Affaire Tapie : merci la justice d’avoir fait son travail !

par Laurent Herblay
samedi 12 décembre 2015

Ce n’est sans doute pas le dernier épisode de la saga judiciaire entre Bernard Tapie et les représentants des intérêts du Crédit Lyonnais. Mais, après une invalidation de l’arbitrage en début d’année, la cour d’appel a de nouveau rendu un jugement défavorable à l’homme d’affaires.

 
Le bluff de Tapie pleinement révélé
 
Ce qui est extrêmement important dans le jugement de jeudi, bien expliqué par le Monde, qui, curieusement, oublie complètement cet aspect des choses dans sa vidéo de synthèse de l’affaire, qui se concentre sur les aspects seulement judiciaires, c’est l’invalidation du prétexte de toute cette affaire, comme je l’avais soutenu dès le début. Au départ de cette saga interminable, la demande de l’homme d’affaires d’une compensation sur les profits réalisés par ceux qui lui avaient racheté Adidas en février 1993, qui avaient réalisé un grand profit en la revendant en novembre 1994. Bernard Tapie pouvait d’autant plus plaider l’escroquerie que sa banque, à qui il avait confié la vente de l’entreprise, faisait partie des acheteurs, ce que le fait de confier un mandat de vente ne devrait pas permettre, normalement.
 
Sauf que, la cour d’appel a jugé cette semaine que « le prix de vente (…) correspondait à la valeur réelle d’Adidas à la date de cession (…) le groupe Tapie, au vu des résultats catastrophiques de 1992, n’était en mesure ni d’obtenir les apports en capital importants qu’exigeait le redressement d’Adidas, ni dès lors de conserver durablement les titres » et que les filiales du Crédit Lyonnais « n’ont pas commis les fautes qui leur sont reprochées ». Bien sûr, Adidas valait beaucoup plus en novembre 1994 qu’en février 1993, mais parce qu’entre temps, ses dirigeants l’avaient redressé e, ce que Bernard Tapie n’avait pas réussi à faire. L’ancien ministre (sic) a quand même eu un sacré culot de demander une part des profits réalisés 21 mois plus tard alors que la vente de 1993 lui était déjà avantageuse.
 
A quand le procès de nos dirigeants ?
 
Car outre le fait que le prix qu’il a obtenu était celui qu’il avait demandé (et lui permettait alors de sortir du rachat sans rien perdre), il faut noter que l’avocat du CDR (la structure de défaisance du Crédit Lyonnais) a dit que la transaction s’est faite à « un très, très, très bon prix  ». Ce faisant, à l’exact inverse des motifs que Bernard Tapie a avancé pour son action judiciaire, on pourrait même dire, a posteriori, que le prix auquel il a vendu Adidas était probablement plus haut que la valeur de l’entreprise à l’époque et qu’il est pour le moins troublant qu’un ministre en difficulté financière revende à une entreprise publique, l’entreprise en difficulté qu’il avait racheté, au prix exact qui l’arrange, juste avant une défaite électorale de la majorité. Comment ne pas soupçonner une première affaire d’Etat Tapie / Adidas  ?
 
Mais ce jugement jette également une part d’ombre sur la médiation décidée sous le mandat de Nicolas Sarkozy, où le mélange des genres est à peine moins indécent que sous François Mitterrand. N’oublions pas que Bernard Tapie a appelé à voter pour l’ancien président en 2007 et a souvent vu son entourage le plus proche, juste avant de bénéficier d’un arbitrage lui attribuant la bagatelle de 400 millions, dont la Cour d’appel vient de conclure qu’il n’avait pas le moindre motif. Là encore, comment ne pas soupçonner une autre véritable affaire d’Etat concernant cet arbitrage, d’autant plus qu’un des arbitres choisis par ceux qui étaient alors au pouvoir n’aurait jamais du être en position d’arbitrer cette affaire, arrivant à une conclusion aujourd’hui infirmée par la Cour d’Appel de Paris sur le fond.
 

Alors bien sûr, après avoir vu son bluff révélé, il reste à Tapie le levier de l’émotion. Il tentera sans doute de faire pleurer dans les chaumières, lui qui a vécu dans un hôtel particulier et un yatch. Mais dans la réalité, il était surtout un aventurier roublard, pour ne pas dire un escroc deux fois pistonné à l’Elysée.


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