Lot de Gardasil contaminé ou effets secondaires ?

par Pharmacritique
vendredi 13 février 2009

Le ministère espagnol de la Santé a demandé le retrait du lot NH52670 de Gardasil, suite au signalement par les autorités sanitaires de la Communauté autonome de Valence de l’admission aux urgences de deux adolescentes de 14 ans, peu après leur deuxième dose de vaccin, issu du lot en question.

Les deux adolescentes ne se connaissent pas et n’ont aucun point commun à part l’âge et le Gardasil. Elles ont été vaccinées le 4 et le 6 février, et ont toutes les deux eu des malaises, fait des convulsions et perdu connaissance très vite après la vaccination. L’une d’entre elles est toujours en soins intensifs, et son état est jugé grave, mais stabilisé. L’autre "présente une évolution favorable", nous annonce le journal El Mundo en date d’hier (10 février), dans l’article "Las niñas ingresadas en Valencia por la vacuna no tenían enfermedades previas" (Les jeunes filles hospitalisées à Valencia à cause du vaccin n’étaient pas malades auparavant).
 
Illustration : sur ce site parlant de convulsions chez les autistes


Toute la question est de savoir si c’est le lot particulier qui pose problème ou si ce sont là des effets indésirables, puisque Judicial Watch, analysant les signalements au système de recueil des effets secondaires VAERS avait par exemple parlé de convulsions et de pertes de connaissance, et que le RCP américain (résumés des caractéristiques du produit) de la firme Merck mentionne lui aussi des "seizures" (convulsions, épilepsie) et des malaises, ainsi que des symptômes impliquant une perte de connaissance ou apparentés tels "falls with injury" (chute causant des blessures), "dizziness" (vertiges), syncope...
(Liens et commentaires sur le rapport de Judicial Watch à lire dans cette note).


Après l’hospitalisation de la première jeune fille, les médecins ont déclaré aux parents qu’ils ne pouvaient exclure aucune possibilité : l’état de leur fille, survenu dix minutes après la vaccination par Gardasil, pourrait être dû au vaccin ou alors à une forme d’encéphalite ou une autre maladie infectieuse, nous apprend cet article de l’autre grand journal espagnol, El Pais. Mais les choses ont changé lors de l’admission de la deuxième adolescente, qui, indépendamment de la première, présentait les mêmes symptômes, survenus eux aussi très rapidement après la vaccination.

Il semblerait que les médecins des deux jeunes filles, qui sont toujours à l’Hospital Clínico de Valencia, vont désormais plutôt dans le sens des deux familles, puisqu’ils n’ont rien trouvé qui permette d’étayer la thèse du laboratoire ; aucun examen ni analyse pratiqués à ce jour ne montre de maladies préexistantes ou une quelconque prédisposition qui expliquerait les convulsions. Cette affirmation est d’ailleurs reprise par le ministre de la santé de la Communauté valencienne, qui ajoute que d’autres examens seront quand même pratiqués.

Alors on se demande sur quoi se base la firme Sanofi Pasteur MSD lorsqu’elle affirme partout dans la presse que d’autres causes pourraient expliquer ces pertes de connaissance et états épileptiques… Cette réaction a suscité l’ire des familles, qui ont déclaré que les jeunes filles étaient en parfaite santé avant la vaccination par Gardasil et se réservent le droit de poursuivre Sanofi Pasteur MSD en justice. Elles demanderont par ailleurs des certificats médicaux attestant de l’excellent état de santé des adolescentes, avant qu’on leur administre le Gardasil. Selon les parents, la déclaration de Sanofi Pasteur MSD ne fait que montrer que la firme défend mordicus ses intérêts. D’autre part, elles s’estiment abandonnées par des autorités sanitaires complètement indifférentes.

Dans un communiqué de presse dont rend compte El Mundo, les familles ont exigé du ministère espagnol de la santé ainsi que du ministère de la Communauté autonome de Valence l’arrêt de la campagne de vaccination et le retrait immédiat du marché du vaccin Gardasil. Retirer seulement le lot NH52670 ne résoudra rien.
Les familles exigent aussi que l’administration "fasse connaître ce qui s’est passé aux gouvernements et aux organismes internationaux".

[Notons que les parents de Jasmin Soriat, la jeune Autrichienne décédée après la vaccination par Gardasil, continuent à se battre eux aussi et à informer l’opinion publique. Impossible de retrouver le blog pour le moment, mais voici le document qu’ils ont écrit dès janvier 2008 et qui circule dans la blogosphère germanophone : "Tod unserer Tochter nach der vom Gesundheitsministerium viel beworbenen Impfung gegen Gebärmutterhalskrebs (HPV-Impfung)" (Décès de notre fille à la suite du vaccin contre le cancer de l’utérus (vaccin contre [certains types de] papillomavirus), auquel le ministère de la Santé a fait tellement de publicité). Cela dit, c’est peu après que la ministre de la Santé d’alors, la Dre Andrea Kdolsky, qui n’avait jamais caché son scepticisme face au Gardasil, a décidé de ne plus le recommander et de le dérembourser, comme nous l’avons annoncé dans cette note. Décision basée aussi sur les résultats très clairs d’une expertise demandée par les autorités de santé :
"Même une vaccination systématique par un Gardasil supposé efficace n’aurait qu’un faible impact sur l’incidence du cancer du col de l’utérus, selon une modélisation autrichienne".]

Retour en Espagne
 : Plus de 75.000 doses de Gardasil contenues dans le lot incriminé ont déjà été distribuées dans trois Communautés autonomes, mais les ministres de la Santé concernés affirment que tout le lot sera retiré avant l’utilisation, même si rien ne permet pour le moment d’affirmer qu’il serait défectueux. C’est ce qu’affirme aussi Sanofi Pasteur MSD, mais qui ne reconnaît pas non plus qu’il s’agit là d’effets secondaires… Non, blâmer les victimes du Gardasil est la stratégie habituelle de cette firme comme de Merck, qui produit et commercialise le vaccin partout en dehors de l’Europe et de l’Australie, et possède 50% de Sanofi Pasteur MSD (MSD voulant dire Merck Sharp & Dohme).

Aux Etats-Unis
, la nouvelle a été répandue par une dépêche de Reuters (reprise sur le site de Forbes), pratiquement réduite à l’annonce du retrait du lot en question suite aux malaises de deux adolescentes. Cela dit, la dépêche nous apprend que la nouvelle pourrait "légèrement" profiter à GSK pour son vaccin Cervarix et, fait plus intéressant, que la firme Merck a annoncé le 3 février une baisse de 16% des ventes du Gardasil pour le dernier trimestre. De façon générale, elle prévoit une baisse des ventes en 2009.

Cette histoire va donner de l’eau au moulin aux critiques espagnols, qui ont été parmi les premiers en Europe à s’opposer à la vaccination massive et ont lancé une pétition que vous pouvez toujours signer. Leurs arguments sont exposés dans le texte intitulé
"Razones para una moratoria en la aplicación de la vacuna del virus del papiloma humano en España" (Raisons de la demande de moratoire dans la vaccination contre [certains types de] papillomavirus humains en Espagne), qui accompagne la pétition et dont on retrouve les grandes lignes dans cette tribune libre du Pr Carlos Alvarez-Dardet parue dans El Pais. Pharmacritique a été la première à rendre compte en France de ce mouvement de "résistance civique", dans la note intitulée "Des médecins espagnols réclament un moratoire pour l’utilisation du Gardasil. Raisons et pétition".
Nous avons par ailleurs signalé d’autres réactions critiques espagnoles, signées par le Pr Carlos-Alvarez-Dardet, qui dénoncé une expérimentation directe sur des jeunes filles prises pour cobayes, par le Dr Juan Gervas (ici et ici), par une société de médecine générale, par l’association féministe ADIBS… A lire à partir de la page "Gardasil, très critiqué à l’étranger", d’où vous pouvez accéder aussi aux nombreux billets parlant d’autres protestations internationales, de doutes sur l’utilité et l’efficacité du Gardasil, de critiques des méthodes de Merck et Sanofi Pasteur MSD.

Les billets réunies sous la catégorie "Gardasil, Cervarix : conflits d’intérêts" nous apprennent comment - par quel réseau de vassalités, de liens financiers et de lobbying - les firmes ont pu imposer si rapidement et si massivement leurs chiffres, leur propagande, et donc leurs produits... Des questions liées à la faible fréquence des papillomavirus humains HPV 16 et 18 dans les pays occidentaux, aux co-facteurs - nécessaires pour qu’une infection persiste, devienne dysplasie de moyen puis de haut grade, puis éventuellement cancer du col de l’utérus au bout de 20 à 30 ans - sont abordés dans les notes de la catégorie "Gardasil (divers)", qui rappellent aussi les très rares critiques françaises et s’intéressent à des aspects tels le lien entre cancer du col de l’utérus et pauvreté.

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