Roselyne Bachelot : aveu de non-assistance territoire en danger

par yann syz
mercredi 11 juin 2008

Dans une interview au quotidien Ouest-France du lundi 2 juin, le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, reconnaît implicitement la passivité devant une situation grave pour l’hôpital de Carhaix et la région qu’il couvre.

En effet, elle justifie la fermeture de la maternité et de certaines activités de chirurgie par l’urgence qu’il y aurait à réagir face à un manque de sécurité pour les patients.

Mais elle souligne par ailleurs que dans le SROS* « il était bien indiqué que Carhaix était dans une situation extrêmement fragile ! L’hôpital était dans une situation totalement dérogatoire, depuis des années. »

Quel aveu ! Ainsi l’Etat connaît les difficultés d’un hôpital depuis plusieurs années, mais ne réagit qu’aujourd’hui par une fermeture annoncée sous forme d’ultimatum par fax !

Si le gouvernement avait eu à cœur la sécurité des habitants de ce vaste territoire du Centre-Bretagne, n’aurait-il pas dû agir plutôt, par un accompagnement de l’hôpital de Carhaix pour l’aider à recruter le personnel nécessaire ?

On le sait, nous sommes à une époque où il est difficile de recruter des personnels médicaux et de les fidéliser en dehors des grandes villes et des littoraux. Face à cette difficulté, la seule réponse de l’Etat est l’abandon des populations, en lieu et place d’une politique volontariste.

La ministre nous dit en substance : nous savons depuis longtemps qu’il y a un problème, nous n’avons rien fait pour vous soutenir, alors maintenant il faut fermer…

Mon propos n’est pas de nier les problèmes de cet hôpital, mais de souligner que l’administration responsable dans l’Etat actuel de la législation pratique le laisser-faire pour servir ses réformes.

J’ai déjà eu l’occasion de dire ici la nécessité de rééquilibrer les politiques de santé entre le soin et la prévention. Mais la permanence des soins est un enjeu majeur.

Quelle est l’ambition de l’Etat pour le soin hors des agglomérations ? Si des regroupements d’hôpitaux peuvent être éventuellement compris dans des secteurs bien desservis par les voies de communication, le secteur de Carhaix fait partie de ces zones où l’Etat n’investit plus depuis longtemps et où la distance temps vers les agglomérations est une vraie problématique.

Le choix de renoncement du gouvernement est aussi une méconnaissance de la structuration urbaine de la Bretagne. Contrairement à d’autres régions fortement polarisées autour d’un grand centre (Toulouse, par exemple), la qualité de vie et les réussites de la Bretagne sont liées à l’équilibre d’un réseau de villes petites et moyennes qui complètent les grandes villes (Rennes, Nantes et Brest) et structurent le territoire.

Les réformes de l’Etat en cours (justice, santé…) menacent cet équilibre original.

Si le gouvernement préfère la politique de l’abandon, une solution se trouve dans le renforcement de l’autonomie régionale. Les réussites de la gestion des lycées, des TER, dans les régions de France ou l’exemple de la politique de soutien aux territoires ruraux au Pays de Galle depuis la dévolution nous prouvent que la régionalisation et la qualité des services publics vont de paire dans un esprit de justice territoriale.

Dans l’attente de cette nécessaire réforme, soutenons l’hôpital de Carhaix.


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