Can et Abel sont parmi nous, ou le destin des nomades

par homme libre
jeudi 4 décembre 2008

Après avoir vécu de chasse et de cueillette, les humains ont progressivement domestiqué le sol et les animaux. Quand ils étaient nomades ce sont eux qui allaient vers la nourriture : vers des régions riches en gibier et en fruits. A cette époque la terre n’appartenait à personne.


La sédentarisation a inversé le mouvement : la nourriture est venue a eux et y est restée. Avec l’agriculture et l’élevage est venue la propriété attribuée à une personne ou un groupe. Car pour cultiver il fallait avoir un champs sur lequel on travaillait à l’année et de façon pérenne. De même il fallait avoir des pâtures pour les animaux domestiqués.

Les nomades ne travaillaient pas vraiment : ils vivaient au jour le jour, avec les risques de famine - conséquence de la non-capitalisation de la terre et des bêtes. La sédentarisation a amené le travail, la peine, et la privatisation des fruits du travail : celui qui produisait gardait ses produits, moins une part pour payer des soldats pour se défendre, ainsi qu’une administration.


Dans “Le rois des aulnes”, l’écrivain Michel Tournier fait un intéressant parallèle avec le mythe de Caïn et Abel de la Bible. Abel était berger, donc nomade et sans propriété privée. Caïn était cultivateur, donc sédentaire, fixant son territoire dont il pouvait exclure ceux qui n’étaient pas de son clan, comme les nomades.

En tuant Abel, Caïn a symboliquement donné la victoire à la sédentarisation, à la propriété privée, à l’anticipation, mais aussi au travail, à la peine, et à la convoitise et ses guerres d’appropriation des richesses.

Les nomades vivaient libres et pauvres, les sédentaires vivaient non-libres mais moins pauvres. L’identité s’est peu à peu fondée sur l’appartenance territoriale - en partie du moins. Le nomade, libre, n’avait pas besoin d’identité fixe ni d’administration. Le sédentaire a besoin d’actes de propriété. donc d’un état civil, et de toute la lourdeur de l’administration.

Aujourd’hui encore, les nomades sont mal vus. Paradoxalement les sédentaires se nomadisent : voyages, déplacements, déménagements, exils, exodes de populations pour des raison de guerre, de famine ou de trouble climatique.

Les changement du climat pourraient bien amplifier les mouvements de populations. Et peut-être que de nouveaux mouvements de contestation d’une société trop organisée se feront, sous la forme de tribus nomades formées d’occidentaux recherchant les vraies valeurs humaines plus que les appartenances figées et formelles.

Sera-ce la revanche d’Abel sur Caïn ?

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