Bien des Français font pitié

par Mervis Nocteau
samedi 24 avril 2021

La France, c'est depuis l'instabilité révolutionnaire voilà 232 ans, tendanciellement une République impérialiste.
République, parce que tout un chacun en est Citoyen (les révolutionnaires s'appelaient « citoyen, citoyenne » entre eux, comme les rouges s'appelleraient « camarade »). Impérialiste, parce que d'emblée cette République navigua sur la trajectoire de la Renaissance gréco-romaine dans le judéo-christianisme (qui accoucha de l'âge classique et académique tourmenté par les révolutions, parmi les pirateries, salons huppés et compagnies coloniales des « Lumières » : ça déconstruisait déjà).
Toute « l'idéologie mondialiste » naquit là, c'est-à-dire « l'esprit mondialiste », occidentalocentrique – et qu'il fasse aujourd'hui son autocritique publique en mode gauchiste ou autre, n'est qu'une manière de le perpétuer-pour-tous, le recycler et le diffuser bien au-delà du seul occidentalocentrisme. Beaucoup de poudres de perlimpinpin.
Alors, dans ce cadre, bien des Français font pitié : petit tour d'horizon.

 


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Il y a la France « Christian Clavier ». Cette France n'est pas nécessairement aussi riche que Christian Clavier, et ne vote pas nécessairement pour lui. Elle peut même, selon, se sentir plus proche du belgique Benoît Poolvorde, mais aussi de Johnny Halliday ou de Nicolas Canteloup. Pour ne pas être sexiste, citons Mimi Maty, Murielle Robin, Hélène Ségara ou Isabelle Nanty.
Bref, c'est une France embourgeoisée mais pas forcément tout à fait bourgeoise, dont on peut se demander si elle a quitté les années 1980-90, d'autant plus que la télévision continue de diffuser des contenus intacts, est néoconservatrice qu'elle le veuille ou non. À son compte, elle « fait le taf » comme on dit de nos jours, mais d'abord elle aime croire aux politiques publiques parce qu'elle rencontre juste assez de problèmes d'argent pour râler chauvinement en regardant Capital. Les Français sont cupides
Et néanmoins, cette France « grosses têtes, gauloise, à la bonne franquette » (dont on voit bien qu'elle est portée dans son genre, par des Laurent Ruquier, y compris dans ONPC) est extrêmement passive, en dehors de ses franges investies dans les Gilets jaunes (car il y en eus, « révoltés voire anarchistes de droite » de forme chiraquienne). Elle se sent dans « son bon droit, à sa guise, après tout », mais tout ce qui se passe dans le pays, elle le subit allègrement du moment qu'elle a son pavillon plus ou moins banlieusard, plus ou moins rural.

Il y a maintenant les Frances qui font tranquillement peur à la France « Christian Clavier », partagées entre gauchisme sauvage et ensauvagement citadin, qu'on peut finalement réunir en une seule France. C'est la France « Jean-Luc Mélenchon », même quand elle a toutes les raisons du monde de critiquer Jean-Luc Mélenchon et qu'elle se prête à le critiquer allègrement. Une France qui aspire à un rêve républicain improbable en forme de 6ème République quand elle milite, mais qui peut aussi bien se foutre d'une 6ème République, et parfois en ignorer complètement l'idée. Enfin, si elle s'en prend à Jean-Luc Mélenchon, c'est avant tout parce qu'elle ne se sent pas représentée, adapte des rébellions affolées et des anti-résistances machiavéliennes, s'ignorerait-elle comme telles dans la démarche. Un certain chauvinisme râleur court jusqu'à ses idéaux, cupides d'idéalisme.


Le problème de cette France « Jean-Luc Mélenchon », c'est que : héritière territoriale ou bien originaire d'ailleurs à plus ou moins longue échéance générationnelle, ou plus ou moins longue distance géographique, elle idéalise – donc. Aussi bien, cette France est la première à geindre avoir « honte d'être Français » ou encore à « niquer la France » au pire, avec un tas de nuances entre de types anti-patriotiques (assimilant tendanciellement le patriotisme au nazisme, par on ne sait quelle biscorne mentale).
À partir de là évidemment, cette France est moins cohérente avec elle-même, que la France d'extrême-droite vantant l'émigration dans les pays d'Europe de l'Est. En effet, il est assez clair que la France « Jean-Luc Mélenchon », pour sa part la plus (néo)rurale, adore vivre sur le territoire et que, pour sa part la plus citadine, qu'elle manque d'enracinements « d'ici comme de là-bas » (quand elle vante un « là-bas ») de telle sorte qu'elle n'ait que des panneaux d'affichages idéologiques et identitaires imaginaires, plus ou moins exotiques, à mettre en avant. Mais, depuis le temps, elle aurait déjà dû fuir le pays pour (re)fonder les collectivités auxquelles elle prétend aspirer … alors elle s'est réappropriée le terrain des Gilets jaunes en le dévoyant dans ses sillages éculés.

Alors il y a, combinaison de la France « Christian Clavier » et de la France « Jean-Luc Mélenchon », la France « Emmanuel Macron » … C'est une France senior et jouvencelle à la fois, qui parfois a fait Mai 68 sur le mode Daniel Cohn-Bendit, mais qui s'est évidemment rangée ultérieurement en augmentant les prix de l'immobilier. C'est cette génération qui aujourd'hui a le plus de prégnance sur les masses, à considérer la pyramide des âges, de sorte qu'elle ait beaucoup d'aura à l'égard des jouvenceaux, qui plutôt qu'à Cohn-Bendit se réfèrent à MacFly & Carlito sur YouTube – ce qui revient au même, en termes de vulgarité bien-pensante. Cyril Hanouna en est une variante. Les jouvenceaux s'adressent aux seniors en disant « OK Boomer », mais les seniors se sentent parfaitement à l'aise dans cette ambiance car ils n'ont jamais connu de guerre et jouent la comédie-Castex « des papys et des mamies » avec la génération Alpha.
Dans l'ensemble, ils ont tous compris l'importance de la comm' et du victimisme contemporains. Leurs versions indigénistes se déclinent sur le mode de Tariq Ramadan (de nationalité suisse toutefois) ou Audrey Pulvar (issue d'un DOM, la Martinique) et dans l'ensemble cette gente raisonne à travers des stigmates, ce qui les cultive dans le débat public (« moi j'ai de l'empathie pour les plus faibles, moi j'ai fait Mai 68, moi j'ai travaillé pour mériter ce quej j'ai, moi j'ai subi de l'islamophobie, moi je connais le racisme, moi j'ai une culture d'origine qui connaît mieux la vie, etc. »).
À vrai dire, tous ces positionnements sont bourgeois-bohèmes et fort banquables dans leurs genres, fonctionnant à la « société anonyme » culpabilisée (épicheirocratie), sur fond de purs affairismes décomplexés. C'est pour cela que les hypocrisies des Frances « Christian Clavier » et « Jean-Luc Mélenchon » peuvent encore parler au nom de quelque principe ; mais ici, avec la France « Emmanuel Macron » et affidés, les principes sont autant d'affiches nouvelles, afin de temporiser (« en même temps »).
Les appels à la justice servent l'injustice ou, du moins, la seule sauvegarde personnelle – indépendamment des conséquences justes ou injustes de l'affaire. Aussi ne peut-on même pas dire cette France « Emmanuel Macron » hypocrite, bien que l'hypocrisie soit devenue en elle une seconde nature. Disons vite que ce sont des « hypercrites » : ils n'émettent de sornettes en mode autohypnotique, c'est-à-dire avec sincérité (mais la sincérité n'est pas garante de la véracité). L'art de croire en ses propres sornettes relève du génie, mais ce génie reste aussi cupide que les Frances précédentes, et en tant que territorialisé français il s'imagine toujours plus libre que les autres qu'il dédaigne pour ne pas en râler (mais il en râle souvent) – aussi les Gilets jaunes ne sauraient être que des aberrations à ses yeux.

Et puis, plus loin, j'ai nommé la France « Bernard Tapie » ou « Charles Gave », qui est certes une France affairiste à sa façon, et qui est certes « hypercrite » dans son genre, mais qui tout autant s'exprime et s'affirme aux noms d'idéaux différentiels en n'hésitant pas à jouer les malignes transgressives (alors que la France « Emmanuel Macron » fait tout pour rabattre vers les bonnes mœurs, serait-ce des félonies, des coups-bas et des distorsions à visage humain  : elle reste œcuménique).
La singularité de la France « Barnard Tapie/Charles Gave », c'est que c'est une France qui n'hésite certes pas à s'expatrier, mais sans avoir besoin de croire au mondialisme ni de militer en faveur du mondialisme ou de ses bonnes mœurs. Mais, qu'elle s'expatrie ou pas, c'est une France qui critique allègrement la France-même. Elle aurait été Gilets jaunes si elle avait eu moins d'argent ou de filouterie. Pourtant, elle ne concerne pas que les aînés tels que Bernard Tapie ou Charles Gave, et évidemment – comme pour toutes les autres Frances ici présentées – elle n'a pas besoin de se reconnaître dans l'un de ses archétypes.
Cette France aussi, a une forme de génie, et c'est celui de l'autocritique pour – tout précisément – raffiner des stratégies individuelles en vue de poursuivre des objectifs d'élévation personnelle et, dans ses aspirations, d'élévation publique. C'est très singulier, puisqu'on ne peut pas dire qu'elle soit une exemple de justice, mais au fond tous les travailleurs de terrain savent s'y entendre quand il s'agit d'en mettre un peu plus dans son porte-feuille et un peu moins sur les déclarations d'impots.

Alors enfin, aussi restreinte, la France « Bernard Arnault » ou « Jacques Attali », qui même si la majorité des Français ne saurait se projeter en elle, et même si elle ne se projette pas spécialement en eux, emploie de toutes évidences les méthodes de la France « Bernard Tapie » ou « Charles Gave », mais au service de la France « Emmanuel Macron » (du moins publiquement, ouvertement) sachant néanmoins que sa défense d'un certain standing la rapproche matériellement de Bernard Tapie tout en la rapprochant mentalement d'Emmanuel Macron.
Cette mentalité est justement de mondialisme, raison pour laquelle elle s'accorde si bien avec les idéaux de la France « Jean-Luc Mélenchon » en vérité, tout en combattant politiquement cette France-là … et du moins s'en servant stratégiquement quand il s'agit de détourner les Gilets jaunes, tant que les Gilets jaunes font trop patriotes blancs hexagonaux dans la démarche.
Mais, avant le mondialisme, et dans la même démarche, il y a évidemment l'européisme, où l'Union Européenne a été construite sur le mode d'une vaste Société COopérative de Production (SCOP) – raison pour laquelle, avec les GAFAM, nous avons tant le sentiment de vivre dans une ambiance néo-soviétique internationale, selon les prédictions de l'économiste Joseph Schumpeter.

La question subsidiaire reste à savoir s'il existe quelque chose comme une France « Catho-Tradi » ou « Marine Le Pen », seulement il est manifeste que cette France puise ses forces autant du côté de la France « Christian Clavier » alerte désormais, que parmi les déçus de la France « Jean-Luc Mélenchon », sans parler de tous les hostiles fonciers à la France « Emmanuel Macron » qui, certainement, n'hésitent pas à employer les méthodes de la France « Bernard Tapie » ou « Charles Gave ».
Quant à savoir si ça dérange la France « Bernard Arnaud » ou « Jacques Attali », c'est une question bête, parce que ces messieurs et consorts ont vu les choses venir s'ils n'ont pas laissé faire voire composé avec jusqu'à l'incitation (combien de journalistes, désormais, présentent le visage de Marine Le Pen sous un beau jour ?). La haute bourgeoisie a très bien traversé le nazisme et autres fascismes, plus ou moins totalitaires … alors franchement, le conservatisme libéral du RN, à côté, c'est une partie de plaisir. Il n'est que de le dédiaboliser encore et toujours mieux, pour faire la paire avec Emmanuel Macron en 2022.

D'ailleurs, quant à être « Catho-Tradi », la France n'en est largement plus là, et pas seulement de ce qu'on parle beaucoup trop d'islamisation à cause de quelques brutes et autres édifications cultuelles. La laïcité à la française est une religion républicaine/citoyenne, quitte à se prendre ethnocentriquement pour universelle – et à être rêvée par des immigrés comme telle, qui participent plus ou moins de son ethnicité, avec un bonheur présentiste aussi dépourvu de vision que bien des Frances.

Restent encore çà et là des Frances régionales, et même des Frances païennes, mais au mieux elles ont un charme « couleur local » au milieu des Zones Commerciales, au pire elles passent pour des blagues. On ne peut pas dire qu'il y ait de la place, au milieu de l'industrialisme, pour les cultures, les âmes et les esprits – sauf à être pétri de New Age et d'identitarisme islamisant.

Bref : bien des Français font donc pitié, quoiqu'il ne faille pas les prendre pour des idiots, encore qu'ils soient aliénés.
 

 

 

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