Au sujet des emplois aidés

par Monolecte
vendredi 25 août 2017

D’accord, je vais énerver, mais pourquoi défendre les emplois aidés  ?

De ce que j’ai pu expérimenter dans ma vie active, ceux qui sont aidés, ce sont surtout les employeurs et non les employés… et pas qu’un peu… au point que l’idée même de valeur du travail a disparu de leurs pensées.

Le prétexte, c’est rapprocher de l’emploi ceux qui en sont éloignés (on dirait qu’ils se sont égarés lors d’un piquenique en forêt, à en parler comme ça), alors qu’en vrai, on ne fait que faire tourner la misère des vies à mi-temps, de la gestion de file d’attente au portillon de Pôle Emploi.

Comme je le rappelle, ce sont les personnes qui sont aidées, pas les emplois. Les subventions sont attachées à l’employé, pas au poste. Là où ça devient drôle, c’est qu’elles sont toujours limitées dans le temps  ! Souvent dégressives. Elles sont donc le plus souvent subordonnées à des emplois à durée limitée. Forcément. Ce qui est absurde si on réfléchit en termes d’emploi à faible valeur ajoutée. Cet emploi ne se valorise pas dans le temps. Le salaire du gars non plus[1]. Par contre, son cout s’amplifie avec le temps qui passe. Et le pourcentage de prise en charge qui diminue. Si le bilan financier de l’association est équilibré pendant le temps de prise en charge plein pot du salarié aidé, les comptes vont s’éroder au fur et à mesure que le temps passe et que la part salariale laissée à la charge de l’employeur s’alourdit. Or, on ne peut compenser cette augmentation des couts par une augmentation de la productivité. Impasse.
Heureusement, les subventions étant liées aux personnes, pas au poste, il suffit de lourder le mec qui devient cher pour en reprendre un subventionné plein pot à la place. Et comme il s’agit là de CDD, ce n’est guère compliqué ou couteux. Ainsi nous avons des emplois qui sont toujours subventionnés, grâce à la noria des contrats aidés.

Source : Le précariat contre le salariat

On peut aussi regarder le problème sous un autre angle : il y a des emplois aidés parce que sans subventions, certaines activités sont structurellement déficitaires. Autrement dit, il y a des emplois qui ne rapportent rien, mais qui coûtent.
Bien sûr, on ne s’étale pas, de nouveau, sur la valeur réelle du travail : un emploi de trader, de vendeu⋅r⋅se de téléphones mobiles, ce sont des emplois qui rapportent et même beaucoup. De l’autre côté du spectre, la valeur ajoutée d’un⋅e infirmi⋅er⋅ère ou d’un⋅e professeur⋅e, ça ne se mesure pas du tout en argent. D’ailleurs, c’est probablement pour cela que ce sont des boulots qui sont généralement pris en charge par l’État : on en a vraiment besoin, mais il n’y a pas de profit à se faire dessus. D’où l’existence des fonctionnaires, une forme de richesse collective du travail.

Mais, attends donc…

Un emploi aidé, c’est quand même un boulot qui est censé être hyper important pour la collectivité (ce n’est pas pour rien que ça pullule dans les associations), mais qui coute plus cher qu’il ne rapporte… tout au moins directement, car qui peut comptabiliser ce qu’apportent réellement à notre société ces travailleurs qui maintiennent coute que coute le tissu social, éducatif, solidaire et culturel de notre société  ?

Mais surtout, c’est un job qui est sponsorisé par la collectivité, c’est à dire… que ça revient au même qu’un fonctionnaire, mais avec tous les avantages en moins  !

Donc, de la main droite, je pleure la baisse du nombre d’emplois précaires et mal payés qui maintiennent durablement leurs bénéficiaires dans la dépendance des services sociaux (allez faire un tour sur les stats des travailleurs pauvres, si vous pensez que je raconte n’importe quoi  !) et de la gauche, je continue à appliquer l’arithmétique de l’absurde en continuant à supprimer massivement des postes de fonctionnaires.

La politique antifonctionnaires, c’est bien pire que de la logique de boutiquiers, c’est en réalité un plan de précarisation généralisée du travail. La vente à la découpe de notre modèle social : les trucs qui peuvent rapporter en pressant bien le citron vont aller au privé et ceux dont on ne peut se passer, mais qui ne rapportent rien, on va les assigner de force à l’armée des ombres des sous-citoyens en activité réduite, des impécunieux aux droits de papier.

Alors du coup, regretter les emplois aidés qui sont surtout des trappes à sous-salaire, personnellement, j’ai vraiment du mal…


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