Le bouddhisme et la viande sacrificielle

par Catherine Segurane
mardi 29 juin 2010

Le bouddhisme n’est pas une religion législative. Au sens propre, il n’interdit rien, il se contente d’indiquer à ses fidèles quels sont les actes bénéfiques et ceux qui ne le sont pas. Le sacrifice d’animaux est clairement classé parmi les actes les plus nuisibles pour le karma de leur auteur. Cette mise en garde figure en particulier dans un texte célèbre, le Aggi Sutta, figurant dans le Canon pâli (recueil de textes canoniques de l’Eglise du Sud, parfois aussi appelée Petit Véhicule, ou Théravada).

Quelle est la position du bouddhisme par rapport aux sacrifices d’animaux et à la consommation de viande sacrificielle (c’est à dire, aujourd’hui, de viande kasher ou halal) ?
 
La réponse sera nuancée, car le bouddhisme n’est pas une religion législative. Il prône l’esprit de libre examen, par exemple dans le célèbre Kalama Sutta. Au sens propre, il n’interdit rien, il se contente d’indiquer à ses fidèles quels sont les actes bénéfiques et ceux qui ne le sont pas.
 
Le sacrifice d’animaux est malgré tout clairement classé parmi les actes les plus nuisibles pour le karma de leur auteur. Une mise en garde sans équivoque figure en particulier dans un texte célèbre, le Aggi Sutta, figurant dans le Canon pâli (recueil de textes canoniques de l’Eglise du Sud, parfois aussi appelée Petit Véhicule, ou Théravada). Dans ce texte, le Bouddha historique, généralement courtois, se montre d’une rudesse peu commune chez lui vis à vis du jeune brahmane qui envisage de procéder à un sacrifice d’animaux et qui l’interroge sur la portée karmique de ce rite.
 
L’échange d’étincelles commence dès que les premières salutations ont été échangées :
 
" Le brahmane Uggatasarira dit au Bienheureux : « Ô vénérable Gotama, j’ai entendu dire que le fait d’allumer un feu de sacrifice et le fait d’ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses. »

Le Bienheureux dit : « Moi aussi, ô brahmane, j’ai entendu dire que le fait d’allumer un feu de sacrifice et le fait d’ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses. »

Cette réponse est surprenante. Le brahmane en perçoit probablement l’ironie, puisqu’il la réitère encore deux fois, dans les mêmes termes, et reçoit encore deux fois la même réponse dans les mêmes termes. Il finit par en déduire à tort que le Bouddha est d’accord avec lui, et ce dernier le laisse dans l’erreur. Il ne fait rien de lui-même pour inviter ce brahmane à mieux formuler sa question. C’est son serviteur Ananda qui donne au visiteur la leçon de politesse nécessaire, et lui demande, quand il interroge le Bouddha, de ne pas faire la réponse en même temps que la question.
 
Ayant reformulé sa question dans les normes voulues, le jeune brahmane obtient une réponse très claire :
 
"Le Bienheureux dit : Ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui prépare le feu de sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel dresse trois épées malfaisantes, mauvaises dans leur efficacité, mauvaises dans leur fruit. Quelles sont ces trois épées ? L’épée des actions corporelles, l’épée des actions verbales et l’épée des actions mentales."
 
Une triple moisson de mauvais karma avant même que le sacrifice ne commence : voilà qui est dit clairement, alors même que Bouddha, dans d’autres occasions, sait apporter des nuances ; la loi de causalité, qui commande notre karma, est complexe : il n’y a pas une seule cause qui commande un seul effet, mais des inter-actions. Cette loi n’est d’ailleurs pas l’explication unique de tout ce qui nous arrive, comme souligné dans le Sivaka Sutta.
 
Pourquoi le Bouddha est-il si dur vis à vis de ce jeune brahmane ?
 
Parce que celui-ci cumule toutes les circonstances aggravantes. Il a le choix : nous le devinons matériellement à l’aise. Il ne se contente pas de projeter de manger et de faire manger de la viande. Il projette de faire tuer des animaux exprès, il est fort satisfait par avance de l’action projetée, qu’il croit bonne ; il joint par là l’ignorance à la cruauté et il implique les dieux dans son action nuisible. Il est donc permis de penser que la charge karmique de son acte sera maximale.

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