Les Implications religieuses d’un narratif français

par Mervis Nocteau
mardi 1er juin 2021

La planète est peuplée de plus de deux milliards de croyants non-monothéistes (en Inde, en Mongolie, en Chine, au Japon, trois derniers pays qui présentent des records en termes de QI d'ailleurs) sans parler des contrées plus ou moins sorties du monothéisme (dites « occidentales », aux QI placés juste après)*. Une conjecture forte s'impose : le monothéisme rend bête ; les cultures monothéistes, post-monothéistes ou simili-monothéistes, rendent bêtes. Si bête, que ses luttes intestines en Europe, ont donné envie aux gens intelligents de produire la laïcité – sorte de polythéisme mécréant au principe (tous les dieux sont autorisés, sans qu'on ait socio-politiquement à y croire : c'est la liberté de conscience).

 


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Pourtant, Emmanuel Macron énonçait récemment au Point, citant Braudel et Valéry au lance-pierre, que « nous sommes un pays assez unique, un pays de calcaire, de schiste et d'argile, de catholiques, de protestants, de juifs et de musulmans ; un pays qui n'a pas vraiment d'équivalent en Europe par ses contrastes ».

Cela se veut flatteur pour les habitants de la contrée, et naturellement dans une veine progressiste-mondialiste. De manière générale, la campagne présidentielle pour 2022 s'inscrit dans cette en-même-temporisation pragmatique pour conserver le pouvoir, de syncrétiser l'héritage et l'avenir. Les méchants diront que c'est du pipi de chat et de la poudre de perlimpinpin, afin de rassurer le chaland territorialiste-localisant, tout en progressant-mondialisant à la mode de chez lui, contre l'avis massif du peuplement actuel, mais certes raccord avec le pape en bien des manières.
D'ailleurs, il est question des territoires au sens le plus géologique du terme, hélas en double-vue ergologique et finalement dominatrice : à travers des cartes en relief, « au point de vue de Dieu devant les païens »… les païens, c'est-à-dire ceux des pagi, ceux des pays (comme on parle en France, par exemples, de pays d'Auge, de pays de Gray, de pays de Buech ou de pays de Béarn).

Mais là n'est pas tout à fait la question, bien qu'elle y sourde symboliquement… La question est que les monothéistes seront contents d'un tel propos, alors qu'ils ne sont pas les mieux placés pour épanouir l'humanité, en vertu de l'intelligence dont ils privent les hommes.



Historiquement bien entendu, d'aucuns diront que « la France » vient des monothéistes, Eric Zemmour le premier, qui cite évidemment Clovis le Frank, dans son Destin français. À l'époque, ce peuple dane (germano-scandinave) s'emparait d'une partie des Gaules romaines ; ses descendants et autres ressortissants acculturés avec le temps, dans la féodalité, formeront progressivement l'Hexagone que nous connaissons – encore que des territoires furent disputés encore le siècle dernier. Clovis le Frank, antiquement polythéiste, s'était converti féodalement au monothéisme, et il allait le répandre et le renforcer, lui et tous ceux après lui.

Or pourtant, c'est la Rome qui structura l'ensemble en le dessinant sous forme de Gaules, les Français en râlent d'ailleurs, eux parmi lesquels certains préféreraient s'arroger leurs territoires encore girondinement, de nos jours (Michel Onfray versus l'administrationnisme d'Eric Zemmour…). Tout dépend de l'historiographie, de l'axiologie employée, or ici elle appuie une vision monothéiste ayant conduit aux nationalismes contemporains, quoique cette vision monothéiste se veuille universaliste.

Hélas, l'universalisme, c'est toujours l'universalisation d'un seul modèle : une standardisation des croyances. D'ailleurs, toute la richesse et l'imagerie des monothéismes, ils le doivent amplement au réservoir polythéiste voire animiste des territoires sur lesquels ils s'implantèrent. Le monothéisme est vide en soi, quoiqu'il prétende parler au nom d'un dieu de plénitude. Il ment tout le temps, il ment sur le principe déjà. Entre prosélytisme et prétention à détenir seul la bonté, le monothéisme est toujours expansionniste : voilà l’universalisme.

Le non-universalisme n'a jamais empêché de reconnaître des faits universaux. Seulement il n'appelle pas cela un universalisme (en tout cas pas spécifiquement, bien qu'il s'agisse comme d'un universalisme intellectuel)… il appelle cela un factualisme, tout simplement. Et, comme on dit, les faits sont têtus. Ce n'est pas l'entêtement présidentiel qui y changera quelque chose, dans son simili-nationalisme universaliste, naturellement juif. Tous les monothéistes en sont là, égotistes dans leurs démarches, quoiqu'ils se mentent souvent sur leur propre compte en s'imaginant paranoïaquement bons.

Néanmoins, Emmanuel Macron a raison sur une chose : nous avons besoin de grands récits. C'est-à-dire de mythes. Or, là encore, les monothéistes – bien que non-historiques – se veulent purement historiens, au « pire » légendaires, mais en reléguant les mythes aux polythéismes. En somme, donc, les implications religieuses d'un tel narratif français sont vouées à l'échec, si seulement elles ne (se) mentent pas déjà (à elles-mêmes) dans les termes (en mentant au monde).

Mythes, philosophies et sciences naquirent en territoires polythéistes, et ne radvinrent dans nos contrées qu'à raison de l'affaiblissement du monothéisme. Il n'y a pas d'autres Lumières classiques, avec leurs libertés de conscience… où la littérature convoquée par le président n'est pas une mauvaise idée, si elle n'était pas torpillée par le déni, par vice de pragmatisme (le pape François n'arrête pas de récriminer contre la paganisation).

Bible (étymologiquement : les livres) ou littérature, c'est toujours religion du livre. Les livres, c'est autre chose. Mais c'est l'erreur de nos aïeux républicains, qui firent du panthéon un mausolée. C'est l'erreur d'Emmanuel Macron, qui se targue d'être en décalage d'une ou deux générations sur ses copains de classe.

 

 

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*L'Inde ne fait figure d'exception qu'au titre de la colonisation qui l'avait infériorisée. Sinon on comprendrait mal comment la Mongolie, annexée par la Chine jusqu'en 1911 et qui n'a pas de grand développement économique, est aussi bien placée.

 

 

 

 

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