Les limites de la la´citÚ

par Kookaburra
samedi 15 janvier 2011

En France, par rapport aux autres pays européens, la laïcité apparaît comme l'adversaire de la religion catholique, et de cette opposition naît l'impression que la laïcité est une alternative à la religion. Depuis que l'Eglise a accepté le principe de la séparation des pouvoirs, la laïcité française se cristallise essentiellement autour de l'islam et les populations musulman, mais puisque ce fait est politiquement inavouable, on a préféré s'habiller d'une apparence impartiale en désavouant nos origines chrétiennes et en soumettant toutes les religions aux mêmes restrictions, notamment l'interdiction des signes "ostentatoires". Sont aussi tombées sous cette interdiction un nombre de nos traditions comme l'arbre de Noël ou la crèche sur la place du village, ou des illuminations "Joyeux Noël" et autres références bibliques. C'est à peine si on tolère le port d'une petite croix à la gorge, comme si l'on habitait un pays musulman où, effectivement, tout symbole du christianisme est interdit, pendant que les signes ostentatoires de l'islam sont obligatoires. C'est une interprétation radicale du concept de la laïcité qui renie, en même temps, notre héritage judéo-chrétien, que d'autres considèrent comme le socle de notre civilisation. En effet, cette laïcité "dure" entraîne un appauvrissement de nos connaissances. Sans connaissance de la religion une bonne part de notre patrimoine reste inaccessible. La peinture , l'architecture, la musique étaient, jusqu'à l'époque moderne, essentiellement religieuses, et sans une certaine familiarité avec la religion toute ce patrimoine reste hermétique. D'autre part, une connaissance objective des textes saints est une protection contre le fanatisme, un rempart à l'ignorance, matrice des intégrismes. L'interprétation de la laïcité comme rejet de la religion ou comme l'athéisme, laisse un vide spirituel, vite rempli par d'autres idéologies, car il est dans la nature de l'homme de chercher un sens à la vie, et cette interrogation, naturelle et incontournable, peut égarer l'individu dans toutes sortes de fanatismes.

En mars 2002, Régis Debray remettait à Jack Lang, ministre de l’Éducation nationale une douzaine de recommandations devant permettre une approche raisonnée des religions comme faits de civilisation. La place de l’étude du fait religieux dans les programmes scolaires (de la classe de sixième à la classe de troisième) est donc matière à débats : certains courants laïques craignent la réintroduction de l’enseignement religieux par ce biais tandis que d’aucuns parmi les cléricaux regrettent que ce n’en soit pas un.

En théorie, on pourrait justifier un statut particulier pour le christianisme en Europe en tant que héritage culturel et socle commun des peuples européens. La question se posait lors du débat sur la Constitution en 2005. Mais au lieu de choisir la vérité historique et souligner le rôle du christianisme dans l'édification de la civilisation européenne, le gouvernement français a préféré l'ignorer. La réticence à reconnaître l'héritage chrétien de l'Europe est dû à une certaine prudence politique, et des considérations électoralistes ne sont peut-être pas étrangères à cette timidité.



Dans les pays musulmans le concept de laïcité est inacceptable parce que, justement, la religion doit déterminer les affaires publiques et ne peut pas être une affaire privée. Même le concept de démocratie est difficilement compatible avec l'islam, comme dans la République islamique d'Iran, où la jurisprudence se base sur les lois religieuses, se rapprochant ainsi à une théocratie. Dans la plupart des pays musulmans le droit repose sur les lois divines. Les chrétiens qui vivent depuis toujours dans ces pays acceptent mal de devoir se plier aux lois islamiques telles que le port du voile, la ségrégation des sexes, l'interdiction de l'alcool etc., et leur résistance à ces contraintes est perçue comme une provocation. Dans un pays musulman, selon les principes islamiques, on est né musulman, et abjurer sa foi est un acte contre-nature ou de haute trahison, punissable par la peine de mort. Un trait commun caractérise les pays à majorité musulmane : en sont citoyens avec l’intégralité des droits afférents uniquement ceux qui professent la religion dominante. Les confessions minoritaires sont, au mieux, tolérées, au pire, regardées comme un danger pour la cohésion sociale. Même dans les pays où le christianisme est autorisé en théorie, dans la pratique les chrétiens se trouvent sous surveillance, traités comme un corps étranger. Au Kosovo, malgré les grands discours officiels sur le Kosovo multiethnique, la vérité est que le pays est un Etat de plus en plus monoethnique et une société monoreligieuse : en dix ans, 150 sites sacrés chrétiens ont été détruits ou endommagés. Certains de ces lieux avaient survécu à des siècles d'occupation ottomane et à deux guerres mondiales. Pour la première fois depuis l'Antiquité, les chrétiens risquent de disparaître d'une terre européenne.

Dans la plupart des pays occidentaux la conception de la laïcité est moins radicale qu'en France. Les constitutions établissent la séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais le plus souvent il y a quand même une référence à Dieu. A l'école publique il y a généralement une instruction religieuse, mais le droit des parents sur l'éducation morale et religieuse de leurs enfants est respecté.
En Allemagne la constitution fait référence à Dieu et l'Etat récolte des impôts ecclésiastiques avec les impôts sur le revenu (prélevés à la source). Une instruction religieuses facultative est offerte à l'école publique.
En Espagne le catholicisme est enseigné dans tous les écoles comme matière facultative, mais l'élève peut choisir une autre confession.
En Italie la constitution affirme que "les principes du catholicisme font partie du patrimoine historique du peuple italien", et le catholicisme est enseigné dans les écoles publiques.
Aux Etats-Unis la religion est séparée de l'Etat par le premier amendement de la constitution. Ni dans la constitution ni dans la Déclaration des Droits, les deux textes fondateurs de la République américaine, se trouve une référence à Dieu. Si les références à Dieu sont courantes dans la pratique, la définition de Dieu auquel se réfère l'Etat est pensée comme le Dieu commun à toutes les religions et donc comme un lien social. En évitant de préciser un Dieu ou un culte précis les fondateurs des Etats-Unis ont attiré dans le pays de nombreux immigrants très religieux, souvent persécutés dans leurs pays d'origine : mennonites, baptistes, amishs, quakers, juifs etc. La forte religiosité américaine est la conséquence de cette immigration.

En France la question de l'enseignement laïque et non-prosélyte du fait religieux reste ouverte. Ce qui est en jeu est une ignorance totale de deux millénaires de christianisme, une ignorance qui est aussi une fragilité susceptible d'être influencée par des sectes ou par une religion totalitaire.

On constate que dans tous les pays on fait l'erreur de confondre ou de ne pas distinguer entre religion et foi, entre christianisme et catholicisme, et entre savoir et croyance. Dans les pays de culture occidentale, et donc avec des racines gréco-judéo-chrétiennes, une connaissance de la religion chrétienne devrait faire partie d'une éducation générale. Cela pourrait aussi prendre la forme d'un enseignement comparatif des religions.


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