A la recherche du sens de l’existence après 2015 ?

par Bernard Dugué
lundi 28 décembre 2015

Etrange époque. Il y a 20 ans, dans un contexte de millénaire finissant marqué par l’ère post-soviétique et l’ascension du numérique, nombre de penseurs s’interrogeaient sur le sens de l’existence. En 2015, cette interrogation semble avoir disparu de l’espace public alors que des individus ont commis des actes insensés, du 7 janvier au 13 novembre. Dans un autre contexte, celui de la politique, la désaffection gagne les citoyens qui en majorité ne croient plus dans l’action politique pour résoudre des problèmes aux causes diverses. Certains problèmes n’ont pas de solution, d’autres ne sont pas des problèmes alors que certains problèmes ont des solutions qui ne passent pas nécessairement par la politique. Mais franchement, le sens de l’existence réside-t-il dans la résolution de problèmes ? Si tel est le cas, nous n’aurions plus besoin des Platon et autres Foucault ou Heidegger. Il serait temps alors de promouvoir Mc Gyver philosophe officiel des sociétés démocratiques. Et de remettre notre sort entre les mains de la BCE pour financer la nouvelle économique. Nos générations Harry Potter s’en remettront également aux bons soins d’un Donald Trump qui selon certaines analyses, s’exprime comme un gamin de 10 ans.

La situation est claire. La vie moderne engendre des dégâts collatéraux que le politique ne sait pas solutionner. Chômage, terrorisme, cancer et j’en passe. C’est le lot de l’existence moderne. La circulation automobile fait quelque 4000 décès par ans sans compter les accidents et les handicapés à vie. Chômage, terrorisme, cancer, événements météorologiques, ces choses sont des dégâts collatéraux liés à notre mode de vie. Sauf le climat qui nous affecte mais nous sommes responsables des constructions dans les zones… enfin bref, la politique n’apporte pas de solutions parce que les maux engendrés par l’existence moderne ont une origine holistique. La politique est même pour partie un problème. Le PS et l’UMP se décomposent. Preuve s’il en est du chaos contemporain. Je ne développe pas plus.

Une hypothèse : si les gens trouvaient un sens à l’existence, la société se porterait mieux. Le sens se comprend traditionnellement suivant deux acceptions au moins. Le sens comme orientation, direction, horizon que nous essayons de suivre, finalité que nous nous efforçons d’atteindre. Le sens comme signification que l’on accorde au chemin que l’on suit et à l’horizon que l’on vise ou parfois même un horizon qui s’offre à nous sans que nous l’ayons cherché ni souhaité. Il est évident que tous ces éléments sont intriqués, chemin, horizon, signification. Lorsque l’on entend le sens, nos pas et nos actions prennent une forme déterminée et résonnent avec une richesse émotionnelle toute particulière. J’entends ici par émotions des processus situés dans les hautes sphères de la conscience. Entendre la vérité, être capté par le beau naturel ou artistique, être saisi par l’amour, voilà quelques émotions spirituelles qui confèrent du sens à l’existence.

Sans adhérer à la thèse des trois états de Comte, on peut néanmoins tracer trois époques pour lesquelles le sens de l’existence était conditionné par un référent ayant valeur d’universel. Dieu au Moyen Age, puis la raison et l’homme pendant la première modernité (disons de 1700 à 1945) et enfin la science et la technique pour ce qui concerne notre époque récente. Avec Dieu, l’existence prend un sens dans l’au-delà, avec l’humanisme moderne, l’existence prend son sens dans le temps, le progrès, l’histoire, avec l’idéologie scientifique, l’existence se rétrécit à la dimension d’un jeu existentiel, d’un divertissement sophistiqué. Le scientifique affairé dans son laboratoire est mû par le souci d’un divertissement sérieux. Le laboratoire est la garantie du sérieux. Pour donner confiance dans un produit, la publicité filme des gens en blouse blanche manipulant quelques fioles. L’effet est garanti. C’est aussi efficace dans l’âme qu’un Pater Noster récité à l’église par les fidèles d’antan.

Dans l’univers du divertissement scientifique et technologique, ni la Nature, ni l’Homme et encore moins Dieu ou la transcendance n’ont de sens profond et déterminant. Pourtant, ces trois composants sont des éléments indispensables permettant de produire du sens. S’accorder avec la Nature, avec les hommes, avec le Soi profond et divin. Etre enchanté et saisi par l’émerveillement du mystère et le mystère de l’émerveillement. J’ai quelques réticences à développer le propos plus en avant, de peur de faire du Frédéric Lenoir en moins bien !

Le sens de l’existence advient en accédant à cet état de conscience que je désigne comme soi universel. Ce soi permet de s’accorder, avec le cosmos, avec les hommes, avec la transcendance en réalisant l’esprit universel. On retrouve trois grandes options présentes dans la spiritualité et la religion. L’accord avec le cosmos a été pensé plus spécialement par le Tao. L’accord entre les hommes se trouve autant dans la pensée de Confucius que la philosophie grecque de Platon et Aristote. La réalisation de l’esprit a été révélée dans les trois religions monothéistes et plus particulièrement, dans la trinité chrétienne. Contemplation de la nature, fraternité et amitié, élévation spirituelle et personnelle, trois pôles permettant d’inscrire l’existence à travers un sens et un horizon bien plus riche que l’existence matérialiste ordinaire offerte par le système technicien, scientifique et consumériste. Cultiver l’amitié, la joie de la nature, et entrer en résonance avec le Soi universel. C’est non seulement possible mais nécessaire pour façonner un monde fait pour les « hommes justes ».

C’est simple au final. La science, ses gadgets, ses conformités, avec l’existence du technocosme numérique, jeux, divertissement, tourisme, séries télé, spectacles de masse, cinéma, aliène l’individu qui participe à sa propre aliénation, contrairement au prolétaire de Marx qui pour subsister n’avait pas les moyens pour résister. Face à cette aliénation s’offre une existence riche de sens. A vous de la trouver. Si un nombre suffisant de gens la trouvent, alors un monde inédit adviendra. Je me suis perdu à essayer de vous guider. A vous de vous perdre pour m’orienter vers la voie. L’universel accompli est la seule destination de l’homme.

Il est temps de conjurer le désenchantement du monde ! Ce n’est pas si facile mais c’est accessible. Il faut trouver le sens et surtout le chercher. A vous de Voir !


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