Sans la vigilance de ses proches, la patiente aurait-elle été prélevée vivante ?

par Catherine Coste
jeudi 21 octobre 2010

Une clinique de Bordeaux qui fait parler d’elle au JT de France 2 : une patiente d’une soixantaine d’années aurait été inscrite trop tôt dans la filière des donneurs d’organes. Alors que les soignants en charge de cette patiente sont prêts à la déclarer en état de « mort encéphalique » (diagnostic de mort), ses proches, notamment son fils, ont un doute. Ils refusent de signer un constat de décès faisant de cette patiente un (potentiel) donneur d’organes. On se rappelle l’article du Parisien en juin 2008 : « Le donneur n’était pas mort », repris par « Le Monde » et « Le Temps ». Encore patient, déjà donneur ? Eh bien, c’est à nouveau la même histoire. Bis repetita (non placent). Latin : les choses répétées ne plaisent pas. (Le proverbe latin en usage est : bis repetita placent ...)

"Une patiente, qui avait été déclarée ’très certainement cliniquement morte’ par un médecin, s’est réveillée quelques heures plus tard dans un hôpital de Bordeaux, a-t-on appris mercredi auprès du directeur de la clinique.
 
Lydie Paillard, 60 ans, suivie pour un cancer depuis 2005 dans la polyclinique Bordeaux Rive droite à Lormont, dans la banlieue bordelaise, a fait un malaise lundi lors du traitement médical préalable à une séance de chimiothérapie, a expliqué à l’AFP Yves Noël, directeur de la polyclinique Bordeaux nord, dont dépend l’établissement de Lormont.
 
Elle a aussitôt été ranimée par un médecin urgentiste mais ce dernier, après avoir pris l’avis d’autres médecins, a annoncé par téléphone aux enfants de Mme Paillard que leur mère, placée sous un appareil respiratoire, ’était très certainement cliniquement morte’, a poursuivi M. Noël.
 
La patiente a ensuite été transférée vers le CHU de Bordeaux où elle a subi un scanner qui a révélé qu’il n’y avait pas de mort cérébrale, selon le directeur de la clinique.
 
Mme Paillard ’s’est réveillée quatorze heures plus tard au CHU de Bordeaux’, comme l’a révélé Sud Ouest dans son édition de mercredi.
 
’C’est une forme de miracle’, reconnaît M. Noël, tout en admettant que l’urgentiste a commis une ’erreur de communication’ mais pas ’une erreur médicale car il lui a sauvé la vie’.
 
La direction de la polyclinique va proposer à la patiente et à sa famille de rencontrer l’équipe de médecins afin qu’ils parlent de ce défaut de communication." (Source)
"’On allait donner le permis de tuer notre mère’, répète sans cesse Sébastien en évoquant l’incroyable mésaventure dont on a bien failli être victime sa mère. L’histoire, révélée mercredi par le quotidien Sud-Ouest fait froid dans le dos.
 
Lydia, une femme de 60 ans, se présente lundi dans une clinique de la banlieue bordelaise pour subir une chimiothérapie. Peu après le début du traitement, son état se dégrade et elle sombre dans le coma. Le médecin constate un accident cérébral et prévient la famille que non seulement ’le pronostic vital est engagé’, mais que Lydia ’ne pourra pas revenir’. Pire, les médecins préviennent les enfants qu’ils vont devoir donner l’autorisation de ’débrancher la machine’ qui maintient leur mère en vie.
 
C’en est trop pour les proches qui obtiennent le transfert de la patiente vers le CHU de Bordeaux. Et c’est là que se produit l’impensable. Déclarée ’cliniquement morte’, Lydia se réveille enfin, 14 heures plus tard et est même capable de tenir une conversation. Un miracle qui plonge sa famille dans le soulagement, mais aussi la colère.
 
Aujourd’hui ils veulent comprendre comment une telle méprise a pu se produire. Les médecins évoquent ’un cas rare, extraordinaire’. Ils évoquent la possibilité d’une ’crise d’épilepsie donnant l’apparence de la mort’." (Source)
 
Le reportage diffusé au JT du soir de France 2 ce 20/10/2010 est on ne peut plus clair : la patiente aurait été déclarée en état de mort encéphalique (ou de mort cérébrale) prématurément. Elle allait pouvoir, là encore prématurément, devenir potentiel donneur ...
 
"Ce qui me gêne, c’est que maintenant, on anticipe la mort",me confiait en juin 2008 une infirmière cadre chargée de cours en IFSI (Institut de Formation en Soins Infirmiers) de la banlieue parisienne, qui avait travaillé durant près de deux décennies comme infirmière de coordination des transplantations en France, puis en Suisse, et à nouveau en France. Face à mon silence perplexe, elle ajoute : "On prévoit le décès". Un préavis de décès ?! Un constat de décès anticipé ?! J’avoue que j’ai du mal à suivre. Je visualise la couverture d’une BD manga japonaise bien connue, Ikigami. Du coup, j’ai écrit un Post sur le sujet. "Pour pouvoir plus facilement organiser les prélèvements d’organes ?", demandais-je alors, peu fière de ma question. "Surtout pour avoir plus de donneurs !", avait-elle répondu.
 
15.000 patients en attente de greffe en France. Début septembre 2010, une enquête d’opinion, sous forme de questionnaire, distribuée aux soignants afin de recueillir leur opinion sur les stratégies visant à optimiser le "don" d’organes (OPTIDO). Un logiciel aux normes européennes afin de recenser les potentiels donneurs en amont de la "mort encéphalique", ainsi que ceux ayant fait un arrêt cardiaque, dans tous les hôpitaux de France et de Navarre (Cristal Action) - ce logiciel ayant été mis en place par l’institution gouvernementale chargée de promouvoir et d’encadrer l’activité des transplantations d’organes : l’Agence de la biomédecine. "Jamais la pression n’a été aussi forte pour que l’on trouve des donneurs ou des potentiels donneurs", me confiait en décembre 2009 un ancien chirurgien, membre senior de l’Académie Nationale de Médecine. Mardi 19 octobre 2010, un projet de loi présenté à l’Assemblée Nationale afin de lutter contre le trafic d’organes en France. Ce "tourisme de transplantation" constituerait "une menace pour notre société" (Professeur Francis Navarro, CHU de Montpellier). 
 
On ne peut pas d’une main demander aux personnels de santé de trouver des donneurs en amont d’un état de mort encéphalique ou encore d’arrêt cardio-respiratoire persistant (prélèvements "à coeur arrêté") et, de l’autre, accuser ces mêmes personnels de santé qui font péniblement un devoir pénible (pardonnez-moi d’insister) de "défaut de communication" lorsque les choses tournent mal (tout dépend du point de vue, n’est-ce pas). Encore patient, déjà donneur ? Voilà qui annonce des conflits d’intérêts, un peu comme si on avait décidé de mettre en balance le code de déontologie médicale ("d’abord ne pas nuire") d’un côté et, de l’autre, un "droit opposable à la greffe" pour les quelque 15.000 patients en attente de greffe ...
 
La greffe, un problème sociétal
L’usager de la santé lambda finit par se rendre compte de cette évidence : il y a du rififi dans les greffes ...
Mangaka (dessinateurs de manga), à vos plumes !

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