Covid-19 : Les pestiférés

par Mizaru
samedi 18 septembre 2021

A l’heure où la loi sur l’obligation vaccinale est entrée en vigueur pour certaines professions, provoquant un vif débat, il est important de se rappeler cette année 2020 pendant laquelle les soignants, les pompiers et de nombreux corps de métiers se sont dépensés sans compter pour aider la population à passer cette période difficile. Nous devons avoir beaucoup de respect pour toutes ces personnes, et ce respect ne doit pas être conditionné au statut vaccinal de chacun.

La plupart des études scientifiques publiées durant l’année 2020 sur les taux de transmissions parmi les soignants (HCW) et les équipements de protection (PPE), alors qu’il n’y avait pas de vaccins, ont montré que le taux de positivité des soignants se situait entre 1 et 4%, avec quelques pics à 10 ou 15% au mois de mars, période à laquelle les soignants devaient réutiliser plusieurs fois leurs masques ou se protéger avec des sacs poubelles. Même les études portant à la fois sur les soignants et sur leurs foyers ont montré que très peu d’entre eux avaient contaminé leurs proches. Cela signifie que même avec peu de moyens, les soignants ont fait tous les efforts et ont pris toutes les précautions possibles pour se protéger et protéger leurs patients et leurs proches.

Alors, avant de défiler dans les médias pour parler d’éthique et cracher leur mépris sur ces soignants qui ne veulent pas se faire vacciner, les membres du gouvernement devraient se demander combien de personnes ils ont contaminé en obligeant des soignants positifs à aller travailler équipés de sacs poubelles ou de masques usagés. Combien de patients qui étaient présents à l’hôpital pour d’autres raisons ont attrapé le Covid à cause de ces décisions ? Combien d’entre eux ont fini en réanimation ? Et combien n’ont pas survécu… ? On ne le saura probablement jamais, et on peut comprendre qu’une crise impose souvent de prendre des décisions difficiles, mais avant de jeter la pierre à qui que ce soit et de traiter des gens comme des pestiférés, peut-être serait-il bon que chacun fasse son auto critique et évite de jouer les petits chefs autoritaires. Ce n'est pas digne d'un homme ou d'une femme politique.

Et pour les médecins médiatiques qui vomissent à longueur de journée sur les soignants qui ne sont pas vaccinés, souvenez-vous de cette année 2020 où ces soignants devaient lutter sans compter leurs heures contre la maladie, avec des protections de fortune pour ne pas se contaminer et protéger leurs patients. Vous avez lutté aux côtés de ces soignants, mais demandez-vous combien d’entre eux auraient aimé pouvoir faire comme vous et se réfugier sur les plateaux télés pour faire une pause, bien à l’abri de la pandémie. Vous rappelez-vous avoir juré de respecter le serment d’Hippocrate : « Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leur conviction… J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité… Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j’y manque ». Est-ce que les soignants et les pompiers sont des patients de seconde zone qui doivent être discriminés ? Est-ce qu’ils ne méritent pas votre respect de médecin malgré leurs convictions ? Ce sont des patients comme les autres, quel que soit leur origine et leur profession, avec leurs doutes et leurs faiblesses, et vous avez renié votre serment de les écouter, de les rassurer et de les protéger. Je ne comprends même pas comment des gens peuvent perdre du temps à vous menacer sur les réseaux sociaux car il serait incompréhensible que le Conseil de l’Ordre des Médecins ne prenne pas des mesures contre vous car vous déshonorez cette profession et ne méritez que le mépris des hommes.

Le débat sur l’obligation vaccinale chez les soignants est important, et la question doit être posée. On peut penser sur les soignants non-vaccinés ont une peur déraisonnée du vaccin et des effets secondaires. On peut penser que le scepticisme de ces personnes envers la science est incompréhensible au vu de leur formation. Je pense pour ma part que même si les études sérieuses montrent que le vaccin ne diminue le risque de transmission que de 40% contre le variant Delta, c’est préférable pour les personnes au contact des personnes fragiles d’être vacciné, que ce soit avec un vaccin ARNm ou un vaccin traditionnel. On peut tout penser et tous les avis sont respectables, mais personne n’a pas le droit de dire que les soignants, les pompiers et toutes ces personnes qui expriment des doutes sont égoïstes et ne se soucient pas des autres.

Parce que les études montrent que ce n’est pas vrai.


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