", éditions Sindbad, 1980, traduction de Hermaan Zotenberg. Je considère ce texte comme le plus ancien et le plus authentique qui relate la vie - la Sîra - du Prophète.

1. page 62 du livre précité. Les citations en italiques sont extraites de cet ouvrage.
2. page 64
3. page 68
4. page 77
5. page 94
6. page 96
7. page 97
8. page 98
9. page 99
10. page 102

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