VIH, 25 ans après, quelles stratégies pour un vaccin ?

par loule
mercredi 21 mai 2008

Le 20 mai 1983, le virus responsable du sida, le VIH, était identifié par une équipe de chercheurs français. Vingt-cinq ans après, la recherche mondiale poursuit ses efforts pour parvenir à mettre au point un vaccin.

Luc Montagnier, Willy Rozenbaum, Françoise Barre-Sinoussi... Ils étaient douze co-auteurs de l’article publié dans Science le 20 mai 1983 et qui allait faire date dans les annales de la recherche médicale. L’équipe de scientifiques français avait isolé un rétrovirus d’un type nouveau chez un patient présentant les symptômes du sida. Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) venait d’être découvert. L’espoir est alors immense, de trouver rapidement une solution vaccinale pour traiter ce "cancer gay" apparu aux Etats-Unis, deux ans auparavant. Un quart de siècle plus tard, l’horizon d’un vaccin est encore bien flou et l’enthousiasme des premières années a cédé à une attitude contenue de la communauté scientifique. La recherche d’un vaccin demeure plus que jamais l’unique solution pour enrayer l’épidémie qui touche près de 33 millions de personnes dans le monde.

En vingt-cinq ans de lutte, différentes pistes scientifiques ont été explorées et bien qu’aucune d’entre elles n’ait abouti, elles ont permis d’avancer dans la connaissance du virus. Jusqu’au milieu des années 90, les chercheurs se sont focalisés sur la production d’anticorps neutralisants dirigés contre les protéines externes du VIH. L’impressionnante variabilité du virus a très vite bloqué cette stratégie. AIDSVAX de la compagnie américaine VaxGen a été le premier candidat-vaccin dont les essais cliniques ont été menés jusqu’à l’ultime phase de preuve d’efficacité avant d’être arrêtés en 2003. Les chercheurs ont alors tenté une autre voie, l’activation des lymphocytes cytotoxiques (CD8). Autre mécanisme de défense de notre système immunitaire, les CD8 tueurs sont chargés d’éliminer les cellules infectées. Basé sur ce principe le candidat-vaccin du laboratoire Merck a vu ses essais cliniques d’efficacité (STEP et Phambili) stoppés brutalement en septembre dernier : le vaccin non seulement inefficace augmenterait le risque d’infection chez les personnes ayant une immunité préexistante au vecteur viral utilisé, un adénovirus.

Pour Frédéric Tangy, chef du laboratoire de génomique virale et vaccination de l’Institut Pasteur : "un vaccin efficace devra induire des réponses multiples du système immunitaire". Pour cela, il est crucial de mieux comprendre les mécanismes de l’immunité dont les scientifiques n’ont qu’une connaissance partielle. Wayne Koff, vice-président de la recherche et du développement à l’International AIDS Vaccine Initiative (IAVI), reste confiant : "certains individus sont capables de produire des anticorps à large spectre efficaces contre le VIH et d’autres, appelés contrôleurs d’élite, maîtrisent l’infection grâce à des CD8 très performants. Il existe donc des solutions aux deux problèmes majeurs auxquels ont été confrontés les candidats-vaccins." L’étude de ces modèles "résistants" au VIH est porteuse de nombreux espoirs. Un autre axe très nouveau dans la recherche est l’utilisation de vecteurs viraux vivants atténués, une méthode de vaccination qui est de loin la plus efficace. L’équipe de Frédéric Tangy travaille à faire exprimer des gènes du VIH par le vaccin de la rougeole afin de mettre au point un vaccin pédiatrique qui protégerait contre les deux maladies. Un objectif autant sanitaire qu’économique puisque le vaccin contre la rougeole ne coûte que 10 centimes d’euros par personne à produire.

L’échec très médiatisé de l’essai STEP a amené les acteurs internationaux de la lutte contre le VIH à repenser les stratégies de recherche d’une solution vaccinale. Entre autres, le National Institute of Health (NIH) américain, à qui d’aucuns reprochent de pousser les essais vers la phase ultime d’efficacité en dépit de résultats pas toujours convaincants, est en pleine réévaluation de sa politique. L’institution met dans la recherche clinique près de la moitié des 600 millions de dollars annuels qu’elle alloue à la recherche d’un vaccin contre le VIH. Et, pour cause, elle dispose depuis 1999 d’une infrastructure internationale dédiée aux seuls essais cliniques, le HIV Vaccine Trial Network (HVTN). Pour Françoise Barre-Sinoussi, co-découvreur du VIH et responsable de l’unité de biologie des rétrovirus à l’Institut Pasteur, "l’échec de STEP était parfaitement prévisible et le point positif est que les chercheurs qui, depuis quelques années, militent pour plus de recherche fondamentale sont à présent entendus". Wayne Koff relativise : "la recherche clinique est une part essentielle dans la compréhension du fonctionnement du virus et nous tirerons de STEP de précieuses informations pour la suite." Mais IAVI comme les autres grandes institutions internationales opère un glissement des budgets depuis le développement vers la recherche preuve que du fondamental émergeront les nouvelles stratégies de demain. Comme le rappelle Frédéric Tangy, "tous les vaccins ont nécessité vingt-cinq à cinquante ans de recherche et à partir du moment où l’on dispose d’un candidat sérieux, il faut au minimum quinze ans avant qu’il ne soit mis sur le marché". La course au vaccin anti-VIH est un marathon, pas un sprint, qui vingt-cinq ans après la découverte du virus, ne fait que commencer.


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