Tahiti, mon amour...

par olivier cabanel
mercredi 9 mai 2012

Décidément, le nucléaire frappe toujours là où on ne l’attend pas.

Au Japon, ce pays qui était si fier de sa haute technologie en matière nucléaire, il y aura pour longtemps un « après Fukushima ».

Aujourd’hui, c’est maintenant à Mururoa que l’on s’inquiète, et on a de bonnes raisons.

On se souvient que cet atoll a été à maintes reprises le lieu choisi pour faire des essais nucléaires.

Ce sont pas moins de 210 essais nucléaires qui ont été menés par la France, d’abord en Algérie, puis en Polynésie française, le premier essai nucléaire souterrain ayant eu lieu le 2 juillet 1966 sur l’atoll de Mururoa, puis 2 ans après, le premier essai à l'air par le lâcher d’une bombe H, ciblant l’atoll de Fangataufa, sous le code « opération Canopus », puis d’autres ont suivi. lien

Au total, la Polynésie subira 46 essais nucléaires aériens, et jusqu’en 1966, il y aura pas moins de 146 essais souterrains qui concerneront le Pacifique Sud, avec les conséquences que l’on imagine souvent mal, ou qui n’ont pas été trop médiatisées. 

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Le 19 juillet 1974, l’essai « Centaure  » provoqua un nuage radioactif qui toucha Tahiti.

Le CEA a fait le bilan des retombées nucléaires qui ont touché les enfants des iles et atolls les plus exposés, et les doses maximales touchant la thyroïde des enfants a été estimée à 78 mSv aux Gambiers (essai Aldébaran 1966), à 98 mSv pour l’essai Phoebe de 1971, et à  50 mSv à Tahiti lors de l’essai Centaure de 1974. lien

Le dernier essai a eu lieu sous la présidence Chirac, le 13 juin 1995. lien

Les irradiés de la pollution nucléaire en Polynésie se battent depuis trente ans pour faire reconnaitre les dommages qu’ils ont subis dans leur chair, tout ça en vain, malgré les promesses gouvernementales françaises, défendant la fable de la prétendue innocuité des essais.

Hervé Morin, l’ex ministre de la défense, à reconnu qu’il « n’y avait jamais eu d’essais propres  », ainsi qu’on peut le découvrir dans son livre « la dimension radiologique des essais nucléaires français en Polynésie » paru en 2006.

Il a admis que l’atoll de Hao, à 1000 km de Tahiti, avait pu être contaminé, confirmant qu’il y « avait eu quelques problèmes lors de ces essais ».

Mururoa, Fangataufa, Reao, Tureia, Pukarua, les Gambiers et donc Hao sont maintenant reconnus pour avoir été touchés par ces essais.

En 2008, il avait annoncé qu’il allait déposer un projet de loi permettant d’indemniser les 100 000 militaires du contingent, les personnels civils de l’armée, et les populations d’Algérie, et de Polynésie qui en feraient la demande et qui penseraient avoir été irradiés à l’époque des essais nucléaires.

12 anciens militaires français ont pourtant été déboutés le 22 mai 2009. lien

Après la publication du décret 2010-653 du 11 juin 2010, les victimes pouvaient de nouveau espérer, et Hervé Morin avait promis que les premières indemnisations seraient effectuées avant la fin 2010, 

ce qui n’a pas été le cas.

Et puis, les associations de défenses jugent que la liste des 18 maladies retenues dans la loi est encore trop restrictive. lien

De plus, Moruroa e Tatou, président de l’AVEN, (association des vétérans des essais nucléaires) constate que les zones géographiques retenues dans le décret restent inchangées malgré les protestations légitimes et argumentées qui avaient été remises au ministre le 18 novembre 2009.

Devant les protestations de Hiro Tefaarere, premier vice président de l’assemblée de la Polynésie Française, constatant que la loi Morin n’indemnise qu’au cas par cas, une seule victime ayant obtenu un remboursement à hauteur de 2%, l’Elysée avait décidé d’assouplir, en juillet 2011, les conditions d’indemnisation.

Marius Chan, gendarme à la retraite, gravement touché par les radiations, n’a pas caché sa colère : « ne me parlez pas de cette loi Morin, c’est de la pure mascarade ».

En 2010, ils étaient déjà 45 à avoir trouvé la mort, suite à ces essais nucléaires, et on compte aujourd’hui près de 800 nouveaux malades. lien

Alors bien sur, l’ex-président avait promis le 4 février 2012 que la liste des maladies retenues soit élargie, et qu’un nouveau décret soit publié « sans attendre »… lien

Au delà des pollutions relâchées dans l’air, l’eau, et sur la terre, et des malades qui souffrent, un autre problème vient de surgir.

Ces multiples explosions ont en effet fragilisé le socle des atolls, et celui de Mururoa pourrait bien s’effondrer, provoquant, comme on l’imagine un Tsunami monstrueux avec les conséquences que l’on imagine.

C’est Marcel Jurien de La Gravière, délégué à la DSDN (sureté nucléaire et à la radioprotection pour les activités et installation intéressant la défense) qui dans un rapport récent révèle que 670 millions de m3 de la falaise Nord-est de l’atoll pourraient s’écrouler d’un coup dans la mer, provoquant une vague de 2 ou 3 mètres de haut. lien

Cette vague atteindrait l’atoll voisin de Turéia, lequel se trouve quelques 100 km plus loin.

D’autres vont plus loin, comme le site Mille Bâbords, qui évoque une vague de 10 à 20 mètres de haut.

Les 227 habitants de l’atoll voisin de Tureia, à 150 km de là, risquent d’être engloutis par ce tsunami, mais pas seulement.

Alors bien sur, les autorités se veulent rassurantes, signalant que le sous sol de Mururoa est équipé d’un système de surveillance géo mécanique, et que les habitants menacés seraient prévenus à temps, puisque le système installé donnerait un délai de plusieurs jours, voire plusieurs semaines, afin que chacun ait le temps de se mettre à l’abri. lien

C’est sur l’importance de la vague éventuelle qu’il nous faut nous interroger, car entre un tsunami avec une vague de 3 mètres et une vague de 20 mètres la différence n’est pas anodine.

De plus la vague pourrait être beaucoup plus importante.

A titre de comparaison, il faut prendre l’exemple du tsunami qui a eu lieu en 1958 dans la baie de Lituya, dont un pécheur, Howard Ulrich et son fils, échappant miraculeusement à la mort, ont été les témoins,

Or, ce tsunami a été provoqué par un séisme de magnitude 8,3, lequel aurait précipité 30 millions de M3 de roche dans la mer, provoquant une vague de plus de 500 mètres de haut, et pour laquelle nous avons un témoignage. vidéo

Comme le rapport de Jurien de la Gravière évoque 670 millions de m3 de roche s’écroulant d’un seul coup dans la mer, soit 20 fois plus que lors du cas de la baie de Lituya, on découvre que l’estimation d’une vague de 3 mètres, voire de 20 mètres est manifestement très optimiste.

En attendant, au Japon, le dernier réacteur nucléaire est en train d’être graduellement arrêté, (lien) mais la piscine du N°4 continue de menacer, alors que les coriums sont toujours en ballade (lien) et que Tepco est en passe d’être nationalisé, avec la nomination prochaine par le gouvernement nippon de ses nouveaux dirigeants. lien

En France, les pépins continuent, comme à Fessenheim, par exemple, ou l’unité 2 a du être arrêtée mardi 8 mai, à 16h10, suite à un test raté.

C’est le même genre « d’incident » qui s’était produit à Tchernobyl, avant la catastrophe que l’on sait.

Les techniciens tentent de détecter l’origine de ce disfonctionnement, avant le redémarrage, et son raccordement au réseau. lien

Le marché des détecteurs de radioactivité Geiger est donc en plein boom, ce qui est normal par ces temps où nous sommes à tout moment menacés par le risque nucléaire, et que pour des sommes raisonnables, chacun peut se procurer un capteur. lien

François Hollande va-t-il attendre la fin de son mandat pour fermer enfin cette vieille centrale ?

Seul l’avenir nous le dira.

Comme dit mon vieil ami africain : « le clou souffre autant que le trou ».

L’image illustrant l’article provient de « eboot.blogspot.fr »

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

Sites à visiter : scoop.it, zegreenweb, Fukushima diary, gen4, jiji press, nifty, simplyInfo, radiomap, Japan Time, Mainichi daily news, yomiuri day… 

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