« Perdre sa vie la gagner »

par carnac
vendredi 4 mai 2007

Trop jeune pour avoir vécu 68, je ne peux être taxée d’archaïsme en utilisant ce slogan. Force est pour moi de constater, statistiques à l’appui, qu’il y a un écart d’espérance de vie moyen de 7 ans entre un cadre qui part à la retraite et un ouvrier. Qu’il y a donc un certain cynisme à offrir à ces derniers de « travailler plus pour gagner plus » sauf à vouloir que, perdant la vie avant la retraite ou peu après, la masse des « sans grade » ne pèse pas sur le financement des retraites de ceux qui n’ont pas connu la « pénibilité » du travail.

En France En 2005, la branche Accidents du travail et Maladies professionnelles de la Caisse nationale d’assurance-maladie a indemnisé 1,4 million d’accidents du travail. Dont près de 700 000 ont donné lieu à un arrêt de travail.

En 2003, près de 35 000 cas de maladies professionnelles ont été reconnues en France. En 1998, seules 15 000 avaient été déclarées. Et cette explosion de 20 % ne s’explique pas seulement par l’élargissement du nombre des maladies reconnues... Les troubles musculo-squelettiques, les TMS, concentrent à eux seuls les deux-tiers des maladies professionnelles et augmentent de 20% ¨par an. Les TMS sont les douleurs dorsales ou lombaires, les maladies inflammatoires des coudes ou des genoux... Pour les poignets c’est très fréquemment le syndrome du canal carpien qui est en cause et justifie plus de 80 000 interventions chirurgicales chaque année en France suivies d’un arrêt pour rééducation de trois mois pour chaque poignet puisque par crainte d’un problème chirurgical on intervient successivement sur une main puis l’autre.

L’amiante où la responsabilité de l’Etat et la responsabilité des employeurs est engagée est une bombe à retardement : Entre 2010 et 2015, les experts estiment que les cas de mésothéliome de la plèvre occasionnés par l’amiante, pourraient augmenter de 25% tous les trois ans.

482 salariés sont morts d’accidents du travail en 2005 mais il s’y ajoutent les suicides liés à des raisons professionnelles de l’ordre de 300 à 400 par an.

En cause d’après le docteur Légeron dans son ouvrage le « Stress au travail » (Editions Odile Jacob) la surcharge au travail , le « culte de la performance et du dépassement, l’anxiété de la performance » l’invasion des e-mails et... la réduction du temps de travail mal organisée parce que non négociée avec les syndicats de salariés que l’on évite d’introduire dans les entreprises..

Non seulement les heures supplémentaires dégrevées de charges patronales risquent d’empêcher la création de nouveaux emplois qui eux sont taxés dès la première heure mais , à supposer que les carnets de commande des employeurs soient d’un niveau suffisant pour permettre de faire des heures supplémentaires, on expose de façon totalement cynique les travailleurs les plus physiquement sollicités à une mortalité précoce.

Qu’incarnent les termes « d’égalité » et de « fraternité » aux frontons de nos bâtiments publics ?

S’ajoute à cela une désorganisation programmée et déjà effective des services de santé : aujourd’hui si vous avez un accident et que votre état nécessite des soins de suite d’intervention chirurgicale, à l’hôpital public, vous serez traité après les personnes qui auront accepté de payer le surcoût de consultations et soins privés au sein de l’hôpital public .

Vous n’atteindrez pas même le centre hospitalier le plus proche le week-end : la médecine de ville rechigne à faire des gardes et donc les malades ne sont pas orientés vers les soins appropriés fussent-ils d’urgence , les urgences sont centralisées et par exemple en Isère à Grenoble . 1H45 pour intervenir sur un infarctus samedi 21 Avril.

André au téléphone a regardé mourir son épouse et il me semble que ces soins de santé , à deux vitesses, ont été tout aussi cyniquement organisés que l’est le "travailler plus pour gagner plus".

Il n’est pas interdit de se « révolter » , la « colère » est saine quand elle est justifiée et elle galvanise l’action.


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