Soins Ó l’h˘pital : il y a urgence !

par sophie
mardi 19 février 2008

Infirmière, j’exerce ce beau métier depuis vingt-cinq ans. Mais, étant témoin de la dégradation des moyens et de certains mauvais fonctionnements des services hospitaliers, j’aimerais informer de l’état des lieux du système et des conditions actuelles de travail des infirmières. Il me semble en effet nécessaire et urgent de dévoiler les graves dysfonctionnements qui ont des répercussions parfois fatales pour les patients qui nous sont confiés.

La dégradation des soins apportés aux patients est due à plusieurs facteurs.

1) Le premier est lié au recrutement des personnels soignants : les élèves infirmiers et les aide-soignants :

Infirmier et aide-soignant sont deux métiers où il existe encore des débouchés. Comme ce sont des métiers difficiles, les candidats ne se bousculent pas aux portillons des formations. Résultat, pour pouvoir attirer des gens dans ces voies, les critères de sélection sont devenus de moins en moins sévères. C’est ainsi que des gens inscrits à l’ANPE se voient proposer des formations d’aide-soignant ou d’infirmier. Par exemple, dans le service où je travaille, j’ai vu débarquer deux hommes ayant dépassé la quarantaine - un ancien informaticien et un ancien employé de la SNCF - pour des stages de formation dans le but de passer le diplôme d’aide-soignant. Autant vous dire que ces candidats n’étaient guère motivés par ce métier. Seulement voilà, ils avaient accepté cette reconversion professionnelle uniquement pour raison alimentaire. J’ai pu constater à maintes reprises que cette situation pouvait conduire à de la maltraitance à l’encontre des malades.

Les capacités intellectuelles de certaines élèves infirmiers sont parfois loin des exigences requises. Que dire quand vous constatez qu’un élève infirmier est incapable de calculer une dilution à effectuer sur les médicaments à administrer ou quand vous voyez qu’on ne respecte pas les protocoles préconisés pour certains actes médicaux. Pas étonnant alors que les infections nosocomiales soient en augmentation.

2) La pénibilité du travail

Elle est liée aux horaires et à une charge de travail croissante.

Les effectifs actuels sont tels qu’on demande aux infirmiers d’assurer des durées de service de 7 h 30 avec la prise en charge de trop nombreux patients (jusqu’à 90 parfois). Il n’est pas rare de se voir attribuer la responsabilité de plusieurs étages de patients pendant les nuits de garde. Le nombre d’actes est à certains moments tellement important que les infirmiers se retrouvent souvent dans des situations où ils doivent gérer les traitements en urgence. Après plusieurs heures à ce régime, il n’est pas évident alors d’assurer les actes médicaux dans les règles de l’art. On pare au plus pressé et on finit par réagir en automate au risque de faire des erreurs. Cela aboutit à un sentiment de ras-le-bol et certains n’hésitent pas à prendre des congés maladies ce qui amplifie le problème de surcharge de travail pour le personnel restant.


Petit constat qui m’interpelle : à l’heure actuelle, dans un service hospitalier, il y a plus de personnel administratif que de personnes soignantes réellement sur le terrain. Je ne m’explique toujours pas cette situation !

3) Le mécontentement engendré par l’évolution de la prise en charge des patients

L’exigence de rentabilité fait que maintenant les durées des séjours hospitaliers sont de plus en plus courtes. On assiste à un turn-over important des patients ce qui suscite un sentiment de travail à la chaîne. De plus, on s’aperçoit qu’il règne un flou - très entretenu - quant aux frontières entre ce qui relève de la responsabilité d’un infirmier et de celle du médecin. Normalement, en théorie, tout acte médical effectué par un infirmier doit être ordonné par écrit par un médecin. En théorie seulement, car dans les faits c’est souvent oralement que les ordres sont donnés. Et quand on demande aux médecins de les écrire, ils se mettent en colère en criant qu’ils n’ont pas le temps. Les infirmiers ont l’impression de porter davantage de responsabilités car, en cas de problème, ce sont eux qui rendent des comptes.

4) Le manque de formation et l’absence de volonté pour améliorer les choses

Il faut savoir que le métier d’infirmier est un métier qui évolue vite du fait de la part de plus en plus importante de la technique. Or, il faut savoir qu’il n’y a pas d’obligation de formation pour les infirmiers et les aide-soignants. Et quand bien même on est intéressé par une formation, l’établissement hospitalier est en droit de la refuser pour des raisons de service ou de budget.

J’ai eu la chance de pouvoir participer à une formation pour la prise en charge de la douleur par hypnose, ce qui permet de supprimer les prises médicamenteuses donc les effets secondaires. J’ai ainsi pu constater les avantages et pour les patients et pour la Sécurité sociale puisque les coûts de traitement sont réduits. Mais quand j’ai voulu appliquer les méthodes dans notre service, rien n’a suivi car le système étant trop hiérarchisé, cela n’a pas abouti.

Tout cela concourt à une dégradation des soins apportés aux patients à tel point que je me dis que lorsqu’on est hospitalisé, il faut vraiment espérer ne pas avoir affaire à cette catégorie de personnel soignant.

Je tiens à préciser que cet article a pour but d’informer sur la situation actuelle. Cela me navre quand j’entends Mme Bachelot se targuer de faire évoluer les choses alors que sur le terrain cela n’évolue pas beaucoup. Je suis prête à collaborer avec toute personne (journaliste, etc.) qui souhaiterait mettre en œuvre quelque chose pour améliorer le système.


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