Ce métier dont on ne se sépare pas

par C’est Nabum
mardi 5 mars 2013

Devoirs de vacances

Enseignant, c'est pour la vie

Un séjour dans les Landes, six personnes se retrouvent dans un espace clos. Parmi elles, quatre enseignants qui exercent dans des structures radicalement différentes, avec des statuts tout aussi distincts. Pour le plus grand malheur des deux conjoints qui ont échappé à cette grande maison éducative, à un moment où à un autre, la conversation revient inévitablement sur les interrogations professionnelles. Que faire de ces élèves, toujours plus nombreux qui ne veulent rien faire et qui font suer les professeurs ?

Chacun a ses réponses, ses solutions ou sa sensibilité en fonction de son parcours personnel. De l'enseignant du premier degré exerçant en Segpa (votre serviteur) à la chef d'établissement du secondaire, à la professeur d'anglais en Lycée professionnel et au professeur de topologie en BTS, il y a un monde !

Si les inquiétudes se recoupent, les vécus sont radicalement différents. Mis à part celui qui exerce au niveau post Bac, tous sont témoins d'une dégradation très nette des comportements. Bien sûr, on peut aussi se persuader que ces professeurs désormais âgés regardent avec complaisance et nostalgie leurs premières années de pratiques. Pourtant, la liste des dysfonctionnements rapportés à titre d'exemple est si longue qu'il y a de quoi accréditer l'idée que les choses se gâtent dans la maison école !

La classe devient parfois une zone de turbulence, un terrain de conflits larvés, un espace de guérilla quotidienne. Pas de répit dans le combat qu'il faut désormais livrer à des jeunes qui ont perdu toute envie d'apprendre et de respecter les codes sociaux qu'on cherche à leur imposer. C'est une guerre sournoise contre un groupe, supérieur en nombre et en capacité de nuisance. C'est du moins ainsi que semblent se conclure nos conversations à bâtons rompus.

Qu'est ce qui, au bout du compte, est rompu dans cette expérience qui se renouvelle à chaque fois que quelques enseignants se retrouvent ? La certitude que ce métier est de tout repos vole en éclats, on voit que la souffrance est partagée, l'impuissance générale et les solutions bien rares pour emporter l'adhésion de toute une classe.

La foi des élèves dans la possibilité de tirer parti de cette institution a également volé en éclats avec la fin de l'ascenseur social. Manifestement, les espaces de relégation (Segpa – LP ) sont des lieux de grande turbulence où les élèves ont bien peu d'espoir et encore moins de confiance. Ils viennent sous la contrainte d'une instruction obligatoire qui n'a plus guère de sens, si ce n'est que parquer quelques temps encore des adolescents en rupture scolaire.

Pire encore, la conviction de l'utilité des efforts de l'adulte est remise en question. Certains adolescents ne tirent désormais aucun profit de ce que leurs professeurs cherchent désespérément à leur inculquer. Parfois, rien ne reste en mémoire, c'est du moins le terrible sentiment qui se fait jour parmi ceux qui ont pourtant, chevillé au corps, l'amour d'un métier qu'on ne choisit pas par amour du lucre !

À force de se démoraliser mutuellement, de macérer dans un marasme de plus en plus profond, nos pauvres enseignants s'épuisent en de vains débats stériles. Aucune idée ne peut remettre d'aplomb une situation qui exprime non l’obsolescence d'une institution ingérable mais bien la dégradation radicale et profonde des relations sociales dans un pays qui a désespéré sa jeunesse, l'a abandonnée à des valeurs incompatibles avec la vie en collectivité, l'a bradée aux marchands de plaisirs égoïstes, de consommations addictives, tout en lui inculquant la certitude de sa toute puissance.

Sont-ils trop épuisés, nos professeurs en vacances, pour envisager autrement l'état de leur espace de travail ? Expriment-ils une réalité que personne n'ose vraiment aborder ? Ont-ils besoin de laisser le flambeau à une nouvelle génération plus apte à prendre en charge une jeunesse en mal de repères et de modèles ? La situation est-elle à ce point dégradée que la désespérance est l'unique réponse ?

Une chose est certaine, je doute que les politiques prennent véritablement conscience de l'état réel d'une grande partie de l'école. Que des réformettes soient prévues quand une révolution serait nécessaire, ne changera sans doute rien à la sinistre dégradation qui est bien réelle et nullement le fruit de phantasmes ou de désillusions de ces privilégiés si honnis !

 

Professoralement vôtre

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