Enquête sur les systèmes de filtration de l’eau potable

par Pacaud
samedi 3 septembre 2011

Bonjour à toutes et à tous,

Ayant la chance d'être abonné à la lettre d'information payante du magazine QUE CHOISIR, j'ai récemment pu lire une étude datée du 23 août dernier sur les systèmes de traitement et de filtration de l'eau du robinet à la maison. Abonné et donc peut-être aussi privilégié, je souhaite toutefois vous faire partager mon résumé de cette étude qui me semble particulièrement utile à tout un chacun.

Tout d'abord, l'étude de QUE CHOISIR rappelle des tests effectués en 2010 sur des carafes d'eau filtrantes. Ces tests avaient démontré l'efficacité des carafes filtrantes en laboratoire aseptisé mais surtout leur inefficacité à traiter l'eau domestique en conditions réelles chez une trentaine de ménages équipés. QUE CHOISIR était parvenu à la conclusion que l'eau du robinet filtrée par différents modèles et marques de carafes "grouillait de microbes", ce qui rendait cette eau impropre à la consommation.

Avec sa nouvelle étude, QUE CHOISIR va plus loin et s'intéresse aux nombreux appareils destinés à traiter l'eau directement à domicile au travers de ses installations. QUE CHOISIR a donc réalisé des tests avant et après traitement de l'eau dans des conditions réelles d'usage afin d'évaluer l'efficacité quotidienne de différents adoucisseurs d'eau, osmoseurs, filtres à eau sur et sous robinet ainsi que des systèmes antitartre.

Voici donc mon résumé de cette étude :

Tout d'abord, on apprend que les consommateurs ayant répondu à l'appel de QUE CHOISIR et qui possèdent l'un des dispositifs de traitement de l'eau sont tous convaincus que leur eau du robinet est naturellement imbuvable ou trop chargée en polluants.

La qualité de l'eau du robinet étant un sujet passionnel, les motivations d'achat et d'équipement des foyers sont différentes. QUE CHOISIR annonce que "certains dispositifs inefficaces au vu des analyses en laboratoire sont plébiscités par leurs propriétaires" et "d'autres matériels sont appréciés alors qu'ils délivrent une eau de moindre qualité". Un des participants affirme même qu'il est "entièrement satisfait de son filtre qui élimine l'odeur de chlore et la pellicule sur le thé" alors que d'après des analyses, l'appareil en question n'a aucun effet ni sur le chlore, ni sur la dureté de l'eau.

Les principaux dispositifs de traitement de l'eau testés : 

L'adoucisseur d'eau. Son action consiste à enlever le calcium et le magnésium de l'eau et à le remplacer par du sodium pour adoucir l'eau. Inconvénient : les adoucisseurs qui fonctionnent avec des résines qui se saturent de calcium avec le temps doivent être régénérées par une eau très salée. Ce qui provoque des surconsommations d'eau et des rejets importants de saumure.

L'osmoseur. Son action consiste à purifier l'eau du robinet en enlevant beaucoup d’éléments de l'eau et tous ses minéraux grâce au passage de l'eau dans un filtre à charbon actif (autrement appelé "filtre à sédiments") pour capter le chlore puis les autres éléments indésirables et les minéraux lors de son passage à travers une membrane qui sépare l'eau purifiée de l'eau porteuse. Inconvénient : l'osmoseur consomme en moyenne 4 litres d'eau pour 1 litre d'eau osmosée et nécessite parfois l'ajout d'un adoucisseur en amont pour fonctionner uniquement avec de l'eau sans calcium.

Le filtre adaptable sur robinet ou sous évier. Son action consiste à éliminer les polluants comme les nitrates, le plomb, les pesticides et le goût de chlore. L'eau qui le traverse passe dans une ou plusieurs cartouches qui vont retenir les polluants sans pour autant déminéraliser l'eau. Inconvénient : il faut changer les cartouches régulièrement et il y a un risque de relargage des polluants dans l'eau filtrée.

Les résultats :

LES ADOUCISSEURS :

UFC QUE CHOISIR a étudié 11 cas adoucisseurs d'eau installés dans plusieurs foyers en France. L'étude montre que si l'eau est bien adoucie dans près de 90% des cas, leur utilité est mise en cause. En effet, l'adoucisseur serait utile pour une installation à domicile seulement si l'eau est vraiment dure, soit de 35°f (degrés français) ou plus. Or la dureté de l'eau potable en France est comprise entre 18 et 27°f et la législation française impose que l'eau soit distribuée "à l'équilibre calco carbonique ou légèrement incrustante" sans être pour autant agressive. Or c'est bien dans ce dernier état que l'eau du robinet ressort des adoucisseurs d'après les tests réalisés dans 8 foyers sur 11 par QUE CHOISIR.

Ce qui pose des problèmes car si l'eau adoucie n'entartre pas les tuyaux contrairement à l'eau calcaire, elle peut provoquer de la corrosion sur les canalisations ou perforer un ballon d'eau chaude. Par ailleurs il y a également des risques pour la santé car avec la corrosion, l'eau se charge en particules métalliques. Si l'eau se charge en fer, seul son goût et sa couleur pourraient être altéré mais si elle se charge en plomb, il y a alors un risque non négligeable sur la santé.

Ensuite, adoucir l'eau consiste à lui enlever le calcium et pas uniquement le calcaire entartrant. L'organisme humain trouve dans l'eau le calcium nécessaire sans apporter la moindre calorie supplémentaire. 
 
Problème : les adoucisseurs d'eau remplacent ce calcium par du sel durant leur processus de fonctionnement !
 
L'eau adoucie se retrouve alors particulièrement chargée en sel. A l'exception d'un foyer, les 10 autres adoucisseurs testés dépassent la norme référence en matière de potabilité fixée à 200mg/l. La dose maximale de sodium journalière préconisée de 500mg peut être donc largement dépassée, sachant que les autorités sanitaires recommandent de ne pas dépasser 6 grammes de sel par jour.

Enfin, l'étude nous apprend que les résines traversées par l'eau dans ces appareils constituent un milieu favorable au développement des microbes et bactéries.

Un bilan lourd pour les adoucisseurs : ils rendent l'eau agressive et n'améliorent pas sa qualité. Au contraire, ils la dégradent. Par ailleurs, l'étude indique que la cuisine ne doit pas entrer dans un circuit d'adoucissement, probablement afin de ne pas modifier ses caractéristiques et ne pas la charger en sodium.

LES FILTRES ET OSMOSEURS :

Parmi les dispositifs de traitement de l'eau du robinet, on trouve les filtres et osmoseurs. Contrairement aux adoucisseurs d'eau, ces appareils entendent purifier l'eau en la débarassant des nitrates, pesticides, plomb ou bien encore de l'odeur et du goût caractéristique de l'eau du robinet chlorée. QUE CHOISIR a donc testé 19 logements équipés de filtres ou d'osmoseurs. 

On y apprend que dans 8 des 19 logements testés, l'installation d'un système de filtration ou l'osmose de l'eau pour éliminer le chlore est inutile. En effet, les analyses effectuées n'ont pas détectée une teneur en chlore supérieure à 0,15mg/l en amont de la filtration ou de l'osmose de l'eau. 
Or à 0,15mg/l, le chlore est imperceptible. Par conséquent, QUE CHOISIR suggère de mettre l'eau du robinet pendant une heure au réfrigérateur pour ne plus avoir l'odeur de chlore.

En ce qui concerne les différents polluants, l'étude rapporte que la norme de potabilité pour la distribution d'eau étant scrupuleusement respecté, les filtres testés n'ont aucun impact sur le niveau de nitrates constaté dans l'eau. Les osmoseurs d'eau, s'ils réduisent la teneur en nitrates sont également actifs sur la réduction des pesticides. Mais leurs actions sont inutiles dans la grande majorité des foyers testés car la limite réglementaire de traitement de 0,1µg/l est également toujours respectée !

Pour ce qui est du plomb, si la réglementation a été récemment durcie (limite de 25µg/l au lieu de 50µg/l en 2003), l'eau du robinet respecte généralement les limites autorisés et seul 1 foyer sur 19 affiche une teneur très élevée en plomb (95µg/l). Ce qui fait figure d'exception, QUE CHOISIR ne mentionnant pas dans son étude l'âge et l'état de vétusté des canalisations pour ce logement.Pour ce qui est du traitement du calcaire et des minéraux, les filtres et osmoseurs déminéralisent trop l'eau du robinet comme les adoucisseurs. 

QUE CHOISIR note aussi que la prolifération des microbes dans chacun des dispositifs est réelle, y compris dans les logements qui cumulent les systèmes de traitement (ex : osmoseur et adoucisseur). Les cartouches des filtres, les membranes des osmoseurs, les résines des adoucisseurs sont autant de terrains propices au développement des germes.

Enfin, il existe un phénomène de relargage sur les filtres et osmoseurs fonctionnant à l'aide de cartouches contenant du charbon actif qui retiennent les polluants. Après un certain temps d'utilisation ou lorsqu'ils arrivent à saturation, il existe un risque de relargage des substances polluantes dans l'eau traitée.

Conclusion :

Cette étude particulièrement instructive est riche d'enseignements. Pour QUE CHOISIR, on peut se passer de tous ces dispositifs. Il n'y a pas de traitement possible de l'eau du robinet qui combine efficacement l'élimination des polluants de l'eau et la juste minéralisation de l'eau.

Pour ma part, je crois comprendre après la lecture de cette étude, que les dispositifs de traitement de l'eau du robinet resprésente un business à part entière qui trouve ses racines (et par conséquent, fonde ses arguments marketing !) sur les craintes et inquiétudes des individus face à une qualité de l'eau du robinet toujours plus décriée. 

Pour s'en apercevoir, il suffit simplement de regarder l'actualité chaque jour : pollutions de l'eau aux médicaments dont on ne trouve toujours pas de solutions de traitement pour endiguer le phénomène, pollutions de l'eau à l'aluminium à Bordeaux qui pourrait prendre des années à traiter, aux solvants à Foix ou aux turbidités à Royan pendant la période estivale... Oui, nos tuyaux méritent probablement mieux qu'une eau constamment polluée. A vrai dire, nous aussi. Mais comme l'avis donné par l'étude, je crains que la solution ne réside pas dans ces appareils de traitement de l'eau. Ils sont souvent coûteux et ne permettent pas d'obtenir une eau pure et saine en toute circonstance pour la santé.

Lire l'article complet, et les commentaires