Tabagisme : protégeons nos ados

par Lulu
vendredi 10 mai 2019

Le tabagisme est un problème de santé publique majeur, notamment pour les adolescents. Les politiques de lutte contre le tabagisme reposent sur trois leviers incontournables : la généralisation du paquet neutre, la hausse des prix du tabac, et la lutte contre le commerce parallèle. Malgré l'incessant lobbying de l'industrie du tabac, ces trois paramètres constituent aujourd'hui un triptyque incontournable, auquel les gouvernements doivent s'atteler maintenant.

Le tabagisme a baissé depuis une vingtaine d'années, grâce au volontarisme forcené des associations et de l'Etat. Recommandée par l'Organisation mondiale de la santé, la politique des paquets neutres, c'est-à-dire dépourvus d'éléments marketing et souvent comportants un avertissement sanitaire, s'est généralisée. Elle est déjà en vigueur en France, au Royaume-Uni, mais aussi en Norvège, en Irlande, en Australie, et en Nouvelle-Zélande.

Le Canada, par la voix de sa ministre de la Santé Ginette Petitpas Taylor, vient d’annoncer sa décision de rendre les paquets de cigarettes neutres. Une bonne nouvelle pour ce pays qui a longtemps été à la pointe de la lutte contre le tabagisme dans le monde. Cette mesure est également annoncée à l’Ile Maurice, en Thaïlande, en Uruguay, en Arabie Saoudite, en Turquie, et en Slovénie.

Les principaux fabricants de tabac, Philip Morris International, British American Tobacco, Japan Tobacco International et Imperial Brands, ont multiplié les actions de lobbying pour tenter de contrer cette mesure annoncée par le gouvernement fédéral. C’est le porte-parole de BAT, Eric Gagnon, qui a été le plus véhément, en répétant que le paquet neutre était partout inefficace, et qu’il favorisait le commerce parallèle.

Or ces deux arguments sont questionnables. Le paquet neutre dissuade le mineur d'entrer dans le tabagisme. Il est même devenu indispensable pour changer durablement l’image de la cigarette chez les adolescents. Si les études scientifiques conduites par les associations anti-tabac notamment ont bien expliqué les raisons qui peuvent pousser les adolescents à devenir des fumeurs, les fabricants de tabac eux connaissent l’importance de la marque de cigarette pour le sentiment d’appartenance à un groupe ou à une tribu.

Pour les adolescents, la pression sociale et le besoin d'appartenance au groupe sont si fortes que le marketing a toute sa place à jouer. En d'autres termes, on ne renvoie pas la même image si on pose sur la table un paquet de Camel, de Marlboro, a fortiori Gold, de Lucky Strike ou de Philip Morris Marron. Les fabricants de tabac connaissent parfaitement ces mécanismes d’identification. Ils savent que pour un adolescent, le choix de la marque, et donc de l'image, sont aussi importants que l’acte de fumer. Bonne nouvelle néanmoins : dans son dernier rapport, publié le 18 avril 2019, l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies (OFDT) montre que la consommation de tabac baisse chez les adolescents.

L'autre levier, afin de lutter contre le tabagisme, est la hausse des prix des paquets de cigarettes. La prévalence tabagique a baissé en France grâce au paquet neutre et grâce aux fortes hausses du prix du tabac. Si l'on en croit la règle édictée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), selon laquelle une hausse des prix de 10% entraine en moyenne une baisse de la consommation de 4%.

Partout dans le monde les hausses de prix font baisser la consommation de tabac dès lors qu’elles sont suffisamment fortes. L’expérience montre que les hausses des prix des cigarettes doivent être d’au moins 8% pour avoir un impact réel, +10% au moins étant cependant préférable.

Conscients de l'efficacité de ce deuxième levier, les fabricants de tabac tentent d’empêcher ces hausses de prix en mettant en avant les risques d’explosion du commerce parallèle, mais en omettant de préciser que ce sont leurs propres cigarettes qui alimentent le commerce parallèle de tabac, comme l’ont très bien montré plusieurs études universitaires ou parlementaires, et notamment « Le Livre Noir du Lobby du Tabac en Europe » du député européen Younous Omarjee. 98% des cigarettes qui composent le commerce parallèle sort des usines des quatre majors du tabac.

Dernier levier sur lequel agir pour lutter contre le tabagisme : la lutte contre le commerce illicite grâce à une traçabilité efficace des produits du tabac. L’Organisation mondiale de la santé partage cette affirmation, comme en témoigne la déclaration de Vera Da Costa e Silva, chef du Secrétariat de la Convention-Cadre pour la Lutte Anti-Tabac de l’OMS, lors de la réunion annuelle de l’association anti-tabac ENSP, qui s’est tenue à Bucarest en avril 2019.

C’est pour contrôler la fabrication de tabac et ses livraisons que l’OMS a élaboré en 2012 le Protocole « pour éliminer le commerce illicite de tabac », qui est entré en vigueur le 25 septembre 2018, après avoir obtenu les 40 ratifications nécessaires. Il vise à empêcher les fabricants de tabac à surproduire, et à suralimenter les marchés en limitant les livraisons de tabac à la consommation locale, contrairement aux pratiques actuelles. Son article 8 exige que les fabricants ne participent en aucun cas à la mise en œuvre de la traçabilité. Un Protocole de l’OMS compromettant pour l'industrie, qui préfère promouvoir un système européen qui fait d’elle un « contrôleur-contrôlé », comme l’affirme la députée européenne écologiste Michèle Rivasi. Cette dernière a même annoncé son souhait de saisir la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) sur ce sujet.

Il existe de nombreuses mesures anti-tabac : interdiction de fumer dans les lieux publics, messages sanitaires, interdiction de la publicité dans les points de vente, etc. Si elles peuvent toutes avoir une utilité, il semble que les trois mesures que nous venons de développer soient réellement efficaces, si l’on en juge par l’ardeur que met l’industrie du tabac à les combattre : le paquet neutre, pour changer durablement la psychologie des adolescents, les hausses de prix des cigarettes d’au moins 8%, et la mise en place de systèmes de traçabilité tels que définis par l’OMS.

Ces mesures existent partout de façon éparse. Il est nécessaire que les Etats qui veulent faire baisser le tabagisme, et notamment celui des jeunes, les mettent désormais en œuvre maintenant.


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