De la responsabilité morale des humains à l’égard des animaux

par Véronique Anger-de Friberg
jeudi 2 octobre 2008

J’ai découvert Jean-Baptiste Jeangène Vilmer récemment. Je suis « tombée sur lui » par hasard en mai dernier alors qu’il était l’invité de l’animatrice vedette de Radio Canada, Christiane Charrette.
Dans son dernier ouvrage, « Ethique animale », Jean-Baptiste Jeangène Vilmer* pose une question à mon sens fondamentale : quelle est la responsabilité des humains vis-à-vis des animaux (sauvages ou domestiques, d’élevage ou de laboratoire, de cirque ou de zoo, utilisés dans les divertissements comme la corrida, les combats ou autres) ? Pourquoi le fait que l’animal soit moins intelligent que l’humain rendrait acceptable de l’asservir et de le faire souffrir ?
 
À pas de loup...
Faites l’essai de parler de défense des animaux ou expliquez simplement que vous êtes végétarien (même si vous ne l’êtes pas ; ceci est un exercice, pas le jeu de la vérité...) par empathie envers les bêtes (plutôt que pour lutter contre la malbouffe, petite excentricité désormais admise par la plupart des gens) et observez les réactions. À moins qu’ils ne partagent votre point de vue, vos interlocuteurs ne pourront s’empêcher de tourner immédiatement vos convictions en ridicule en citant presque à coup sûr les activistes les plus médiatisés (Brigitte Bardot et son discours simpliste quand il ne frise pas l’hystérie ; les propos provocateurs du canadien Paul Watson, le fondateur de Sea Shepherd Conservation Society, alors qu’il dénonçait le massacre de centaines de milliers de phoques au Canada en avril dernier[1],...) ou encore ils s’insurgeront contre les militants contre la vivisection, ces « illuminés » prêts à recourir au terrorisme pour se faire entendre. Ces profils existent bien sûr, mais ils représentent un infime pourcentage des sympathisants de la cause animale. Pourtant, c’est ce portrait trompeur, infantile, voire violent, qui impose l’image réductrice d’un humain préférant les bêtes à ses congénères, qui colle à la peau du défenseur du bien-être animal. Voilà donc une bonne raison d’avancer à pas de loup sur ce terrain glissant... 
 
Débat sur l’éthique animale contre anti-animalisme primaire
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer n’est encore qu’un jeune homme (il n’a que 28 ans...), mais il est déjà très sage et brillant. Bardé de diplômes, obtenus dans des institutions plus prestigieuses les unes que les autres (doctorat en études politiques à l’EHESS ; P. D. en philosophie à l’université de Montréal ; diplôme de droit à McGill ; Post Graduate Fellow à Yale University...), il s’intéresse depuis plusieurs années à l’éthique. Dans son dernier ouvrage, « Ethique animale[2] », il pose une question à mon sens fondamentale : quelle est la responsabilité des humains vis-à-vis des animaux (sauvages ou domestiques, d’élevage ou de laboratoire, de cirque ou de zoo, utilisés dans les divertissements comme la corrida, les combats ou autres) ? Pourquoi le fait que l’animal soit moins intelligent que l’humain rendrait acceptable de l’exploiter et de le faire souffrir ? Question fondamentale, mais non essentielle aux yeux de la grande majorité des individus qui ont évidemment d’autres priorités (protéger leur famille, gagner leur vie, rembourser l’hypothèque de leur maison, payer leurs impôts, éradiquer la pauvreté ou la faim dans le monde...). La plupart d’entre nous considèrent que les problèmes des humains sont nécessairement plus importants que les questions liées aux animaux. « La position de principe du « soucions-nous d’abord de l’homme » n’est souvent qu’un alibi pour les gens qui ne se soucient de rien du tout », écrit d’ailleurs l’auteur tout en précisant qu’évidemment l’un n’empêche pas l’autre.
Cette réflexion est nécessaire si l’on considère que plus de 100 milliards de bêtes (sans compter les poissons) sont abattues chaque année dans le monde pour nourrir la planète (pour être exact, disons plutôt « une partie des humains de la planète »...). Pour reprendre les chiffres indiqués par l’auteur, « l’homme consomme annuellement plus de 53 milliards d’animaux par an (dans l’ordre : poulets, canards, porcs, lapins, dindes, moutons, chèvres, bovins et chevaux ». Ce qui, en Occident représente «  98 % de la totalité des animaux avec lesquels les humains sont en interaction. (...) Les abattoirs américains tuent plus de 23 millions d’animaux par jour. (...) Selon les estimations de l’ONU (FAO), la production mondiale de viande et de lait doublera d’ici 2050. ».
La FAO met d’ailleurs en garde contre les dégâts causés par l’élevage sur l’environnement et rappelle que produire de la viande et du lait pollue les sols, l’air et l’eau. L’auteur cite son rapport[3] : « 70 % des forêts amazoniennes ont déjà été converties en pâturages.(...) L’élevage émet davantage de gaz à effet de serre (18 %) que les transports (12 %).(...) Le bovin réchauffe davantage (le climat) que la voiture... (...) Le fumier lorsqu’il atteint des concentrations excessives et qu’il s’entasse à un même endroit, pénètre profondément dans les sols et contamine des nappes phréatiques, des lacs et des rivières, tue la faune aquatique et menace même l’eau potable. (...) Le coût environnemental d’un élevage en pleine expansion restera l’un des défis majeurs des prochaines générations.  ».
Il est à noter également que l’expérimentation animale (recherches en laboratoires, universités, armée, fabricants de cosmétiques ou de produits ménagers...) est une grosse consommatrice de cobayes. Plus de 100 millions de souris, rats, hamsters, lapins, mais aussi cochons, singes et chiens, dont 2 millions en France, sont concernés. De son côté, l’industrie de la fourrure est la cause de la mort (souvent dans des conditions atroces) de plus de 50 millions d’animaux (visons, renards, lapins, loups, ratons laveurs, chinchillas, zibelines, lynx, putois, gloutons, ragondins...) par an, dont le quart aux États-Unis précise l’auteur, qui ajoute quelques pages plus loin : « les marchés de chiens et chats en Asie sont bien connus et représentent un marché de plusieurs millions de peaux par an » ! Voilà, à mon sens, autant de raisons valables pour lancer le débat sur une éthique animale digne de ce nom...
 
Du sexisme au spécisme
Dans cet ouvrage, le lecteur « non initié » à la cause animale découvrira plusieurs notions intéressantes, à commencer par « l’éthique animale » elle-même, c’est-à-dire « l’étude de la responsabilité morale des hommes à l’égard des animaux pris individuellement » pour reprendre la définition recommandée par l’auteur. Mais aussi le « spécisme », un terme désignant la discrimination selon l’espèce, inventé en écho aux mots « racisme » et « sexisme », et qui dévoile à quel point notre compassion pour les bêtes dépend de leur proximité avec nous, voire de leurs points communs et de leurs ressemblances avec l’humain... Un exemple simple : refuser de manger du chien, du dauphin ou du cheval tout en acceptant de se nourrir de veaux, vaches, cochons... relève du spécisme. On donne la préférence aux animaux « domestiques » sur les animaux de ferme parce qu’ils font partie de la famille en quelque sorte. Ils ne sont pas de la même espèce, mais leur espèce est plus digne d’être protégée que les autres espèces animales dont il est pourtant démontré scientifiquement qu’elles peuvent également souffrir. D’après les psychanalystes, cette réaction est « humaine » et naturelle. Cela dit, pas besoin d’être psy pour constater quotidiennement que chacun d’entre nous préfère les membres de sa propre espèce, sa progéniture à celle de son voisin, son cercle familial à des inconnus, le groupe social, intellectuel, politique... auquel il s’identifie plutôt que les autres groupes, son chien ou son chat à ceux de ses voisins, voire son chien à son voisin... Bref, puisque c’est dans la nature des choses, soyons honnêtes : chacun de nous est plus ou moins spéciste. Pour l’auteur, « la première cause du spécisme est l’ignorance, celle du monde animal et surtout de la manière dont l’homme traite les animaux. ». Une ignorance plus ou moins volontaire, précise-t-il car « Le citoyen est responsable de ne pas trop chercher à en savoir plus ». Selon lui, « il sait, ou du moins le devine, que la condition animale n’est guère reluisante dans les fermes d’élevage. (...) mais il préfère ne pas trop creuser le problème, de peur sans doute d’avoir à remettre en cause certaines de ses chères habitudes. ».
Et de rappeler que l’image idyllique des animaux de basse-cour libres d’aller et venir en picorant a fait long feu. Il n’existe quasiment plus de fermes « à l’ancienne » et pour cause ! L’optimisation des coûts et la recherche du profit à outrance a fait disparaître les fermiers traditionnels, explique encore l’auteur et l’élevage intensif est une réalité et va continuer à se développer de manière exponentielle au cours des prochaines décennies.
 
Délit d’ignorance
Voilà un jugement sur le délit d’ignorance du citoyen bien sévère car celui-ci ignore souvent les conditions dans lesquelles sont parquées, nourries, manipulées et abattues les bêtes d’élevage. Je me ferai l’avocat du diable en plaidant que beaucoup de gens, il est vrai, ne se posent aucune question et que presque toutes les autres pensent que les animaux élevés pour leur fourrure sont bien traitées parce que, selon les éleveurs : « Si l’on veut une belle fourrure, brillante et soyeuse, il faut éviter le stress des animaux. Donc, on les traite bien et on les nourrit bien. ». De même, la plupart des consommateurs de viande pensent que, sauf exception, les bêtes disposent d’un espace satisfaisant, sont nourries correctement, traitées avec humanité, transportées dans des conditions sanitaires acceptables, anesthésiées avant la castration et l’abattage... même dans les élevages intensifs, voire surtout dans les élevages industriels. La loi française et au-delà européenne ne prévoient-elles pas d’obliger ceux qui manipulent les animaux destinés à l’abattoir de les traiter avec un minimum de considération ? La plupart d’entre nous pensent aussi que les essais sur les animaux de laboratoire, en particulier concernant la toxicité des cosmétiques ou des produits ménagers, sont interdits depuis belle lurette. Il n’en est rien, bien qu’une grande partie de ces expériences pourrait être éliminées car des méthodes alternatives existent.
Les lois existent et sont, paraît-il, bien appliquées nous serine-t-on régulièrement par le biais des médias. Tout au moins dans les pays occidentaux. Les mauvais traitements seraient l’exception. Voilà qui avait effectivement de quoi rassurer le carnivore humain ignorant donc innocent... jusqu’à ce qu’il ouvre le livre de Jeangène Vilmer !
Si l’on se réfère à la liste des abus figurant dans la partie II du livre, il y a effectivement matière à s’inquiéter et à convertir au végétarisme le moins docile des amateurs de chair fraîche... Pour le convaincre, l’auteur évoque certains traitements barbares courants (confinement, entassement, mutilation des ailes, « débecquage », castrations à vif, isolement, stress permanent, manipulations génétiques...) et fait heureusement grâce au lecteur des détails les plus sordides (c’est dire...). La lecture deviendrait vite insoutenable et le but n’est pas de déprimer le lecteur, mais de lui faire prendre conscience de la réalité des faits, et peut-être un peu aussi de son ignorance coupable...
L’élevage intensif, mais aussi l’exploitation des animaux sauvages dans les cirques ou les zoos (sous couvert de préservation des espèces protégées), des cobayes de laboratoire, l’élevage pour la fourrure et j’en passe, engendrent des souffrances physiques pour l’animal. Sans parler de la souffrance psychologique, mais les « anti-animalisme » primaires pourraient voir dans cette remarque un zeste de sensiblerie, voire de l’anthropomorphisme. Un alibi souvent utilisé pour étouffer toute compassion des humains envers les bêtes et discréditer ainsi intellectuellement ceux qui en font preuve.
Les puissants lobbies alimentaires (au passage, la France est le premier producteur mondial de foie gras et le troisième de volaille et elle se défend plutôt bien dans les autres domaines alimentaires) se font fort de présenter des animaux heureux de leur sort dans leurs publicités et pour chaque documentaire diffusé sur les mauvais traitements aux animaux d’élevage (mais ça marche aussi pour la chasse ou les cirques et les zoos) un démenti catégorique est diffusé dès le lendemain. Les professionnels visés s’insurgeant contre l’amalgame facile, la propension des médias à faire d’un cas exceptionnel de torture sur un animal une généralité, l’exagération d’« animalistes » toujours en quête de publicité (vous noterez comme « animalisme » est péjoratif au même titre que « droits-de-l’hommisme »). Pourtant, le « concept » même d’élevage intensif, devrait nous inciter à réfléchir sur « l’amour » que peuvent porter, dans un tel contexte, les éleveurs à leurs bêtes...
 
Discours-alibi et autres tentatives de justification
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer dénonce également les « discours-alibis » destinés à justifier l’élevage industriel, la chasse, l’expérimentation ou toute autre forme d’exploitation des animaux précédemment évoquée. Je ne citerai que les plus populaires : l’alibi de la tradition suggérant qu’une chose est bonne parce qu’on la pratique depuis toujours. Comme le fait remarquer avec pertinence l’auteur, si l’on tenait à ce type de raisonnement, le cannibalisme, la peine de mort ou l’excision... seraient donc autant de traditions à conserver... L’alibi économique est un autre grand classique. Si la chasse aux phoques rapporte 20 millions de dollars et est créatrice d’emplois et que la filière française du foie gras représente 30 000 emplois, doit-on pour autant en déduire que la légitimité d’une action se juge à l’aune des profits qu’elle peut rapporter ? Comme le souligne à nouveau l’auteur, tout en ajoutant non sans une pointe d’humour noir : « ... sans quoi le trafic d’armes et de drogue seraient fort respectables ».
Le juriste-philosophe Jeangène Vilmer explique également la différence entre « abolitionnistes » et « réformistes ». Les abolitionnistes réclament la fin de l’exploitation des animaux sous toutes ses formes (alimentation, laboratoires, cirques, zoos, fourrure, domestiques, travail, etc.). Certains d’entre eux, plus modérés - ou plus réalistes - considèrent qu’il faudra accepter de « réformer » les conditions dans lesquelles sont maintenus les animaux (pour améliorer leur bien-être) avant de parvenir à abolir totalement l’exploitation animale. Il s’agirait donc d’un moindre mal dans le cas présent.
Dès le début du livre, l’auteur opère une distinction entre les « animaux non humains » et les « animaux humains » pour désigner l’homme qui, d’un point de vue biologique, est aussi un animal et, dans cette perspective, Jeangène Vilmer défend la thèse de la différence de « degré » et non de « nature » (fondée sur le langage, la raison, la conscience de soi, la spiritualité, etc.[4]) et soutient l’idée d’une continuité entre vivants et animaux. Il se présente comme un « welfariste » (anglicisme désignant un défenseur du « bien-être » animal plutôt qu’un défenseur des « droits » des animaux) et propose de « remettre l’homme à sa place ». L’auteur déplore l’influence du christianisme (qui place l’homme au centre de la création) sur la société française et souligne, par ailleurs, que la tradition « humaniste » est trop souvent synonyme d’anthropocentrisme. Le philosophe Jeangène Vilmer reproche à Descartes d’avoir introduit une hiérarchie stricte entre l’homme (qui se place au centre de l’univers donc), les animaux et la nature qui lui seraient par conséquent subordonnés. « L’on se persuade qu’augmenter la considération pour l’un ferait immanquablement chuter l’autre (...). Comme si les droits de l’homme étaient en fait des droits contre les animaux et vice versa », écrit-il. Il établit une distinction entre « l’éthique animale (qui) ne s’intéresse qu’aux êtres vivants sensibles, car elle fait de la souffrance son point de départ », excluant par conséquent « les plantes, les entités supra-individuelles (forêts, espèces, écosystème) et le monde abiotique » relevant de l’éthique environnementale.
 
Ni des machines ni des humains ni des idoles...
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer adhère à l’idée selon laquelle « la protection du faible exige de condamner toute cruauté envers les animaux. (...) Autrement dit, l’homme peut chasser pour se nourrir (chasse de subsistance), mais pas pour se divertir (chasse sportive). ». Il suit un raisonnement logique : « Si je m’interdis de blesser ou de tuer un homme, ce n’est pas par considération pour ses facultés intellectuelles - il pourrait s’agir d’un nourrisson ou d’un handicapé mental -(...) C’est tout simplement parce qu’il est un être sensible, capable de souffrir ». Dans ces conditions, pourquoi l’homme s’arroge-t-il le droit de faire subir aux autres espèces ce qu’il proscrit pour ses congénères ? Faisant sienne la remarque de Salt, célèbre militant au XIXe siècle, prédisant la libération des animaux dans la lignée de celles des esclaves et des femmes, il écrit que « La risée d’une génération peut devenir la préoccupation de celle qui suit ».
Comme le précise l’auteur à la fin de son livre, tout n’est pas noir heureusement et l’espoir d’améliorer, ne serait-ce que le bien-être animal, est permis. Par exemple, une directive de l’Union européenne interdit l’expérimentation animale pour les produits cosmétiques à partir de mars 2009. Une proposition de règlement visant à interdire le commerce de fourrure de chats et de chiens sur tout le territoire de l’Union européenne devrait également entrer en vigueur le 31 décembre prochain. Autre décision importante, la Commission européenne a décidé d’abolir l’élevage de veaux en batterie en 2007. Ce n’est qu’un début et l’évolution des mentalités reste pour l’instant principalement européenne. Comme le souligne l’auteur, « l’Amérique reste à la traîne, sans parler du reste du monde. Le cas de la Chine est particulièrement préoccupant.(...) La plupart des abus qui sont la norme sont à peine questionnés aux États-Unis (...). Les cours d’éthique animale à l’université se multiplient, que ce soit en philosophie, en médecine vétérinaire ou en droit, mais cette fois, l’exemple à suivre est américain ».
Comme le dit le psychanalyste et neuropsychiatre Boris Cyrulnik dans « La Plus Belle Histoire des animaux[5] » : «  Les animaux ne sont ni des machines ni des humains ni des idoles (...). J’insiste là-dessus : le jour où l’on acceptera enfin qu’il existe une pensée sans parole chez les animaux, nous éprouverons un grand malaise à les avoir humiliés et considérés aussi longtemps comme des outils ».
 
Quelques critiques...
Cet ouvrage se veut un livre de vulgarisation, mais il me semble qu’il s’adresse plutôt à un lectorat « averti ». La partie I, qui relève de l’épistémologie et présente les grandes avancées dans le domaine de l’éthique animale depuis sa création dans les années 1970 et fait référence aux grands courants et aux pères fondateurs qui ont fait avancer cette discipline, aurait été mieux à sa place en second. Évidemment, comme le suggère d’ailleurs l’auteur, rien n’empêche le lecteur de commencer par la partie II...
Une seconde partie qui pose le problème du traitement des animaux et de notre responsabilité à leur égard de façon plus pragmatique. La seconde moitié du livre relève davantage du concret, donc elle est plus accessible et plus proche des préoccupations du lecteur lambda. On peut regretter que l’auteur ait pris le risque de se couper d’un public moins intellectuel, mais tout aussi curieux de découvrir cette notion d’éthique animale.
Il est à noter que Jean-Baptiste Jeangène Vilmer est un universitaire et peut-être souhaite-t-il s’adresser en priorité à ses pairs et aux étudiants ? Si tel est le cas, je formule le vœu que certaines de ses conférences seront écrites pour un public moins érudit, mais tout aussi sensible à la question du traitement des animaux. En revanche, il est certain que ce livre répond à un manque. Il existe trop peu de publications sur le sujet et je suis heureuse que l’on doive cette intelligente démonstration à un penseur appartenant à la jeune génération. Une jeune génération d’intellectuels hélas sous-représentée dans les médias qui, bien souvent par paresse, préfèrent relayer le discours de « valeurs sûres » qui monopolisent la parole depuis plusieurs décennies quand elles devraient s’efforcer de passer le relais à une relève pleine d’avenir et souvent talentueuse.
 
 *Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, diplômé en philosophie et en droit, est chercheur à l’université Yale (États-Unis) après avoir été chargé de cours à l’université de Montréal et attaché à l’ambassade de France au Turkménistan. Il travaille actuellement en éthique des relations internationales sur l’intervention humanitaire armée. Il a publié une vingtaine d’articles en histoire de la philosophie, éthique appliquée, histoire diplomatique et droit international et plusieurs ouvrages dont « Sade moraliste » (Droz. 2005) et « La Religion de Sade » (L’Atelier. 2008). Son prochain livre « Réparer l’irréparable. Les réparations aux victimes devant la Cour pénale internationale » paraîtra aux PUF en 2009.
 
Pour en savoir plus sur Jean-Baptiste Jeangène Vilmer :
Les Québécois pourront se rendre au Café Républik (3563, Bd St-Laurent. Montréal. Québec) pour voir et écouter Jean-Baptiste Jeangène Vilmer qui participera au « Bar des Sciences » sur l’éthique animale organisé avec le magazine Québec Science et le consulat de France : « Les animaux ont-ils des droits ? » mardi 28 octobre de 17 h 30 à 19 h 30.
Ce Bar des sciences sera retransmis en direct sur Radio-Canada dans le cadre de l’excellente émission Les Années-lumière, animée par Yanick Villedieu. Il sera possible d’écouter l’émission en podcast sur le site de Radio Canada
- Biographie : http://www.jbjv.com et http://www.jbjv.com/CV%20Jeangene%20Vilmer.pdf et publications : http://www.creum.umontreal.ca/spip.php?article454
- « De l’anti-animalisme primaire » par JBJV, département de philosophie de Montréal (Le Devoir. 30 mars 2006)
- « Le Darfour, le génocide, les médias et les intellectuels  » par JBJV (Le Panoptique. octobre 2007)
- « La France est la lanterne rouge du bien-être animal  » (Entretien dans Le Monde. 5 septembre 2008).
 
Variations sur le même thème :
« Respecter l’animal, c’est aussi respecter l’homme » (Les Di@logues stratégiques n°46. Novembre 2001)
- « Rico, le chien savant sachant singer les primates  » (Les Di@logues stratégiques n°21. Octobre 2005)
Un éléphant, ça trompe énormément... (Futura-sciences. 27 novembre 2006)
Institut Jane Goodall France 
Le site des passionnés de grands singes
 
Quelques références complémentaires :
- « Les Fondements de l’éthologie » de Konrad Lorenz (Flammarion. 1984)
- « Des singes et des hommes. La frontière du langage » de Francis Kaplan (Fayard. 2001)
- « L’intelligence de l’animal » de Jacques Vauclair (Seuil. 1992)
 « L’animal singulier » de Dominique Lestel (Seuil. 2004)
« La plus belle histoire des animaux » de Boris Cyrulnik, Jean-Pierre Digard, Pascal Picq et Karine-Lou Matignon
« Et l’Homme dans tout ça ? » d’Axel Kahn (Nil éditions. 2000)
« Hominescence » (pages 98 à 103 : « Les nouveaux citoyens du monde : le paysan et le savant) de Michel Serres (Le Pommier. 2001)
 
Autre infos utiles :
Liste des produits cosmétiques non testés sur animaux élaborée par One Voice et mise à jour le 1er septembre 2008
One Voice représentant français de Europe for Animal Rights (EAR) et de la Coalition européenne pour mettre fin à l’expérimentation animale.
 
[1] Dans son communiqué, Paul Watson avait déclaré : « La mort de quatre chasseurs est une tragédie, mais le massacre de centaines de milliers de bébés phoques en est une beaucoup plus grande ». Dénoncée par l’organisation Sea Shepherd, la chasse canadienne, qui exécute à elle seule plus de 300 000 phoques en quelques semaines, est la plus grande tuerie de mammifères marins au monde, mais le gouvernement canadien estime que les principes de la « chasse sans cruauté » sont respectés…
 
[2]« Ethique animale » (Presses universitaires de France. 2008) est préfacé par Peter Singer, auteur de « La Libération animale » (Grasset. 93) et professeur de bioéthique à l’University Center for Human Values (Princeton Université).
 
[3]FAO, Livestock’s long shadow : Environmental issues and options 2006.

[4] Ce qui est d’ailleurs en totale contradiction avec de nombreuses études scientifiques démontrant que certains animaux possèdent leur propre langage, une intelligence, des émotions voire, chez les singes et certains oiseaux, la capacité de transmettre une culture. Bien entendu, il ne s’agit pas pour autant de mettre sur le même plan les intelligences ou les cultures humaines et non humaines.
 
[5] « La Plus Belle Histoire des animaux », Boris Cyrulnik (avec Jean-Pierre Digard, Pascal Picq et Karine-Lou Matignon). Boris Cyrulnik est éthologue, psychanalyste, psychologue et neuropsychiatre Boris Cyrulnik.

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