Centrales en danger
par olivier cabanel
mercredi 4 mars 2009
Personne n’ignore que les centrales nucléaires ont besoin d’une grosse quantité d’eau pour refroidir les réacteurs.
Or, le réchauffement planétaire diminue le débit des fleuves, ce qui pose problème à l’exploitant, car le rejet de l’eau dans le fleuve lequel ne doit pas dépasser28°.
Un véritable casse tête pour ceux qui gèrent les centrales nucléaires, car il faut 100 litres d’eau par kilowatt produit.
En été, l’eau est plus chaude de 1,5°, et le débit des fleuves français a baissé en moyenne de 50% en septembre 2008.
Un autre problème surgit : la disparition des fournisseurs de pièces qualifiées pour les centrales.
Un exemple parmi d’autres : les câbles électriques prévus pour fonctionner en condition accidentelle ne sont plus fabriqués.
« Pour refabriquer ce genre de pièces, il faut un délai de 4 à 5 ans, un délai qui nous donne parfois des sueurs froides » reconnaît Dominique Minière, président de la SFRP (société française de radio-protection / EDF).
Le problème principal demeure la durée de vie des centrales : celle-ci avait été établie à 25 ans environ.
Or, par souci de rentabilité, il est question de prolonger cette durée de vie.
Ce qui multiplie d’autant les risques.
34 réacteurs (plus de la moitié du parc) sont concernés par cet allongement de durée de vie, puisqu’ils ont été conçus entre 1977 et 1987.
Les frais d’entretien des 58 réacteurs se montent à 1 milliard d’euros tous les ans, et plus le réacteur vieillit, plus ces frais augmentent.
Le passage de 25 à 40 ans pour l’ensemble du parc à « prolonger » est estimé à 3,4 milliards d’euros.
Cette année, il y a la visite décennale, et elle commence au Tricastin. (là où se sont produits les accidents à répétition de cet été).
Le réacteur sera mis à l’arrêt 4 mois, et la cuve va être inspectée.
Or si cette cuve présente une forte dégradation, la décision de la changer ne sera pas prise, pour des raisons évidentes de coût, et la centrale sera arrêtée définitivement, ce qui remettrait en question la prolongation de durée de vie des 33 autres réacteurs.
On le voit, EDF est en façe d’un dilemne, car 78% de l’électricité consommée par les Français provient du nucléaire, dont la moitié provient des « vieilles centrales ».
La solution EPR ne résout rien, car chaque réacteur est estimé à 3,3 milliards d’euros, sans compter les dépassements attendus, si l’on prend comme exemple l’EPR finlandais (+1,2 milliards)
Le 14 mai 2008, le Wall Street Journal estimait le prix d’un réacteur nucléaire à 12 milliards de dollars, soit 4 fois plus que ce qui était estimé auparavant, et c’était avant la crise.
L’EPR de Flamanville, évalué à 3,3 milliards d’euros, est aujourd’hui estimé à 4 milliards d’€, mais selon le site bakchich.info, ce montant est encore largement sous-évalué.
Pour les Allemands et les Italiens, l’estimation se monte à 5 milliards.
Quand à ITER, son coût est estimé au moins au double.
Aujourd’hui, EDF et AREVA ont perdu environ 55% de leur valeur en bourse depuis le 1er janvier.
« Réactiver la chaîne de construction des centrales nucléaires, et le savoir-faire, c’est 5 fois le projet airbus A380 » affirme Dominique Finon, directeur adjoint du programme énergie au CNRS.
Sommes-nous pour autant en sécurité ?
Au bout de seulement dix ans, la paroi interne de l’enceinte de 24 de nos centrales présentent un taux de fuite anormal.
Mais çà n’a pas affolé Jean Pierre Hutin, directeur des programmes R&D ches EDF.
« pour rétablir l’étanchéité, il suffit d’enduire les zones fissurées avec de la résine » affirme-t-il.
Sauf que dans certains cas, il aura fallu recouvrir le quart de la surface avec cette résine.
Ce qui est encore plus inquiétant, ce sont les résultats pour le moins décevants de la quasi-totalité des contrôles de sécurités, inopinés, ou même annoncés.
Un délai de près d’une heure en moyenne à été constaté alors qu’il faudrait être opérationnel en au moins 15 minutes.
Au moment ou de nombreux pays se tournent résolument vers des solutions de remplacement moins dangereuses, il est dommage de constater l’entêtement du chef de l’état à promouvoir son cher (très cher) nucléaire.
Car comme disait un vieil ami africain :
« Le feu qui te brûlera, c’est aussi celui qui te chauffe ».