Berlin a cassé son mur, Facebook fabrique les siens
par Chien Guevara
vendredi 23 mars 2012
Le gratuit rapporte gros
Ca y est, c’est fait, Facebook vient d’entrer en bourse. Fondé en 2004, par Marc Zuckergerg, agé de 20 ans à l’époque, le réseau social qui a affiché un chiffre d’affaire de 3,71 milliards de dollars pour 2011, est mis sur le marché boursier pour une valeur de 100 milliards de dollars.
Marc Zuckerberg, même pas 28 ans à l’heure actuelle, a été classé 52ème fortune mondiale en 2011, et 14ème fortune des Etats Unis, avec un pécule estimé à 13,5 milliards de dollars.
Avec son entrée en bourse, et ses 28,4 % de parts de marché, il devrait se retrouver, en 2012, au rang de 9ème homme le plus riche de la planète, seulement huit ans après la création de son site « gratuit ».
Parce qu’il le vaut bien … ?
Bientôt un milliard de membres
Le site est plus qu’universsel, vu qu’il se décline en plus de 80 langues différentes.
En France, où facebook n’est arrivé qu’en 2007 (et fin 2008 en version française), on compte déjà plus de 21 millions d’utilisateurs, soit 32 % de la population et 46 % des internautes. La France n’est pourtant qu’à la cinquième place mondiale, en nombre d’utilisateurs, derrière les USA (134 millions), le Royaume Uni (28 millions), l’Indonésie (27 millions), et la Turquie (24 millions). Le pays avec le plus fort taux de pénétration, étant l’Islande, avec plus de 65 % de sa population inscrite.
Plus de la moitié des utilisateurs se connecte tous les jours, et y passe en moyenne 58 minutes. On estime, au niveau mondial, à environ 18 milliards d’heures par mois, le temps de connexion sur facebook.
De quoi faire rêver les curieux … non ?
Pourquoi va-t-on sur facebook ? Une fenêtre de nos egos …
(Madame Figaro). – Définirez-vous le fameux mur pour les profanes ?
(Nina Testut) - Il est un peu au croisement de la porte du frigo traditionnelle, constellée de photos, et du répondeur d’antan, bourré de messages d’amis ! À ceci près que tous deux, autrefois dans la sphère de l’intime, sont devenus publics et interactifs…
Comment chacun le construit-il ?
La personnalité est exposée comme réfléchie à la lumière d’une boule disco : selon l’angle, l’éclairage que l’on choisit, on met en lumière des facettes de soi différentes. Il y a ce que l’on choisit de montrer pour parvenir au plus proche du moi idéal, désirable. Et puis, il y a ce que l’on choisit de ne pas dire ou de ne dire qu’à moitié – la part de mystère ! Un peu comme on ne raconte pas tout à un premier rendez-vous amoureux… Bref, on expurge ce que l’on n’aime pas. Et on valorise ce qui nous plaît. Les critères ne sont bien sûr pas les mêmes selon qu’on a un objectif amical, familial, professionnel, de rencontres…
Cette démarche est-elle toujours consciente ?
Pas forcément. Elle l’est chez ceux que j’appellerais les « narcissiques glamourisés », qui sont comme une petite agence de communication et d’événementiel d’eux-mêmes. Les utilisateurs plus simplement pragmatiques n’y réfléchissent pas plus que ça. Mais leur désinvolture ou leur amateurisme (photos peu valorisantes ou anodines, rubriques en friche, messages banals…) en disent long aussi. Sur leur âge par exemple : ce sont plus volontiers les quadras ou quinquas, moins intéressés par leur image. Plus décontractés aussi finalement.
Le niveau de confidentialité choisi (amis, amis d’amis, tout le monde…) est-il révélateur ?
Oui, il est très éclairant sur le personnage social qu’on souhaite faire exister. Du très pudique (ou méfiant) au totalement extraverti (ou inconscient !). Il est souvent révélateur du milieu d’origine : plus on est diplômé ou aisé, plus on verrouille. Cela dit, ceux qui n’assurent pas la privacy de leurs données le font souvent par inadvertance. Cette négligence tend à disparaître, y compris chez les ados. On a assez parlé des dangers de la chose pour que ces temps innocents soient un peu révolus !
Et le nombre d’amis, signifiant lui aussi ?
Il est évidemment révélateur de l’ambition mondaine de chacun. Et de sa perception de l’amitié selon Facebook. Veut-on beaucoup d’« amis » dont la plupart sont des quasi inconnus ? Ou est-on plus qualitatif, quitte à aligner des scores faibles ? Autant il était branché au début du phénomène d’avoir des contacts par centaines, autant aujourd’hui, il est devenu un peu ringard d’en avoir trop. Un nouveau chic se dégage : je ne garde que mes vrais proches et je « delete » tous les autres… Sauf pour les plus jeunes qui adorent encore faire du chiffre.
Facebook et ses murs ... d'exhibitions
Sur le mur Facebook sont affichés les notifications et évènements publiés par le titulaire du compte ou profil Facebook, ainsi que les commentaires et messages des fans et amis.
C’est normalement la page qui apparait par défaut quand on consulte le compte d’un individu ou entreprise.
Facebook, c’est des millions de Français occupés à peaufiner leur bon profil. Sur leur mur, photos, statuts et messages en tout genre dessinent un autoportrait plus ou moins fidèle. Car ce que l’on choisit de publier ou de cacher révèle en filigrane notre moi idéal. Dans la famille Facebook, les tribus se livrent mais ne se ressemblent pas.
Autrefois, on faisait le mur pour s’échapper. Aujourd’hui, on construit le sien ! Mais avec plein de petits trous de serrure qui permettent à autrui de jeter un œil à l’intérieur. Le mur, cette page Facebook en forme de dazibao qui nous présente au monde et à la Toile, fait désormais partie du vocabulaire contemporain. Et est devenu un formidable révélateur des individus, un peu comme les Polaroid de jadis finissaient par révéler une image nette. Ce que l’on choisit de montrer (ou de cacher) sur sa page d’accueil en dit long sur le personnage, le moi idéal que l’on souhaite mettre en scène. « L’identité numérique est moins dévoilement que projection de soi », note Dominique Cardon, sociologue au lab’Orange, outil de réflexion de l’opérateur sur les nouvelles technologies de communication. Choix des photos comme des infos du profil, contenu des albums, paramètres de confidentialité – je donne un accès à la terre entière ou juste à mes amis ? –, nombre et fréquence de recrutement de ces derniers… Le fameux mur ouvre autant de portes sur nos ego.
Et la porte ouverte au flicage... ?
Je vous renvoie juste au débat que j'avais ouvert il y a 5 ans déjà, sur le sujet :
http://forget.e-monsite.com/pages/libre-expression/facebook.html
Et les articles et discussions que ça a engendré :
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Facebook ou l'art d'envoyer des poissons à vos “amis“ (décembre 2007)
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Sur Facebook, le lecteur ne paie rien mais il peut rapporter gros (janvier 2008)
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« Tu veux être mon ami ? », ou l'absurdité de Facebook par l'expérience (mai 2008)
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Des universitaires canadiens portent plainte contre Facebook (juin 2008)
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Ayez confiance, Facebook ne veut que votre bien (février 2009)
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Allocations maladie supprimées à cause de photos sur Facebook (novembre 2009)
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Utilisateurs de Facebook, des pirates en veulent à vos données (mars 2010)
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Facebook continue à faire joujou avec vos données personnelles (avril 2010)
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On en sait un peu plus sur le film consacré à Facebook (juin 2010)
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La téléréalité et Facebook : pires inventions de la dernière décennie ? (février 2011)
Veuillez m'excuser, j'ai renoncé depuis un an à relater tous les faits qui me déplaisent chez facebook ; mais je vous laisse juge, si vous avez tout lu jusqu'à présent ...
Analyse psychologique des inconditionnels de facebook
Alors vous, êtes-vous un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout exhibitionniste ? De la génération des « parents ou des transparents » ? Soucieuse d’intimité ou maniant déjà à merveille l’« extimité » ? À quelle tribu, vous, comme vos proches ou vos enfants, appartenez-vous ? Passage en revue des principales familles Facebook du moment.
http://forget.e-monsite.com/pages/content/liens-d-articles/votre-profil-facebook.html
En 89 tout le monde a applaudi la chute du mur de Berlin ...
A l'heure actuelle, chacun se construit son mur personnel, en se créant un compte facebook ...
Les murs n'ont jamais été bons, ni pour l'humanité, ni pour le relationnel !
Source : Berlin a cassé son mur, Facebook fabrique les siens