Quand je pense Fernande, je bande….

par Georges Yang
jeudi 10 décembre 2009

Brassens nous a quitté il y a bien longtemps. En cette ère nouvelle de dévirilisation des mâles, l’impuissance guète le quidam, mais heureusement, nous dit la télévision, il existe une solution aux troubles de l’érection, on peut en parler à son médecin. Et puis, est apparue depuis quelques années la révolution Viagra. Le vieux Georges, aujourd’hui ne finirait plus sa chanson par : « Mais quand je pense à Lulu, là je ne bande plus », mais changeant le prénom pour la rime, il chantonnerait quand je pense à Deborah, j’avale mon Viagra ! (ou bien Alice, me fait prendre mon Cialis, pour ne pas privilégier une marque)

Les troubles de l’érection chez l’homme ont été longtemps tabous, ou plutôt le sont redevenus, car sous les règnes de Louis XIV et Louis XV, on en parlait assez franchement de « sa poire à poudre » quand elle était avachie. Or, la plupart des mâles ont eu au moins quelques fois comme ils le disent pudiquement des pannes, et peu osent en parler, même devant un médecin, surtout quand il s’agit d’une femme, ce qui pose de plus en plus de problèmes, vu la féminisation de la profession. L’impuissance, car c’est bien de cela dont on parle, qu’elle soit totale ou partielle, entrainant des troubles de l’érection ou de l’éjaculation, des actes partiellement accomplis ou insatisfaisants peut être d’origines multiples, physique, psychique, ou mixte, associant les deux composantes.

S’il est relativement aisé de diagnostiquer, si ce n’est soigner une impuissance d’origine urologique (prostate, malformation, phimosis, hypospadias, etc.…) ou métabolique comme le diabète ou l’insuffisance thyroïdienne, ou encore l’hypertension artérielle et les effets secondaires de certains médicaments, il faut bien le reconnaitre, ces formes ayant une origine physique ou métabolique sont relativement rares et ne représentent à tout casser qu’un tiers des cas des impuissances ou des troubles de l’érection, même s’il est toujours possible de trouver un lien physique pour ne pas effaroucher le patient et justifier les couteux examens complémentaires. Pour les autres, cela se passe avant tout dans la tête, même s’il est souvent pratique de fixer un malade sur un substrat physique, fut il modeste pour ne pas l’enfoncer psychologiquement et lui donner une chance d’améliorer ses performances. De toute façon, cela serait une grossière erreur à la fois professionnelle et psychologique que d’orienter ceux qui ne bandent pas ou mal vers le psychologue, le psychiatre ou le conseiller conjugal dès la première consultation. Il faut garder le sexologue pour la fin, souvent une cassette porno, de la lingerie coquine et un repas subtil en épices donnent de meilleurs résultats.

Mais avant de parler de troubles psychosomatiques, il faut d’abord être certain qu’il n’existe pas de pathologie sous-jacente et ensuite on peut toujours redonner confiance avec quelques conseils judicieux et quelques artifices pour rassurer les patients.

Pour ceux qui y arrivent encore, mais mal, il existe maintenant la révolution Viagra, qui reconnaissons-le est surtout utile pour les hommes à partir de 50 ans quand ils sont stressés, fatigués, angoissés. Pour les plus jeunes, il s’agit surtout de concurrencer les stars du porno et de se croire irrésistibles. Bien sûr, ceux qui ont des éjaculations sur verge molle profiteront à plein du médicament qui leur redonnera de la rigidité. En particulier, le Viagra est fort utile pour ceux qui n’arrivent pas à enfiler un préservatif sans l’aide d’une petite fellation préalable, si la partenaire rechigne à le faire sur un pénis non couvert, le médicament intervient à point nommé.

Et puis, sauf si l’on est un adepte du coup pressé, à la va vite lors de la pause déjeuner, on peut toujours attendre 4 ou 5 heures du matin, en position déclive et commencer l’acte quand le bassin est fortement irrigué du fait de la position couchée. On atteint ce que Victor Hugo appelait « les matins glorieux » et l’érection arrive à point nommé pour qui sait attendre. Le poète a dû en user et abuser, peut-être avec Juliette Drouet, quand elle ne l’inspirait pas, préférant réserver ses érections spontanées aux bonnes et aux lingères qu’il palpait de façon éhonté en les gratifiant de rémunérations complémentaires qu’il notait soigneusement dans un petit carnet codé.

Comme la plupart des impuissants ont des érections nocturnes, mais ne s’en aperçoivent pas, il faut le leur prouver pour leur redonner confiance. En effet, l’adulte en panne, n’a plus les pollutions nocturnes de l’adolescent. Il se croit souvent incapable de la moindre érection, d’où l’intérêt des marges de timbres-postes. Il m’est arrivée d’attendre à la poste, je n’aurais pas l’outrecuidance de dire que je faisais la queue, dans le but de demander à la préposée de me donner des marges de timbres en périphérie des feuilles de vignettes postales. A son étonnement, elle me demanda ce que je voulais bien en faire ; on ne donne rien à la poste sans une explication valable. Quand je lui ai expliqué que je voulais convaincre des impuissants qu’ils avaient des érections nocturnes, elle a failli tomber à la renverse, les deux mémés et le papy derrière aussi. A l’époque, on avait encore des passeports bleus sur lesquelles la profession était indiquée, cela aidait énormément dans des situations comparables. Mais, allez-vous dire, que vient faire la philatélie parallèle dans le diagnostic de l’impuissance d’origine psychique ? J’y arrive.

En collant le soir des marges de timbres autour de la verge en l’état de flaccidité, on constate souvent le matin au réveil que les pointillés ont éclaté pendant la nuit. La verge ayant augmenté de volume a fait sauter les marges, on peut le dire ainsi. Cela du fait de l’afflux sanguin induit par la position du dormeur et probablement un rêve érotique passé inaperçu. Ca ne marche pas du premier coup, mais on peut conclure qu’il existe peut-être une cause physique si l’expérience s’avère négative après une semaine de tentative. Remarquez que cela ne coute rien, en dehors du temps passé en explication et évite de se ruer immédiatement sur des dosages hormonaux divers et variés, sur une échographie pelvienne et une recherche de trouble de la vascularisation. On peut toujours attendre quelques semaines avant de faire un bilan complet, couteux pour la Sécurité Sociale.

Après, bien-sûr, il faut rassurer. Eviter de parler de femme castratrice d’emblée, car le pauvre type qui bande mou, n’a peut-être ni l’envie, ni les moyens, ni la possibilité de se débarrasser de son épouse pour en prendre une plus jeune et moins revêche. On évitera aussi les conseils du genre « allez voir ailleurs, ca va probablement marcher ». Car si vous avez à faire à un moraliste ou à un timide, ça ne va pas l’aider et à l’inverse, un extraverti aura déjà essayé sans vos conseils et vous ne lui apporterez rien. Parler avec l’épouse ou la compagne, peut se révéler utile, mais il faut toujours réserver une place à l’entretien individuel sans oreilles externes à proximité, histoire d’éviter la gêne et de créer un climat de confiance fort utile en de telles circonstances. Cela est d’autant plus possible quand les conseils viennent d’un homme, ce qui est de plus en plus difficile de nos jours du fait de la féminisation de la profession médicale. Enfin, il faudra être très prudent en évoquant l’homosexualité latente, car là aussi, le patient le sait et c’est à lui d’en parler, ou alors il n’a aucune pulsion cachée, mais tout simplement, il n’y arrive pas et avec vos réflexions sur Œdipe ou sur la normalité de l’homosexualité, vous risquez de le perturber encore plus. Pas de couplet non plus sur la mère ou les parents psychorigides, car c’est justement de rigidité dont manque le patient. Quant à celui qui a du mal à passer à l’acte mais présente une érection réflexe en déféquant une selle longue et dure, il ne présente pas une homosexualité refoulée, mais tout simplement une excitation de la prostate par voie transrectale quand il va aux toilettes. Et lui, il aurait peut-être besoin de passer chez l’urologue.

A l’inverse, mais c’est rare, certains individus se plaignent d’un excès d’activité, une libido débordante au point de mettre en danger leur vie professionnelle, affective et sociale. Bill Clinton, Gary Hart en ont fait les frais aux Etats-Unis, un ancien ministre socialiste et un transfuge du PS passé à l’UMP aussi en France, au point de se faire traiter de priapiques par la presse, ce qui est un abus de langage. Le priapisme est une maladie douloureuse, souvent d’origine vasculaire et qui n’a rien de plaisant, de même que la maladie de La Peyronie et sa verge de travers, douloureuse en action. Non, il s’agit là plutôt d’hommes ayant en permanence l’engin en éveil. Et là, il faut les calmer, jadis, on avait recours au bromure à la caserne ou au séminaire, mais avec l’inconvénient de rendre mou à la fois l’esprit et le membre, et ne parlons pas des anxiolytiques et anti dépresseurs, si prisés des Français malgré leur effets sur la libido. Seul l’Anafranil satisfaisait les éjaculateurs précoces, en ralentissant la sortie du jet, il est hélas de moins en moins utilisé.

Par contre, ceux qui ne peuvent pas ont souvent du mal à s’exprimer clairement, tel ce Zaïrois qui me déclara un jour « Le mouvement du bâtonnet sexuel a fortement diminué ces derniers temps  ». Alors qu’un autre désespéré déclarait, « je suis devenu inapte, je n’arrive plus à tenir plus de vingt minutes ! ». Et puis, il faut se dire, que loin des déclarations tonitruantes et des fanfaronnades de bistro, il arrive à tous ou presque des pannes, des nuits peu gratifiantes et des périodes de verge molle. Tout le monde ne peut être « un stakhanoviste du braquemard » comme le disait Alban Céret et même les stars du porno arrivent à bander mou, malgré le Viagra et les injections dans la verge. Je n’insisterai pas sur la cocaïne, qui aide au début, mais cela aboutit à la longue, à la débandade. Et puis, la sujétion ne marche pas avec tout le monde, il faut de l’imagination et un esprit souple pour pouvoir se raidir. N’est pas Guy de Maupassant qui veut, lui qui organisait des concours de braguette ouverte avec ses copains, en dehors de toute présence féminine et sans le recours aux mains. Le premier qui avait une érection, mains au mur avait gagné. Quoi ? Je n’en sais trop rien !

Mais moi qui vis sous les tropiques, j’ai souvent besoin de vaccin dans les régions où je me trouve actuellement ! Et ce n’est pas celui de la grippe aviaire qui me fera renoncer à la plume. « La plume est l’avenir de l’homme », aurait pu nous proposer Aragon, un autre poète apprécié de Brassens.


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