Porté disparu
par Phileas
mardi 10 avril 2007
Ca commence comme un film de Costa-Gavras : un petit garçon tibétain âgé de 6 ans, Gendhun Choekyi Nyima, disparaît ainsi que ses proches, le 17 mai 1995. Certaines rumeurs laissent à penser qu’ils ont été kidnappés et emmenés à Pékin. A compter de ce jour tragique et comme dans tous pays où la dictature règne en maître, ce petit garçon n’est jamais réapparu.
Le 25 avril prochain, Gendhun aura 18 ans et restera dans l’histoire des nations comme étant le plus jeune prisonnier politique du monde, victime de violations de la liberté religieuse et de violations des droits de l’enfant.
Pour comprendre à quel point cet
enfant a fait peur à l’envahisseur chinois, il faut remonter au 14 mai
1995, jour de sa reconnaissance par le dalaï-lama comme le 11e panchen-lama. Le panchen-lama est le deuxième plus haut chef spirituel du
bouddhisme tibétain Guélougpa (école dite des bonnets jaunes).
L’origine du mot Panchen est la combinaison de deux mots "pandita", qui
signifie "érudit" en sanscrit et "chen-po", qui signifie "grand" en
tibétain. Panchen se traduit donc par "grand érudit". Lama signifie
"maître spirituel". Le panchen-lama est considéré comme une émanation
du Bouddha Amitabha "de lumière infinie" e
Le 28 janvier 1989, dans son monastère de Tashilhunpo, à Shigatsé au Tibet, le dixième panchen-lama, Lobsang Trinley Lhundrup Choekyi Gyaltsen, meurt d’une crise cardiaque, à l’âge de 50 ans. Les Tibétains disent qu’il a été empoisonné quelques jours après son discours historique critiquant la politique chinoise et affirmant sa loyauté envers le dalaï-lama. Le panchen-lama avait notamment déclaré que le progrès apporté au Tibet par la Chine ne saurait compenser la somme de destructions et de souffrance infligée au peuple tibétain. Après sa disparition, le Parti communiste chinois chargea Chadrel Rimpoché, le responsable du monastère du Tashilhunpo, croyant qu’il leur était favorable, de trouver la réincarnation du panchen-lama. Le dalaï-lama propose à Pékin de dépêcher une délégation de hauts dignitaires religieux pour "assister" Chadrel Rimpoché. Mais l’offre est rejetée par la Chine qui la qualifie de "superflue". Le dalaï-lama et les autorités tibétaines commencent à organiser les recherches pour trouver sa réincarnation suivant les traditions tibétaines. Au Tibet, Chadrel Rimpoché retient trois enfants aux qualités remarquables. Parmi eux, le petit Gendhun Choeky Nyima, fils de nomades tibétains. Chadrel Rimpoché informe une équipe envoyée clandestinement au Tibet par le dalaï-lama. Le 14 mai 1995, après avoir étudié les différents candidats, il est officiellement reconnu par le dalaï-lama comme étant le onzième panchen-lama. Trois jours plus tard, Chadrel Rimpoché, lui, est immédiatement arrêté et emprisonné pour avoir informé le dalaï-lama, et Gendhun disparait ainsi que sa famille. Ce n’est qu’un an plus tard que Pékin avouera détenir le petit garçon.
En 1996, son cas fut examiné par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU et les autorités chinoises ont admis pour la première fois avoir "pris l’enfant pour sa sécurité". Le Comité a demandé à rendre visite à Gendhun, mais les autorités chinoises n’ont pas donné suite à cette requête. Le dossier n’a pas avancé depuis lors. Aujourd’hui, Gendhun serait toujours détenu par les autorités chinoises. Une alerte " Amber " mondiale a d’ailleurs été lancée par le monastère Tashilhunpo (siège en exil en Inde du panchen-lama) et une récompense est offerte à toute personne fournissant une information susceptible de localiser et d’entrer en contact avec le jeune garçon.
La Chine refuse toujours de fournir des informations sur l’endroit où il se trouve. Malgré des demandes répétées de la communauté internationale, des observateurs indépendants n’ont pas pu obtenir d’accès au panchen-lama, pour voir s’il est en bonne santé et s’il reçoit une éducation appropriée. Au Tibet, la photo de Gedhun Choekyi Nyima est interdite et les Tibétains n’ont pas le droit de lui rendre hommage.
En annonçant le nom de l’enfant, le dalai-lama en appelait au gouvernement chinois pour qu’il élargisse sa compréhension, sa coopération et son assistance "afin de permettre au jeune Gendhun de recevoir l’éducation religieuse lui convenant et d’assumer ses responsabilités spirituelles". Au cours des dernières années, le dalaï-lama a fait un maximum d’efforts en vue d’arriver à une solution acceptable pour les deux parties concernées par le problème du Tibet, dans un esprit de réconciliation et de compromis. Cette approche qui est celle de la "voie du milieu" vise avant tout à garantir au Tibet une véritable autodétermination. Il est à regretter que le Chine ait rejeté chacune des initiatives de gouvernement tibétain en exil, en vue d’un règlement pacifique et négocié de la question tibétaine. Récemment le gouvernement chinois déclarait : "La lutte entre nous et la clique du dalaï-lama, ne concerne pas la question de la liberté religieuse et de l’autonomie. C’est un combat entre nous et l’ennemi".
Alors que la Chine a pendant longtemps dénoncé le bouddhisme tibétain et son système de réincarnations comme étant "féodal" et "réactionnaire", le régime athée semble plus que désireux d’abandonner sa position antireligieuse virulente dans le cas du panchen-lama car, fait sans précédent dans l’Histoire, la Chine a désigné un autre enfant, fils d’un membre du Parti communiste chinois, pour le manipuler à des fins politiques. En désignant leur propre panchen-lama, la Chine a politisé les questions purement religieuses.
Le mépris de la Chine pour
les sentiments religieux du peuple tibétain, tel qu’il ressort de leur
attitude autoritaire vis à vis de la reconnaissance du panchen-lama,
manifeste la vraie nature de leur dictature au Tibet. La réalité
d’aujourd’hui c’est que le Tibet est un pays occupé par une puissance
coloniale.
Le dalaï-lama a déclaré un jour : "Je crois véritablement que les individus peuvent faire la différence dans la société. Il appartient à chacun de nous d’utiliser au mieux son temps pour aider à créer un monde plus heureux."
Tibet Info a lancé une opération de bougies virtuelles : des milliers de bougies ont été allumées dans plus de 125 pays afin d’accompagner en pensée le jeune Gendhun : pour allumer la vôtre, cliquez ici ! Car au-delà de la question politique et religieuse, il s’agit d’un enfant que la Chine a privé de liberté depuis plus de dix ans, sans que l’on sache le sort qui lui a été réservé durant toutes ces années. Et ça, c’est inacceptable !
Pour plus d’informations sur le panchen-lama, cliquez ici !