Les différentes variétés d’islam dit « modéré »

par Catherine Segurane
vendredi 17 septembre 2010

 Le journal canadien en ligne Poste de Veille vient de faire paraître, dans sa chronique dite d’Helios d’Alexandrie, une intéressante étude qui cherche à approfondir la notion de "musulman modéré", et qui repère, regroupés sous cette dénomination très hétérogène, plusieurs sortes de musulmans très différents.
 
Sous le titre L’islam modéré entre soumission et modernité, la chronique distingue ainsi :
 
Les faux modérés : il s’agit là, en réalité, de musulmans radicaux dont le but à long terme est l’instauration de la loi islamique, la charia, dans ses formes les plus dures ; ils sont cependant assez habiles pour le pas préconiser le terrorisme ouvertement et ils ont une maîtrise remarquable de la rhétorique. Les Frères Musulmans en sont l’exemple type côté sunnite.
 
Les opportunistes : ils sont du côté du plus fort ; actuellement, ils hurlent avec les islamistes mais cèdent assez facilement quand ils rencontrent de la résistance.
 
Les tièdes  : ils se conforment extérieurement aux exigences de l’islam, mais tentent de retrouver quelque liberté en privé, ou autrement, quand ils peuvent le faire sans risque. Ils ne sont ni très dangereux ni, en sens inverse, sérieusement disposés à prendre des risques pour arrêter l’islamisme.
 
Les laïques  : les musulmans laïques sont attachés à leur foi (dans le cas contraire, ce serait des ex-musulmans) mais ils souhaitent la vivre en privé ; pour eux comme pour les chrétiens laïques, le religieux et le politique doivent être séparés ; un laïque n’a pas l’obligation d’être athée : cette remarque vaut aussi pour les laïques musulmans ; leur attachement à l’islam est réel, et leur souhait de vivre une modernité démocratique également ; leur position est inconfortable : ils sont vite suspects aux yeux de leurs autorités religieuses et se font facilement traiter d’apostats, avec les risques que cela suppose. Ils aiment à citer les versets pacifiques du Coran et tendent à passer rapidement sur les autres.
 
Les Coranistes  : ce nom a été donné par leurs adversaires à un groupe, apparu dans les années 80 en Égypte dont le leader intellectuel est le Docteur Ahmed Sobhy Mansour, de l’université islamique d’Al Azhar. Cet historien de niveau universitaire s’est livré à des études exégétiques approfondies, et il en a conclu que le Coran était le seul texte fondamental de l’islam. Il rejette donc les hadiths (propos attribués à Mahomet), ainsi que la sira (vie du prophète)et toutes sortes de textes périphériques,qu’il estime être inauthentiques et avoir été écrits à l’époque abbasside pour conforter le pouvoir des califes. Ils rejettent donc la charia. Ils remettent également en question l’exemplarité de la vie de Mahomet,que Dieu,selon eux, a utilisé comme messager mais sans que cela vaille reconnaissance d’une hypothétique perfection.
 
Les coranistes partagent les mêmes valeurs que les musulmans laïques et les ex-musulmans. C’est leur psychologie qui est différente, plus portée sur l’éxégèse, plus religieuse et moins politique.

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