La stérilité volontaire… un acte égoïste, citoyen ou écologique ?

par Alex
lundi 28 janvier 2019

La stérilité volontaire…un acte égoïste, citoyen ou écologique ?

 

 

La stérilité volontaire, c’est simplement la démarche de se faire opérer pour ne pas ou ne plus avoir d’enfants, que cela soit aussi bien du fait de l’homme ou de la femme.

L’accès à la stérilisation volontaire est encore difficile, alors que l’acte est autorisé par la Loi en France depuis 2001.

L’idéologie du corps médical français à l’égard de la sexualité et la mort a toujours été réactionnaire. On le voit bien avec l’avortement et surtout, l’euthanasie. Le caractère irréversible de l’acte effraie.

La seule condition préalable est d’être majeur et de s’octroyer un délai de réflexion de 4 mois entre la demande et sa confirmation auprès du médecin qui pratiquera l’intervention, et ce sans condition d’âge ou de nombre d’enfants.

Hélas, face à des choix qui ne sont pas compatibles avec leurs idées, des blouses blanches ont tendance à porter des jugements moraux sur leurs patients, en lieu et place de les accompagner dans leurs décisions face à une maladie ou à un choix de vie en les informant des bénéfices-risques encourus.

Lorsqu’une femme vient avec le désir de ne jamais avoir d’enfant, l’affrontement est souvent épique. A celle qui n’en veut pas plus, on lui suggère qu’elle pourrait changer d’avis avec un nouveau partenaire, après un divorce, par exemple.

Les hommes ne sont pas mieux reçus : c’est à la virilité même que l’on touche. C’est une faillite boursière !

Précisons bien que toutes ces personnes sont majeures et en principe libres de faire ce qu’elles souhaitent de leur corps et donc de leur capacité à enfanter, sans devoir en débattre avec l’extérieur. Aucune loi n’oblige en Europe – et ce depuis l’effondrement du III Reich - le citoyen à offrir une progéniture à la nation.

A une France républicaine et maçonnique, s’oppose toujours un certain courant catholique qui veut que la femme ne s’accomplisse pleinement qu’à travers la maternité. Une femme stérile est considérée comme un vase mort, une femme sans enfant est suspecte.

L’entourage proche n’encourage généralement pas ce type de démarche, au contraire, il œuvre plutôt dans la dissuasion.

 

Des profils divers

 

Ce sont les femmes qui demandent le plus la stérilisation. L’homme demeure toujours fragilement en retrait, alors que l’opération est plus facile et comporte moins de risques.

Elles sont de tous les âges et de tous les milieux. Certaines ont dû déjà pratiquer une IVG suite à un accident de contraception, et ne veulent plus que cela se reproduise. Les jeunes mères ayant déjà plusieurs enfants sautent aussi assez aisément le pas. Certaines femmes n’ont pas eu d’enfant et sont totalement résolues à ne jamais en avoir.

 

Une solution contraceptive insuffisante

 

A ceux qui viendront opposer l’argumentaire qu’il existe divers moyens de contraception, on pourrait répondre que ceux-ci sont d’une efficacité toute relative, et aussi à quoi bon continuer avec des méthodes provisoires alors qu’il existe un acte définitif relevant d’un choix définitif.

La première pilule oestroprogestative a été mise au point en 1955 et légalisée en France en 1967.La pilule contraceptive est encore aujourd’hui loin d’être un bénéfice pour beaucoup de femmes. Jouer avec les hormones, c’est jouer avec la santé. En outre, on n’est pas à l’abri d’un oubli. Plus d’un beau poupon est issu du ventre d’une mère étourdie. Il y a aussi le risque d’interaction, peu connu, comme avec le millepertuis. Bien entendu, la plupart des gynécologues, qui prennent la naturopathie et l’homéopathie pour de la pure fantaisie n’en font pas mention. Il ne leur viendrait pas à l’idée qu’une petite plante puisse agir, de quelque façon que ce soit. Il faut également tenir compte de l’interaction avec d’autres médicaments.

Mentionnons qu’il existe une pilule progestative microdosée qui ne contient pas d'œstrogènes. Cette micropilule présente généralement moins d'effets secondaires que la pilule combinée. Elle n’est pourtant pas innocente : elle peut provoquer des saignements irréguliers et des aménorrhées, ainsi qu’entraîner des maux de tête et des migraines. Attention aussi à la diminution de la libido, aux troubles de l’humeur.

Bonne nouvelle : les scientifiques américains planchent sur une pilule à base de plantes issues de la médecine chinoise et de lupéol (présent dans les mangues ou olive, par exemple), pour une contraception naturelle.

Le DIU (dispositif intra-utérin) ou stérilet est assez fiable, mais il peut bouger, voire déchirer la paroi utérine. Chez les femmes n’ayant jamais eu d’enfant, il peut être difficile de le poser.

                                      

Le stérilet hormonal, par définition, libère des hormones. On en revient en grande partie au problème de la pilule.

Le diaphragme est d’une efficacité douteuse.

La contraception hormonale pour l’homme existe sous forme d’injection d’énanthate de testostérone pour diminuer la production de spermatozoïdes, avec tous les effets secondaires que cela comporte. Généralement, monsieur préfère encore se faire couper les boules…

Le préservatif peut craquer (jusqu’à 15% de chance), et avouons que pour une relation longue durée, ce capuchon n’a rien d’emballant. Il se rappelle à nous plutôt pour nous protéger des MST que d’une grossesse non désirée.

                                       

Il y a la bonne vieille méthode naturelle du retrait. Jugé à tort peu fiable, car dans un cas sur cinq une grossesse se déclarerait. De plus, chez beaucoup de femmes, demeure cette petite angoisse de la goutte précoce (liquide pré-séminal) qui viendrait tout gâcher, et elles ne se concentrent pas totalement sur le plaisir de la relation.

Cependant, les méthodes de stérilisation sont, toutes méthodes incluses, jugées un peu moins efficaces avant 30 ans qu'un DIU (stérilet au cuivre), un SIU (Mirena) ou un implant hormonal (Nexplanon).

 

L’ombre des stérilisations forcées

 

On sait tous que l’Allemagne nazie a imposé à une certaine classe de gens, au nom d’une démarche eugéniste, une stérilisation forcée. Elle est loin d’être la seule, ce fut le cas dans beaucoup d’états.

On oublie souvent que les populations décrétées « socialement indésirables » aux Etats-Unis dans les années vingt ont subi les mêmes sévices.

En France-même, la stérilisation était imposée aux personnes souffrant de maladies mentales, jusque dans les années cinquante, et aux personnes handicapées jusque dans les années 90.

A diverses époques et au sein de diverses nations, les handicapés, mais aussi les pauvres ou les alcooliques ont été contraints à renoncer à leur pouvoir d’engendrer la vie.

Aujourd’hui, contrairement à une croyance populaire, une personne handicapée ne peut être stérilisée, sauf si un juge autorise la procédure après avoir, si possible, entendu la personne elle-même.

 

Un caractère pas si définitif que ça

 

Les trompes clippées pendant l’opération dite de ligature ou obturées par la méthode Essure peuvent être réparées, mais sans résultat garanti. Il en va de même pour les déférents sectionnés lors de la vasectomie. Dans les deux cas, on évalue à une chance sur deux seulement de pouvoir à nouveau se reproduire. La demande de reconstruction est cependant très rare, c’est dire si le choix est arrêté.

Mais on oublie qu’il y a toujours la possibilité de congeler des spermatozoïdes, qui pourront parfaitement servir en cas de revirement de situation ou d’idée. Il n'est pas nécessaire pour la femme de conserver les ovocytes puisque l'ovaire n'est pas altéré par une ligature ou la méthode Essure.

 

Celles qui ne veulent pas être mère

 

Le refus d’enfanter est si puissant que ces femmes décident de se faire stériliser, et ce peu importe leur âge ou leur situation. Souvent, elles ont ressenti ce manque d’attrait pour la maternité depuis le plus jeune âge et dédaignaient les poupées poupons qu’on inflige encore trop souvent aux petites filles.

Certaines ne veulent pas abîmer leur plastique et de toute façon n’aiment pas les gosses, d’autres redoutent les longs mois de gestation suivis d’un accouchement qui n’est généralement pas décrit comme une pure partie de plaisir. Il y en a aussi qui considèrent qu’il y a suffisamment d’enfants dans le monde. Un monde difficile de surcroît. Ce qui nous mène tout droit du « childfree » à l’antinatalisme…

 

L’antinatalisme ou malthusianisme

 

Il faut distinguer le désir personnel d'avoir des enfants ou non et le fait de prôner que la société en générale - ou l'humanité entière - se reproduise moins, voire plus du tout. Lorsqu’on évoque l’antinatalisme, il s’agit de défendre le droit de ne pas naître et le droit à la stérilisation volontaire.

Les membres - lesquels ont généralement une vision très pessimiste du monde dans lequel nous vivons - s’engagent contre la procréation de l’humanité. Pour eux, l’intérêt primordial de l’enfant serait de ne pas voir le jour dans un monde aussi tragiquement douloureux que le nôtre. Procréer est vu comme une barbarie. Par conséquent, le premier droit de l’Homme devrait être de ne pas naître.

La surpopulation est aussi évoquée comme principal facteur d’éradication de la biodiversité, dévoilant ainsi une démarche écologiste.

Les militants partent du postulat que si on laisse choisir les femmes, elles font volontairement décroitre la population mondiale, comme c’est le cas en Europe avec 1.5 enfant en moyenne, soit bien en dessous du seuil de renouvellement des générations.

Les antinatalistes encouragent le féminisme comme outil de dénatalisme salutaire et libertaire.

Dans la même lignée, ils défendent le droit à l’avortement.

Ils demandent aussi que les futurs parents s’interrogent si leur enfant sera heureux avant de le mettre en route. L’enfant est un cadeau que les parents se font eux-mêmes, égoïstement. Aussi, dans l’absolu, l’enfant devrait avoir le droit de porter plainte contre ses parents si la vie lui apparait comme un fardeau plutôt qu’un cadeau.

Les militants souhaitent également l’abolition de la pression sociale de la natalité qui voudrait faire de chaque femme, une mère à tout prix. Il est clair que la femme se voit souvent poser la question de pourquoi elle n’a pas d’enfant, il est nettement plus rare qu’on demande aux parents pourquoi eux en ont.

Les plus extrêmes sont en faveur de l’extinction de l’humanité.

Les antinatalistes ont instauré la Fête des Non-Parents et l’une de leur tête de proue, le Bruxellois Théophile de Giroud, a édité le manifeste aniti-nataliste.

 

 

Différentes méthodes

 

Il y a plusieurs méthodes de stérilisation féminine, l’objectif étant d’empêcher l’ovule de passer de l’ovaire à la trompe de Fallope, où il peut être fécondé par un spermatozoïde. Il n'y a donc pas de modification du cycle, les ovaires étant intacts. Il s'agit donc d'une action seulement mécanique.

-Par coelioscopie, qui nécessite une anesthésie générale.

Soit on pose des « clips » sur les trompes, on les traite par électrocoagulation ou on sectionne et ligature.

-Par fibroscopie qui ne nécessite qu’une anesthésie locale.

La méthode Essure, réputée non invasive, non traumatisante et très sûre, a récemment été remise en cause aux Etats-Unis du fait de nombreuses plaintes de patientes. En France, les femmes regroupées au sein de l’association Resist lui ont attribué des règles hémorragiques, des douleurs invalidantes, des palpitations, des cas de dépression, des maladies auto-immunes, des réactions allergiques, des troubles ORL et neurologique, une faiblesse musculaire, ainsi que, dans les cas les plus graves, des perforations d’organes et des cancers. Ces plaintes donnèrent lieu au retrait du dispositif en septembre 2017. En juillet 2018, le laboratoire Bayer a annoncé qu'il cesserait la vente de son implant contraceptif Essure aux États-Unis. C'était le dernier marché où ce dispositif était commercialisé. Le principe était simple : un petit ressort (0,2 x 4 cm) était introduit dans chaque trompe par les voies naturelles, ce qui ne cause donc aucune cicatrice. Le seul choix est donc pour l’instant de passer par laparoscopie sous anesthésie générale. Le laboratoire étudie un dispositif qui n’entrainerait plus tant de complications.

                                        

-La salpingectomie, consistant en l’ablation des trompes de Fallope.

-L’hystérectomie, soit l’ablation de l’utérus, n’est pas utilisée comme méthode de stérilisation. L’opération est pratiquée en cas de souci médical, mais sa conséquence est de fait la stérilité définitive.

Aux hommes, on propose la vasectomie. L’opération se fait sous anesthésie locale. Une méthode sans scalpel inventée en Chine est encore moins invasive. On pratique juste une minuscule incision de la peau du scrotum entourant les testicules et le tout dure une vingtaine de minutes. Le résultat est imparable et l’homme conserve bien entendu toutes ses capacités sexuelles et même sa faculté à éjaculer le même volume de liquide spermatique qu’avant. Pourtant, et ce surtout dans les pays latins, le geste est vu comme une perte de virilité.

Notons que pendant 3 gros mois, il faudra se protéger, le temps nécessaire pour que le sperme ne contienne plus de spermatozoïdes. A terme, un spermogramme confirmera ou non la stérilité.

Le couple désireux d’éviter de futures grossesses doit bien intégrer que, comparée avec la vasectomie, la ligature des trompes est 20 fois plus susceptible d'avoir des complications majeures, qu’elle enregistre 10 à 37 fois plus d' échecs, et coûte trois fois plus cher.( Obstet Gynecol Surv 1999 Dec ;54(12):766-77).

 

Conclusion :

 

La pression sociale demeure forte en termes de natalité en Europe.

A mon sens, les moyens de contraception proposés à l’aube de 2019 n’ont rien d’innovants et se situent même bien en deçà par rapport à d’autres innovations médicales.

Sans être le moins du monde féministe, je trouverais juste que les femmes qui le désirent puissent s’assurer à 100% de ne pas tomber enceinte, et cela sans que cela n’impacte sur leur santé, leur physique ou leur environnement social.

La stérilisation masculine est indubitablement plus facile et plus supportable en tant qu’acte chirurgical. Il est dommage qu’elle ne soit pas d’avantage pratiquée par les hommes au sein des couples stables ayant déjà un nombre choisi d’enfant, sachant que de toute façon le sperme peut être congelé en cas de changement de vie, alors que les femmes continuent à prendre la pilule souvent jusqu’au moment de la ménopause libératoire…

Les effets affligeants de notre démographie générale galopante (même si dans les pays industrialisés elle est en récession), impacte significativement et négativement sur notre environnement. Une politique de dénatalité – accompagnée évidement des meilleurs moyens de contraception – devrait être développée au sein des nations où les femmes ne sont pas encore libres de choisir ou non leur grossesse.

 

A.Zeletzki v.P 22/01/2018

 

Pour aller plus loin…

 

Voir :

https://www.lesinrocks.com/inrocks.tv/jai-decide-detre-sterile-le-webdocumentaire-sur-la-sterilisation-volontaire-des-femmes-qui-ne-veulent-pas-etre-meres/ le webdocumentaire d’Alice Debroide présentant des femmes qui choisissent la stérilisation volontaire parce qu’elles ne veulent pas d’enfant.

https://www.youtube.com/watch?v=mHt8SDPrGjU Une femme d’une quarantaine d’année partage son expérience la ligature de trompes sous cœlioscopie.

https://vimeo.com/141709462 un documentaire de Magenta Baribeau sur les childfrees, « Maman ? Non merci ! »

 

Surfer :

 

https://www.demographie-responsable.org/ En incitant à l’autolimitation de la natalité, l’association a pour objet d’œuvrer pour la stabilisation de la population humaine, voire sa diminution sur le long terme.

https://www.eurekoi.org/quelles-sont-les-lois-relatives-au-droit-a-la-sterilisation-volontaire-ligature-ou-vasectomie-dans-les-pays-francophones-et-en-angleterre/ Le titre dit tout. On aurait aimé avoir quelque chose de plus frais que 2012, mais à priori, du moins en francophonie, il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

 

Lire :

 

-Moins nombreux, plus heureux  : l’urgence écologique de repenser la démographie », d’un collectif coordonné par Michel Sourrouille (2014).

- L'art de guillotiner les procréateurs , Manifeste anti-nataliste de Théophile de Giraud : (2006)

-L'Envers du landau de Lucie Joubert

-No Kid 40 raisons de ne pas avoir d'enfant de Corinne Maier


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