Après boire et bouffer, Copulo ergo sum ! (1)

par Georges Yang
lundi 2 janvier 2012

D’Aphrodite à Eros, Pan et surtout Dionysos, si cher à Michel Onfray, en faisant une petite dérivation par le Satiricon, le Décaméron, les contes de Canterburry, on ne peut que constater que le plaisir des Dieux et celui des hommes passe par des limites floues entre amour et sexualité. Pour beaucoup d’entre nous, y compris les poètes et les romantiques, sexe = plaisir, amour = souffrance ! Plaisir d’amour ne dure qu’un moment, chagrin d’amour dure toute la vie. Que d’ingrates Sylvie ont poussé au désespoir des hommes sérieux et raisonnables quand ils ont eu le malheur d’en tomber amoureux ! A l’opposé de la bluette de Florian, précurseur du romantisme et de l’eau de rose, l’amour platonique et le viol, sont les limites extrêmes de l’expression de la libido. Mais entre ces deux pôles, la place du plaisir est limitée pour celui ou celle qui aspire à aimer. La jalousie, la crainte, les larmes sont plus souvent au rendez-vous que le rire et la joie. Cela peut ressembler à un vulgaire cliché, mais pour aimer il faut être au moins deux si l’on ne veut pas voir tourner la belle histoire à la déception et à l’amertume. Se croire aimé, que cela soit vrai ou non amène plus de souffrance ou de douleurs que de plaisir. Aimer à perdre la raison, chacun y voit la suite qu’il veut, mais elle est tragique. Celui qui aime et fait face à des problèmes insurmontables manque cruellement de lucidité alors que sa sagacité est aiguisée quand il réfléchit sur les problèmes des autres. Il devrait écouter ses vrais amis avec plus d’attention, car ceux-ci, non aveuglés par la passion, voient très vite tout ce qui cloche et n’a aucune chance de s’améliorer. Hélas, la plupart du temps, celui qui est égaré par l’amour refuse tout conseil et se voile la face. Il avouera penaud, bien plus tard déconfit par le fait d’avoir été éconduit, trompé, bafoué ou financièrement saigné à blanc, que ce qu’on lui avait dit était l’évidence qu’il refusait d’admettre. Pas besoin de sortir des aphorismes dignes de Sacha Guitry sur le mariage et le couple pour être crédible. Bien au contraire, l’ami doit dépassionner le débat, éviter l’ironie et les lieux communs et s’en tenir aux faits et non aux supputations. Ce n’est guère aisé et sans inconvénients, car l’homme amoureux est au-delà de la raison et de la rationalité. Disons que pour les femmes la situation est similaire, mais non identique, car même si elles n’en tiennent pas compte, elles sont bien plus fréquemment demandeuses d’avis et de conseils auprès de leurs amies. Il existe un malentendu au niveau des sentiments, on en fait toujours trop ou insuffisamment pour être en adéquation avec l’autre. Pour de courts instants de bonheur quelquefois partagés que de craintes, de doutes et de désillusion, mais cela vaut encore mieux que l’aboulie affective totale. Il vaut mille fois mieux sacrifier sa tranquillité d’esprit que de rester amorphe. Cependant, les chanceux sont ceux qui arrivent à associer le plaisir sexuel aux sentiments, rares sont ceux qui y parviennent pleinement.

En dehors du moment de passion des premiers instants où tout semble sourire, où l’on marche sur un tapis de roses sans épines, l’ardeur des sentiments diminue assez rapidement. Mais le plus souvent pour l’homme, dans le sens d’individu de sexe masculin, la sexualité se résume à de brefs moments d’érections et de pénétrations entrecoupés de longues méditations et ratiocinations sur le sexe, sur sa vanité, son importance et tout le tralala. La plupart du temps, la copulation soulage à l’instant présent, mais elle est sans issue dans le sens gainsbourgien du terme, car elle laisse sur sa faim et ne demande qu’à être renouvelée, car insatiable. Le baiseur est un Sisyphe qui s’ignore. Le plaisir sexuel de l’homme peut certes se teinter d’un sentiment que l’on appelle communément l’amour, mais ce n’est ni obligatoire ni nécessaire ; pour un nombre non négligeable cet aspect est même subalterne, voir importun. Pour la femme, c’est nettement plus complexe et nous y reviendrons, le physique étant lié au psychique bien plus intimement.

L’apparence de la poutre !

Déviation et perversions, à l’instar de l’orgie romaine, caricaturée intentionnellement par les premiers penseurs chrétiens dans leur lutte fanatique contre le paganisme, allient les trois thèmes repris en titre comme éléments majeurs de l’expression du plaisir. Nombreux sont ceux qui se bâfrèrent en consommant les mets les plus chers et les plus raffinés arrosés de vins capiteux en compagnie de prostituées et de gitons tout en faisant des vers ou en réfléchissant à la législation de l’Empire. Les plaisirs ont peut-être tué Rome à petit feu et seraient l’explication de la Décadence de l’Empire, mais cela a pris tout de même quatre siècles. Le christianisme et les invasions barbares ont probablement plus participé à la déliquescence de Rome que la débauche. Le christianisme devenu religion de l’Empire est probablement le principal moteur de la décadence de l’Empire romain.

Dans les sociétés modernes, ce qui est en général considéré comme immoral est cependant toléré légalement. Fétichisme, prostitution, adultère, pornographie, variations sexuelles sont acceptés avec plus ou moins de tolérance selon les législations en cours. Les limites de l’acceptable ne sont pas repoussées, mais déplacées. Ce qui est rigoureusement interdit à la plèbe peut être admis, voire pratiqué sans retenue par une caste dirigeante, un groupe d’apparatchiks ou une petite coterie de riches et de puissants. Seul dorénavant le crime sexuel, l’inceste et la pédophile sont unanimement condamnés. Mais là encore, les limites du tolérable se sont déplacées. Depuis une bonne vingtaine d’années, le fléau de la balance morale a changé de position dans les sociétés nord-américaines et euro-occidentales, malgré une apparente libéralisation des mœurs.

La révolution Viagra n’a pas que des avantages pour les mâles en mal d’érection. Elle présente aussi des inconvénients, car le leurre de la virilité retrouvée ne compense pas hélas les rides, le décharnement et la bedaine. Le ridicule et la honte de soi ne peuvent être effacés par l’unique magie de la petite pilule bleue. La satisfaction de pouvoir recommencer à bander peut-elle compenser la tragédie du vieillissement ? Le Viagra est une renaissance du pénis, mais hélas pas du corps. Véritable révolution sociale plus que solution chimique à un problème physiologique, le Viagra a redonné le goût de la vie à des hommes déstabilisés par l’andropause, malgré l’amertume due au temps qui passe et les effets inéluctables de l’âge. Plus que la morale, la religion ou la loi, l’amour-propre est le frein le plus important à l’expression du plaisir. Ne devenir qu’un pitoyable clown en érection apporte plus d’angoisse que de sérénité une fois passé le soulagement de l’éjaculation.

La pornographie est loin d’être récente. Des scènes plus qu’érotiques ont été retrouvées peintes sur les murs des établissements de plaisir de Pompéi. Le décorum et les fresques des bordels pompéiens a longtemps influencé le concept du lupanar jusqu’à nos jours. Les images et gravures érotiques circulaient dans les milieux libertins du XVIIIème siècle et les clichés de femmes nues en positions lascives sont aussi vieux que l’apparition de la photographie. Pareillement, les films érotiques apparaissent avec les premiers balbutiements du cinéma. Le roi d’Espagne, Alphonse XIII en était parait-il un amateur assidu et aurait passé commande de deux films du genre dans les années 20. Le Prince Edouard était quant à lui grand connaisseur de « maisons de spécialités » qualifiées aussi de façon égrillarde « d’établissements à la française » lors de ses séjours à Paris. Puis arrivent les posters, les magazines pour GI’s et leurs pin-up lors de la seconde guerre mondiale, suivis des premiers numéros de Playboy, Penthouse et Lui, malgré les tentatives de censure des moralistes américains embrayés par les gaullistes et les socialistes français. Mais tout va s’accélérer avec l’invention du magnétoscope, mais surtout après l’explosion d’Internet. Le porno se vulgarise et ne nécessite plus de rentrer tête basse et l’air gêné dans une boutique interlope située derrière une gare ou dans un quartier chaud. Et si beaucoup d’hommes regardent des pornos chez eux en solitaire, ou au bureau pour faire passer les 35 heures de façon moins monotone, des femmes, de plus en plus nombreuses ne rechignent pas à ce genre de spectacle. Si la consommation de porno s’est répandue dans la pratique, peu nombreux sont ceux et celles qui avouent sans honte regarder de tels films. Il existe encore une certaine gêne à en parler. La première raison était il n’y a pas si longtemps la morale judéo-chrétienne, les musulmans, reconnaissons-le ne sont guère mieux lotis. Hélas en Occident, le rejet vient du féminisme radical, qui voit d’un très mauvais œil l’exploitation du corps de la femme à des fins commerciales et marchandes. Quand on fait remarquer qu’il existe aussi toute une production homosexuelle masculine, ces militantes de la cause des femmes restent bien souvent coites en dehors de leur leitmotiv de marchandisation du corps. Un autre argument condamnant la pornographie cinématographique est la pauvreté des scénarios. Il est vrai qu’à de rares exceptions, la mise en scène est basique et les dialogues réduits au minimum, quand il ne s’agit pas quasi exclusivement de feulements, râles et borborygmes surajoutés lors du montage.

Jadis, celui qui était à la fois en panne d’érection et d’imagination érotique demandait des conseils à ses copains ou lisait des revues spécialisées quand il ne restait muet dans son désarroi. I can’t get no satisfaction, cela arrive quelquefois dans la vie d’un homme, surtout passé un certain âge. Puis arrivèrent les sexologues, sortes de gourous de la baise pour individus peu imaginatifs. Il existe toute une kyrielle de revues hebdomadaires ou mensuelles spécialisées dans l’érotisme du couple et Internet foisonne de conseils plus ou moins fantaisistes souvent débouchant sur des attrape-gogos ou la vente de produits-miracles. On est loin des premiers conseils prodigués à la radio par Ménie Grégoire ou des petits bouquins écrits vers le début des années 70 par Xaviera Hollander, ex sténodactylo devenue call-girl et qui essayait d’apprendre au citoyen lambda à baiser intelligemment. La sexualité des autres est devenue un créneau financièrement attrayant. Le nombre de gens vivant de la misère sexuelle des autres devient au fil du temps plus important que celui des prostituées classiques et personne n’y voit à mal, sauf les rares intégristes qui traquent le démon dans chaque publication qu’ils trouvent immorale ou obscène. Cependant, certains sexologues se sont tellement impliqués dans la recherche de l’harmonie sexuelle de leurs clients et surtout clientes, qu’ils se sont retrouvé au pénal.

Enfin, la jouissance dans l’humiliation et la soumission est regardée comme un avilissement alors qu’il s’agit plutôt d’un jeu de soumission théâtralisé comme le bondage ou l’éjaculation faciale. La mode du porno et sa vulgarisation par Internet ont modifié la perception de la sexualité par le plus grand nombre. Jadis, les fantaisies sexuelles et érotiques n’étaient connues et pratiquées que par une petite minorité. Les excès en tous genres, la sexualité de l’extrême n’était le fait que de quelques « pervers » souvent financièrement aisés. Désormais, le moindre adolescent rêve de sodomie, de double pénétration, de bondage et de fist fucking dès ses premiers rapports sexuels alors qu’il ne sait encore rien du solfège du corps. Il ne peut qu’être déçu par une sexualité classique, pour ne pas dire banale et aspire à brûler les étapes. Or, comme pour l’alcool, la drogue ou la gastronomie, il existe une préparation et une initiation qui doit aller crescendo. La sodomie, le triolisme, l’utilisation de « jouets sexuels » ne sont pas condamnables en soi, mais ne sont ni la meilleure première approche ni la meilleure initiation quand on est encore puceau. Et même au niveau homosexuel masculin, une première sodomie ne peut se concevoir qu’après une préparation faite de tendresse, de caresse, de psychologie bien avant de penser crème anale et gel lubrifiant. Quelque soit l’orientation sexuelle, on ne devient pas un Bocuse du braquemart après quelques semaines de pratique, même avec un très bon initiateur.

Tout comme pour la prostitution, l’échangisme ou le strip-tease, la dimension marchande est mise en avant comme condamnation obligatoire par les tenants de la morale. Alors que l’exploitation au travail quand il concerne une autre partie du corps que les organes génitaux n’est condamnée avec véhémence que par les syndicalistes et quelques politiciens de gauche. L’acte professionnel mettant en cause la sexualité d’une manière ou d’une autre est dénoncé avec les mots les plus durs alors qu’ils sont peu nombreux à signer des pétitions pour défendre les caissières à mi-temps qui en attendant la reprise, poirotent sans être payées et rentrent chez elles tardivement à des kilomètres de leur lieu de travail pour un salaire inférieur au SMIC car à temps partiel. Mais en quoi exploiter sa bonne, ou ses ouvriers serait moins immoral que de refiler 50 euros pour une pipe salutaire ou un petit billet pour une lap dance ? Or, du moins dans les clubs européens, une strip-teaseuse est nettement mieux rémunérée qu’un manutentionnaire ou un ouvrier du bâtiment qui manie un marteau-piqueur et encore mieux qu’un clandestin faisant la plonge. Bien que mis souvent en avant par les moralistes et les prohibitionnistes, ce n’est pas le versant économique et l’exploitation de la main d’œuvre sexuelle qui déclenche cette réprobation, mais la morale, qu’elle soit religieuse ou laïque. Et quand Houellebecq fait une vague et timide apologie du tourisme sexuel en Thaïlande ou en Russie, il reçoit une volée de bois vert de ces mêmes bien-pensants. On peut comprendre qu’il n’y a rien de glorieux à profiter de la pauvreté et du désarroi poussant de jeunes femmes du Tiers-monde ou d’Europe orientale à se prostituer, ou à exercer des professions de masseuses ou de danseuses nues, mais il y a pire comme injustice sociale. Quand Berlusconi est soupçonné d’avoir rémunéré grassement des jeunes filles exerçant le même genre d’activité, il est gravement condamné par une partie de l’opinion publique. Très peu par contre s’indignent qu’un dirigeant puisse utiliser des sommes aussi élevées pour des parties fines ou des galipettes, en se demandant s’il s’agit de fonds publics ou de ses économies personnelles. Ce qui choque le plus, c’est le lien entre pouvoir et sexualité. Car quand il n’y a aucune rémunération associée, l’opprobre reste la même. Bill Clinton est là pour en faire la démonstration vivante, sa plume dans le bureau ovale a déclenché l’ire du juge Kenneth Starr dont les investigations inquisitrices tenaient plus du voyeurisme poussé jusqu’à l’obscénité flagrante que de la justice. Jouir quand on a le pouvoir, quoi de plus naturel, le faire dans une démocratie demande cependant de la préparation et un quarteron de bons avocats et de conseillers en communication. Mais encore faut-il le faire avec intelligence, brio et panache. Hélas, le bling-bling, le m’as-tu-vu et l’exposition de son pouvoir et de sa richesse par des hommes politiques enclins à l’histrionisme sont loin de la voie à suivre prônée par Aristippe de Cyrène.

Au niveau de l’expression de la sexualité, il existe une classification assez floue entre ce qui est licite et tolérable et ce qui est perversion et délinquance. Cependant, il est impossible d’établir une échelle universelle des perversions, car celle-ci serait tributaire d’une variable intimement liée au niveau de tolérance de la société à un instant donné. La limite entre le normal et l’inacceptable est en permanence mouvante. Sa stabilisation ne peut être que conflictuelle. La tolérance se comporte comme un ludion jeté violemment dans un fluide, au début il subit les mouvements du liquide, puis il se stabilise plus ou moins rapidement selon la force du jet et la viscosité du liquide. Pour tout ce qui concerne les mœurs, la permissivité ou la rigueur morale, suivent un effet de balancier, autorisant ou punissant selon la position où se trouve le fléau de la balance.

Enfin, on ne peut faire l’impasse sur le viol. Bien que de nature criminelle, il traduit avant tout une exacerbation de la libido pouvant aller jusqu’à la torture et au meurtre. S’il existe plusieurs types de viols et de violeurs, chaque acte est cependant l’expression d’une personnalité et d’une individualité, même si les criminalistes arrivent à déterminer des catégories et des profils à la fois de coupables et de victimes. Il n’y a rien de commun entre le viol organisé comme arme de répression lors d’un conflit armé et celui commis soit par un amoureux éconduit soit par un homme seul sous l’influence de l’alcool ou d’hallucinogènes, bien que les viols collectifs soient souvent commis par des soudards ivres ou drogués. Il existe des violeurs presque impuissants, d’autres qui aiment humilier et forcer et enfin ceux dont l’acte traduit une ambiguïté sexuelle. Le viol des femmes est souvent comparable aux sévices contre des homosexuels perpétrés par des individus très peu sûrs de leur orientation sexuelle ou à la sexualité chancelante. Mais ce n’est pas parce qu’il est condamnable pénalement qu’il faut nier au viol sa possible dimension de plaisir. S’il n’y avait aucun contentement ou même soulagement dans l’acte, il n’y aurait aucune raison de le commettre. Plaisir nuisible et criminel certes, mais plaisir tout de même, il serait vain de le démentir et de le nier. Celui qui viole assouvi un besoin, une pulsion irrépressible et ressent une jouissance qu’il n’est le plus souvent pas capable d’atteindre par le biais d’une sexualité dite normale, si jamais il en a eu une. Et puis, comme pour toute situation mettant en scène des humains, il existe toute une gamme de comportements allant de la simple insistance une peu lourde, en passant par le harcèlement verbal ou téléphonique, le tripotage trop poussé et l’agression sexuelle pure et simple pouvant aller jusqu’au meurtre. Le législateur parle de consentement explicite ou de relation imposée, comme si cela était si facile à cerner. Combien de femmes jouissent en disant, voir en criant non en plein orgasme et combien se taisent et n’osent protester après qu’un abruti leur ait arraché leur slip et les ait culbutées dans une décharge à défaut de la paille d’une grange. En dehors des cas de violence avec arme ou de coups et blessures où l’intention criminelle est évidente, de nombreux débordements sexuels restent dans la limite assez floue de la lourdeur, de la grossièreté et du malentendu. Certaines allumeuses ne savent pas vraiment ce qu’elles veulent, alors que des victimes de véritables viols sont quelquefois sidérées et tétanisées au point de ne pas résister ou même de protester.

Il est enfin curieux de constater que si les romanciers, les essayistes, les poètes et autres prosateurs ont exploré avec plus ou moins de talent et de réussite les domaines variés de la sexualité et de son expression, les philosophes à l’exception notoire de Michel Foucault ont été par contre très peu prolixes quand il a été question d’analyser cet aspect de l’existence dans ses détails techniques et physiques et son vécu au quotidien. Ils restent le plus souvent au niveau du sentiment ou de son illusion et non dans la réalité de l’acte. Si Michel Houellebecq peut écrire sans trop émouvoir les foules : « …que la dégustation de leur sperme n’était pas pour les hommes un acte indifférent ni optionnel, mais constituait un témoignage personnel irremplaçable  », (La possibilité d’une île), pourquoi un philosophe ne prendrait-il pas à bras le corps cette thématique existentielle et ne disserterait-il pas sur l’importance de la fellation dans les relations humaines, surtout quand elles deviennent intimes, mais pas forcément. Etre ou ne pas être se transforme dans l’esprit des hommes quelque soit leur âge, mais de plus en plus à mesure qu’ils vieillissent, en bander ou ne pas bander. Telle est la question essentielle et la raison d’être majeure ! Houellebecq, dans le même livre, constate que « La vie sexuelle de l’homme se décompose en deux phases : la première où il éjacule trop tôt, la seconde où il n’arrive plus à bander ». L’interrogation shakespearienne va au-delà de la possibilité d’érection, le Viagra est à présent là pour y remédier, mais concerne l’image que le mâle donne de lui, même. Malheureusement, ce questionnement ne s’efface cependant pas quand l’homme possède suffisamment d’argent pour faire passer les réticences de l’âge et de l’aspect physique. Il est difficile voire impossible d’imaginer Kant, Pascal, Schopenhauer, ou Marx écrire sur la place de l’orgasme, du cunnilingus ou de la fellation dans la société, dans l’éthique et le concept de civilisation. Pas de doxa de la pipe chez les philosophes ! Il faut reconnaître qu’à l’encontre de quelques sociologues spécialisés sur le thème, peu d’économistes ont de leur côté étudié l’impact de la sexualité sur le PNB et les échanges internationaux. Ce n’est pas en écoutant ou en lisant les « brillantes » analyses d’Alain Minc ou de Jacques Attali et leurs projections sur l’avenir que l’homme un tant soi peu encore vivant a envie de prendre son pied. Les philosophes ne sont donc pas les seuls à blâmer. L’écriture sérieuse sur le sexe est jusqu’à présent réservée à des spécialistes médicaux ou du psychisme, tels les sexologues, les psychologues, psychiatres et quelques austères féministes, sinon elle devient le domaine des égrillards, pornocrates et auteurs de romans de gare.


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