Une enquête sur l’après-vie, la médiumnité et les réalités voilées de l’âme

par Bernard Dugué
mercredi 21 février 2018

 Ce texte est une recension du livre écrit par Laurence de la Baume et paru aux éditions Massot dont le titre est : « va par où tu ne sais pas… »

 

 

§ 1. Le monde ne réduit pas à ce que l’on peut voir et entendre avec nos sens. Il existe des réalités cachées, connues depuis l’Antiquité par les sages et autres prêtres ayant œuvré dans les anciennes civilisations. La science dite matérialiste et cartésienne s’est toujours refusée à regarder ces réalités avec bienveillance, malgré l’accumulation de témoignages sur diverses expériences vécues et sortant du cadre empirique conventionnel, que ce soient les expériences de mort imminente, les communications médiumniques, les clairvoyances prémonitoires ou encore les expériences de détachement corporel. C’est après une de ces expériences que la journaliste Laurence de la Baume a entrepris une enquête sur quelques personnalités remarquables connues pour avoir étudiés ces phénomènes sortant du cadre spatiotemporel ordinaire.

 

Cette histoire a commencé lorsque Laurence a rencontré en vue d’un reportage, cette année 1996, Mud, chaman aborigène, auteur d’un livre remarqué sur sa culture, ses ancêtres. Il fallait auparavant convaincre Pierre-André Boutang, en charge des émissions culturelles pour la chaîne Arte et co-fondateur du magazine Métropolis. Lors de l’interview, Mud raconta que son peuple l’avait missionné pour parler de sa culture et ses origines et faire connaître au monde moderne l’histoire d’une société aussi vieille que les peintres de Lascaux. C’est en rentrant à son domicile que Laurence de la Baume ressentit un étrange malaise, nausée, énergie vacillante, vision dédoublée avec une partie de l’âme en dehors du corps. Cette expérience fut une métamorphose. Au terme du processus, une vision inédite du monde s’est révélée. Cette transformation n’a rien d’unique, elle a été constatée par nombre de témoins spirituels de notre temps comme Eckart Tolle. Le concept d’Ereignis tracé part Heidegger décrit aussi un regard inédit sur le monde avec une perception aigüe de la vérité et une conscience élargie du temps.

 

§ 2. Suite à cette expérience commence un périple à travers le monde raconté à la manière d’un jeu de piste par Laurence. Son ami Paul avait laissé traîner le lendemain de son expérience un ouvrage écrit par Satprem, proche de Aurobindo, exilé dans un ashram et dont les récits sont appréciés dans les cercles ésotéristes et new age après le virage des sixties. Intriguée par ce livre, Laurence ressentit une sortie de connivence spirituelle et saisit l’occasion pour une virée en Inde à la rencontre de Satprem, séjour dont résultera une émission sur Arte produite avec une rapidité étonnante, malgré quelques réticences. Il faut dire que la France est l’un des pays les plus réfractaires face aux témoignages d’expériences non ordinaires dont le déroulement échappe au temps et à l’espace des récits quotidiens. Malgré ces obstacles, Laurence a poursuivi son enquête sur les scientifiques et acteurs de ce paradigme nouveau qui en vérité est ancien. La seule nouveauté étant que la science découvre les réalités cachées accessibles aux mystiques et initiés en retravaillant les concepts et les détails permettant d’expliquer d’une manière inédite les expériences non ordinaires. La science et la spiritualité se complètent, mais le dialogue n’est pas évident car il manque un « logiciel » permettant de traduire les concepts scientifiques en concepts existentiaux, ou à défaut, d’établir des correspondances entre le monde des expériences non ordinaires et un monde plutôt matériel exploré par la science contemporaine.

 

§ 3. Comme l’indique le titre du livre, l’impératif est d’aller où l’on ne sait pas ce qu’on va trouver et c’est cette quête que nous raconte Laurence avec un talent de romancière attentive aux détails importants qui font sens dans ce domaine étrange où se croisent diverses tentatives pour expliquer ce qui échappe du cadre cartésien ou alors partager des récits et des vécus que des esprits ouverts ont tenté de comprendre en sortant des cadres limités de la psychologie conventionnelle. Ce voyage dans l’étrange nous fait rencontrer des personnalités aux approches originales et diversifiées. La figure tutélaire de cette odyssée dans le monde voilé, c’est Ervin Laszlo, explorateur des dossiers akashiques et penseur reconnu de la systémique, avec de multiples casquettes et notamment la création du club de Budapest pour prolonger les réflexions sans doute trop matérialistes du club de Rome. Et c’est ici que se dessine l’intérêt de ce récit dans lequel Laurence tente de chercher à la fois des explications sur son vécu non ordinaire tout en espérant trouver des personnes ayant expérimenté des voyages dans l’univers des informations ou écouté ceux qui ont témoignés de ces expériences. Invitée par Ervin et son épouse dans leur résidence de Toscane, Laurence nous fait connaître un personnage fascinant qui n’a cessé de parcourir le monde et de rencontrer les acteurs majeurs de la pensée systémique afin d’œuvrer pour partager les connaissances sur l’esprit et favoriser l’émergence d’un monde plus serein.

 

§ 4. On peut penser que ces expériences et phénomènes ne concernent que quelques personnes mais c’est la réalité est autre car si vous discutez avec vos proches, vous avez de grandes chances d’entendre des témoignages aussi étranges que ceux qui sont racontés dans ce livre qui saura réconforter les hommes et femmes de notre temps dont le parcours a été marqué par des phénomènes sortant des cadres conventionnels. Ou alors des vécu non ordinaires, ce qui est différents. Entre voir des tables tourner et voir par-delà les sens, il y a une grande différence. Alors que se dessine un schisme entre les scientifiques fermés à ces événements et ceux qui sont curieux, ouverts et que Laurence a rencontrés pour compléter l’exposition de ces phénomènes de l’âme ou en s’essayant à fournir quelques explications, notamment en utilisant les étranges propriétés de la nature dévoilées par la mécanique quantique.

 

Les nombreux chapitres de cet improbable périple dans l’univers surnaturel traduisent l’étendue de la diversité des expériences ainsi que la pluralité des approches, cliniques, philosophiques, physiques ou même théologiques. D’un côté savants et philosophes tentent d’expliquer ces étranges phénomènes vécus par les âmes et de l’autre, ces âmes témoignent directement. Après Satprem, Laurence nous invite à rencontrer Pim van Lommel, qui de sa position de cardiologue clinicien, a pu étudier quelques patients ayant effectué un voyage extrasensoriel en côtoyant la mort ou bien suite à un coma. Les témoignages se répètent. Les revenants de l’outre-monde voient le monde sous un regard nouveau, avec une sérénité et parfois une clairvoyance produite par une conscience élargie qui ne craint plus la mort.

 

Après l’Inde, les Pays-Bas, l’Italie, le voyage se poursuit en Allemagne, dans un laboratoire isolé en pleine campagne dans lequel s’affairent des scientifiques sous la direction de Fritz-Albert Popp, biologiste de renom mais controversé pour avoir étudié les phénomènes électromagnétiques au sein même du vivant. Une fois de plus, un personnage affable nous est présenté. Popp a consacré ses recherches à traquer les biophotons qui pourraient correspondre aux lumières mystiques mais ce n’est pas le cas car ces photons sont les mêmes que ceux de notre monde visible. Il n’en reste pas moins que la lumière est essentielle à la vie, comme l’est la molécule d’eau. La vie est communication.

 

Hantée par le souvenir de Mud, Laurence n’a cessé d’être fascinée par ce monde des expériences non ordinaires et s’envole en Californie, pour y rencontrer Stanislas Grof, psychologue lui aussi controversé, dont les travaux ont percé les secrets de la mémoire des âmes depuis le traumatisme de la naissance, en usant parfois de substances « éclairantes » comme le LSD. Ce récit m’a rappelé la lecture il y a trente ans d’un ouvrage de Grof paru aux éditions du Rocher. L’âme humaine contient plus d’informations que l’on ne peut imaginer, même avec une imagination débordante. Le périple se poursuit avec cette fois une seconde rencontre avec le monde des NDE et des communications avec l’autre monde sous l’égide du père François Brune dont la vie a été consacrée à l’étude des âmes décédées et dont on peut trouver quelques témoignages dans un livre sur les NDE paru il y a quelque 25 ans.

 

§ 5. Le livre s’achève avec une entrevue auprès de Georges Smoot, prix Nobel de physique mais guère convaincant car tributaire d’une cosmologie approximative avec sa matière noire et son big bang qu’il est difficile de mélanger avec le monde de l’âme et des NDE. Place ensuite aux étonnantes réflexions du physicien Philippe Guillemant dont les expériences ont livré une étonnante vision du Temps qui au bout du compte, n’a rien de neuf depuis les recensions des sages et autres mystiques. Toutes ces réflexions offrent un regard particulier sur les informations cachées dans l’univers et le monde des âmes. Chaque regard constitue une des pièces du puzzle universel. La physique a son mot à dire mais il faut être prudent et savoir différencier les processus du monde caché et ceux de notre monde sensoriel. Il faut notamment éviter le piège que tend l’holographie comme technologie issue de la mécanique quantique et l’autre holographie, elle gravito-quantique et partiellement dévoilée avec la dualité AdS/CFT et sans doute connue des sages de l’Antiquité. Le graal se situe quelque part autour de la gravité quantique.

 

Le public instruit et les honnêtes hommes du 21ème siècle sauront tirer des enseignements et des éclairages en parcourant le livre de Laurence de la Baume dont la lecture est agréable car il est écrit comme un roman avec un regard bienveillant et apaisé porté sur ces explorateurs de l’étrange qui nous laissent entrevoir d’autres perspectives que celles du monde matériel en agitation permanente parcouru par les informations profanes, la plupart sans intérêt

 


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