Crise de 2007 : les lešons du Titanic

par Gypse
lundi 8 décembre 2008

Au final, le naufrage résulte de l’enchaînement d’une série d’erreurs dont aucune n’était grave en soi, mais qui, ensemble, expliquent la catastrophe :

L’extrait de Wikipédia qui apparaît ici en chapeau semble particulièrement frappant quant au parallèle qui peut être fait avec la crise actuelle.

Nous en sommes bien là : des produits financiers fragiles, présentés comme insubmersibles ; un contrôle insuffisant sur les agences de notation, les banques, les assurances ; l’obsession des rendements élevés à court terme ; le refus de voir la vérité en face et notamment nos bons vieux cycles économiques.

Alors que nous sommes aujourd’hui encore en plein coeur de la crise, il est utile d’y voir plus clair sur les raisons de son déclenchement et les possibilités d’en sortir par le haut.

La grande crise de 2007

La crise qui nous touche aujourd’hui s’est amorcée le 11 octobre 2007, avec un plus haut historique pour le Dow Jones.

Cet indice, malgré ses défauts, montre bien les différentes crises que nous avons connues au cours des dernières années : krach d’octobre 1987, éclatement de la bulle internet après janvier 2000, et maintenant la crise financière.

Il semble pour l’anecdote que depuis 1929, les mois d’octobre soient souvent propices aux crises !

Quand on observe ce diagramme sur le très long terme (de 1940 à aujourd’hui), on est frappé par ses différentes périodes d’évolution :

Notre CAC 40 reflète assez bien ces évolutions, avec quelques décalages : la crise de 2000 a commencé chez nous en septembre 2000 (en retard par rapport aux USA). La crise de 2007, celle dans laquelle nous sommes aujourd’hui a en revanche commencé en juin.

Sur les causes, les subprimes sont souvent montrées du doigt. A mon sens, elles ne sont que la partie émergée de l’iceberg « obsession du gain à court terme ».

L’article publié sur le sujet par Rue89 circule sur le Net, et montre bien à quel point à chaque maillon de la chaîne, tout le monde a rêvé d’un gros profit à court terme sans vraiment s’intéresser aux fondamentaux.

D’autres mécanismes ont été à l’oeuvre, et en particulier, l’action des fonds de pension.

La concurrence entre ces fonds de pension les conduit à chercher de forts dividendes, offrant des rendements proches de 15%.

Dans ces conditions, les entreprises dont ils prennent le contrôle voient leurs bénéfices se diriger vers la rémunération des actionnaires au lieu d’alimenter les investissements et la trésorerie.

Cette approche du gain à court terme se traduit souvent par des licenciements, qui permettent encore une fois, par la baisse des charges de l’entreprise, de dégager à court terme des bénéfices substantiels.

Une fois que le citron est bien pressé (car l’absence d’investissements en hommes et en matériel se traduit toujours par une baisse de rendement économique de l’entreprise), il ne reste plus qu’à le jeter et à passer à un autre.

Dans la sphère financière, des niveaux de rendement élevés ont été ces dernières années une obsession continue, à tel point que les produits financiers purs ont fini par se substituer aux produits basés sur l’activité des entreprises de production.

Malheureusement, cette approche dangereuse se poursuit. Un article très instructif paru dans la revue « Challenges » du 4 septembre 2008, sous le titre « des stratégies pour vite s’adapter à la tendance », explique le charme de « miser sur la baisse des marchés ».

Extrait :

« Puisque les marchés sont à la baisse, autant en profiter. Première solution : vendre à découvert. L’opération consiste à vendre un titre qui n’est pas dans son portefeuille, puis d’empocher la différence au rachat quelques jours plus tard .... Plus raisonnable, l’achat d’un « fonds Bear ». (...) Tous les fonds bear parient sur la baisse des marchés. (...) Il y a quelques perles, comme le fonds X qui amplifie jusqu’à deux fois l’inverse de l’évolution du CAC 40. Son résultat est conforme : +42 % ».

Pour ceux qui n’auraient pas compris, le principe de la vente à découvert, qui est utilisé par les fonds bear, consiste à vendre le 1er novembre une action d’une société donnée, mais en ne la payant qu’au 1er décembre. Si entre-temps, l’action a baissé, le spéculateur a gagné.

On peut déjà s’interroger sur l’aspect moral de l’affaire (gagner sa vie sur les difficultés des entreprises). Mais peut-on raisonnablement imaginer que certains grands acteurs de ces fonds bear ne soient pas tentés d’instiller quelques informations, laissant à penser que les entreprises sur lesquelles ils parient à la baisse ont quelques difficultés ?

Certains d’entre eux n’ont pas résisté à la tentation, comme le montre l’article paru sur EasyBourse et concernant des gérants de ce type de fonds.

Aujourd’hui donc, la crise est bien là. L’action Peugeot est à -73 % depuis janvier 2008, l’action Michelin à -53 %. Des actions de portefeuille de « père de famille » se sont ainsi effondrées. Ceux qui ont investi en octobre 1990 chez Peugeot, ou en janvier 1994 chez Michelin n’ont rien gagné. Et il va de soi que ce n’est pas la qualité de ces entreprises qui est en cause. Même Toyota qui a mieux su anticiper la révolution verte, a tout de même perdu 40 % depuis début 2008.

Tirer les leçons du naufrage du Titanic

Dans le contexte précédant la collision du navire avec l’iceberg, on considère souvent que le 1er officier aurait pu l’éviter en tournant, certes, mais en accélérant au lieu de freiner.

En termes d’action économique, cela pourrait se traduire par l’accélération du mouvement vers les énergies renouvelables. On sait aujourd’hui que le photovoltaïque notamment pourra être compétitif avec le nucléaire à un horizon de 20 ans (et sans tenir compte des surcoûts liés à l’augmentation des exigences de sécurité nucléaire...).

De la sorte, nous pourrions éviter une autre crise, la crise énergétique, qui nous menace à brève échéance, quel que soit le phénomène conjoncturel de baisse du pétrole.

Solaire, hydraulique, éolien, biomasse, géothermie, énergie thermique des mers : toutes ces pistes nécessitent des fonds considérables, pour la recherche fondamentale, la recherche appliquée, le développement, l’industrialisation, le déploiement dans les villes (où en est la proposition de Bertrand Delanoé de couvrir Paris de panneaux solaires ?).

En ce qui le concerne, Barack Obama a les idées très claires sur le sujet  : créer des millions d’emplois verts.

En matière de transport, il s’agit de développer enfin un réseau ferré de fret européen conteneurisé, permettant d’éviter l’absurde transit en camions entre le Pologne et l’Espagne ! Lancer en parallèle un programme de voitures électriques (j’attends avec impatience la Bolloré B-Zéro ), en mettant en place un système rapide de changement de batteries en stations-services (on remplacerait sa batterie instantanément, comme une bouteille de gaz). Couvrir les routes par des panneaux photovoltaïques...

Dans le domaine du multimédia, déployer des réseaux publics de fibre optique à très très haut débit (pour le Wimax, pourquoi pas, mais après études médicales indépendantes ...).

Dans le bâtiment, généraliser des règles de construction bioclimatiques, favorisant les matériaux locaux, et pour l’ancien, créer des financements à taux zéro pour l’isolation.

Il faudrait d’ailleurs créer un dispositif spécifique pour favoriser l’isolation dans le logement locatif, qui pourrait prendre la forme d’un contrat entre le propriétaire et le locataire.

Le propriétaire s’engagerait à faire des travaux permettant d’obtenir une baisse substantielle, par exemple de la consommation de chauffage (via un prêt à taux zéro). En compensation, le locataire accepterait une augmentation de loyer correspondant au maximum à l’économie à réaliser sur ses dépenses de chauffage. La durée du prêt serait alors dimensionnée que la mensualité soit proche de l’économie mensuelle réalisée par le locataire.

Ce dispositif devrait être agrée par l’Etat, car il serait dérogatoire par rapport aux principes actuels de révision des loyers.

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer en conclusion un extrait du célèbre discours d’investiture de Roosevelt en 1933  :
« Cette grande nation résistera, comme elle a résisté, se relèvera et prospérera. (...) La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même — l’indéfinissable, la déraisonnable, l’injustifiable terreur qui paralyse les efforts nécessaires pour convertir la déroute en marche en avant. »

Les crises économiques sont avant tout des crises psychologiques de masse, et tout bon cavalier sait que pour franchir un obstacle, il faut savoir regarder au-délà. Construisons ce futur-là !


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