Okinawa, les secrets du record mondial de longévité

par Jean-Christophe Loric
vendredi 26 janvier 2007

Les habitants de cet archipel du Sud du Japon sont les détenteurs d’un record enviable : ce sont eux qui vivent le plus longtemps sur la planète. Okinawa compte cinquante-quatre centenaires pour 100 000 habitants, contre vingt-six pour la France, nation pourtant très bien placée dans ce classement. Fait marquant, seuls 3% de ces centenaires sont grabataires. L’île ne connaît - mais pour combien de temps encore - ni diabète, ni obésité. Alors exit les régimes crétois ou autre French paradoxe ? Le programme Okinawa est aujourd’hui reconnu comme un must en nutrition. Mieux, celui-ci dépasse largement le cadre de l’alimentation et propose une philosophie de vie pour accéder au bien-être.

Varier les plaisirs avant tout

Concernant l’alimentation, on découvre que la clé du régime Okinawa réside dans une consommation calorique faible (environ 300 calories de moins que dans nos régions). Mais c’est la variété des aliments qui frappe : pas moins de 206 aliments différents recensés. Ses habitants ont toujours eu la réputation d’être de véritables découvreurs de nouvelles saveurs. La consommation de soja et de produits dérivés comme le tofu, fromage de lait de soja, est la plus élevée au monde. 78% des aliments sont d’origine végétale. Le reste est constitué principalement de poissons gras. La viande, à l’exception du porc, se fait discrète, les produits laitiers sont quasi inexistants. Les plats sont mis en scène sur la table avant le repas, on les déguste du regard avant de les goûter avec délectation. Les habitants de l’archipel mangent moins, mais ne renoncent pas à se faire plaisir, ils restent de grands hédonistes, explique le Dr Jean-Paul Curtay, spécialiste de la nutrition et fin connaisseur de cette région. Ce qui est impressionnant, c’est que ce régime existe depuis plus de deux mille ans. Les habitants d’Okinawa ont cette incroyable intuition de privilégier des aliments dont on peut démontrer aujourd’hui scientifiquement qu’ils sont bons pour la santé.

On ne refait pas son assiette, mais on peut apprendre à la regarder différemment.

Peut-on adopter ce régime tel quel en France ? Tofu et algues n’ont pas encore vraiment trouvé place sur les étals, pas plus dans nos assiettes. Tout n’est pas à prendre les yeux fermés dans ce régime, notre vin a probablement plus de vertus protectrices que leur saké. Et la consommation d’huile de colza, si elle est bénéfique en assaisonnement, n’est pas recommandée pour la cuisson. Mieux vaut privilégier notre huile d’olive. Autre problème, nombre de conseils alimentaires, même dispensés par des spécialistes, restent peu suivis d’effet. Notre rapport à la nourriture est effectivement complexe, et on oublie vite les bonnes résolutions : en cas de stress, le réflexe pour se détendre, c’est de se remplir l’estomac avec de la nourriture. Plutôt que de vouloir changer drastiquement le contenu de son assiette, la méthode Okinawa propose une autre relation à l’aliment, et une autre relation à soi.

De multiples outils de gestion du stress et d’autotraitement sont quotidiennement utilisés, issus en particulier du shia-tsu. On développe ainsi la conscience de faire partie d’un grand Tout : Me rappeler tous les jours que ce n’est pas obligatoire que je sois là, que l’herbe, le soleil, le ciel soient là, c’est un puissant outil de relativisation.


Plus qu’un régime alimentaire, un véritable art de vivre pour coriace-cool !

Ce caractère coriace-cool (gujuh taygay, en dialecte d’Okinawa), c’est ce subtil mélange de détermination et de générosité. L’habitant d’Okinawa est cool  : calme, rieur et facétieux, il cultive son autonomie, l’ouverture au monde, l’écoute de l’autre, le non-conformisme, mais il est aussi coriace : très actif, créatif, dominant, parfois autoritaire, il ne perd jamais de vue sa mission de vivre dans l’harmonie et la cohérence. Les anciens occupent une place particulière dans la culture de l’île, de leur vivant comme après leur mort. Ils sont considérés, fêtés comme des porte-bonheur, et objets de l’attention et de la solidarité traditionnelle de leur famille et voisins. Enfin, se faire du bien, tout en faisant le bien de son environnement, c’est accroître ses chances de mener une existence longue, riche et gratifiante. Privilégier par exemple les produits locaux, cultivés à petite échelle, c’est autant de transports en moins. C’est bon pour soi comme pour l’environnement. Une sagesse dont il serait urgent de s’inspirer dans nos régions.

http://jeanpaulcurtay.typepad.com/okinawa/

http://www.okinawa-diet.com/


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